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serai ta morsure, parce que je t'arrache un lambeau de toi-même en t'enlevant mes élus (i). » >
Saint Paul écrivait aux Ephésiens : « Que signifie: (( // est monté, » sinon qu'il était descendu (d'abord) dans les régions inférieures de la terre (2) ? » Saint Irénée invoquait ce passage pour prouver aux gnostiques que les âmes, en quittant cette terre ne vont pas directement et immédiatement au ciel. « Ils ne veulent pas comprendre que si les choses se passaient comme ils le disent, le Seigneur auquel ils prétendent croire, ne serait pas ressuscité le troisième jour, mais se serait élevé au ciel immédiatement après son dernier soupir, en abandonnant son corps à la terre. Or, il a passé trois jours dans le séjour des morts, selon le mot de l'apôtre (3). » Tertullien l'invoquait de même et dans le même but (4).
Il y avait encore le témoignage de saint Pierre, qui prêta sans doute à pas mal d'interprétations, mais qui du moins ne laissait aucun doute sur la descente de Jésus aux enfers : « Le Christ, ayant été mis à mort selon la chair.,, est allé prêcher aux esprits en prison, rebelles autrefois, lorsque, aux jours de Noé, la longanimité de Dieu, temporisait (5) » . « V Evangile a été aussi annoncé aux morts afin que, condamnés il est vrai, selon les hommes, dans la chair, ils vivent selon Dieu dans V esprit (6). »
Ces textes de l'Ecriture autorisaient pleinement, d'après les Pères, la croyance chrétienne à ce fait de la descente de Jésus aux enfers. Mais qu'entendre par cette descente? Ici, les explications divergeaient.
20 Explications de la descente aux enfers. —
1. In Evang., homil. xxn, 6 ; Pair, lat., t. lxxvi, col. 1177.
— 2. Ephes., iv, 9. — 3. Adv. haer., V, xxxi, 1. — l\. De anima, 55 ; Pair, lat., t. 11, col. 742. — 5. 1 Petr., in, 18-19.
— 6. Ibid.y iv, 6.
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t. Selon toule vraisemblance, Jésus n'avait pu descendre aux enfers que pour y compléter l'œuvre qu'il avait commencée sur la terre, pour étendre même aux morts les bien aits de l'incarnation et de la rédemption. Or, sur la terre, il était venu évangéliser et racheter. Sa descente aux enfers devait donc être une œuvre évangélisatrice et libératrice.
C'est, en effet, l'idée d'une mission d'apostolat aux enfers qui paraît la première. S'inspirant de l'épîlre de saint Pierre, Hermas, au 11e siècle, croit «que les apôtres ont évangélisé les morts (i). Saint llippolyte attribue le même rôle à saint Jean- Baptiste (2). Clément d'Alexandrie complète l'information d'IIermas en disant que Jésus est allé prêcher aux morts (3). Et Origène réplique à Celse ^ju'il y a converti toutes les âmes de bonne volonté.
Grâce à Origène, une telle explication eut du succès en Orient. La logique aurait voulu que la mission de Jésus aux enfers, ainsi comprise, fût inutile pour les justes et les saints de l'ancienne Loi, et ne s'adressât qu'aux pécheurs et aux infidèles. Etait-ce bien la pensée des partisans de l'apostolat ? Clément se borne à dire que ceux-là se convertirent qui ajoutèrent foi à la prédication de Jésus. Origène 11e parle que des âmes de bonne volonté. Grégoire de Nazianze se demande si le Christ a délivré tous les morts ou seulement ceux qui crurent en lui (4). Mais Cyrille d'Alexandrie n'hésite pas et déclare que le Christ a vidé l'enfer et n'y a laissé que les démons (5). Beaucoup plus tard, saint Jean Damascène restreint la mission du Sauveur à ceux des infidèles
1.., Sim., IX, xvi, 5-7 ; Funk, Op. Pat. apost., p. 53a. — 2. De Christ., xlv, Patr. gr.. t. x, col. 764. — 3. Strom., VI, vi ; Pair, gr., t. ix, col. 265. — 4. Oral., xlv, 24 ; Patr. gr., t. xxxvi, col, G57. — 5. Hom. pasch,, vu ; Patr. gr., t. lxxvii, col. 55a.
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qui, sur la terre, ont vécu dans la pratique du bien, de sorte que l'apostolat de Jésus aurait été une récompense offerte à la vertu païenne (i).
2. L'idée de cette mission évangélique fut loin cependant de rallier tous les suffrages, même en Orient. Car saint Chrysostome la repousse absolument (2); saint Cyrille de Jérusalem et saint Epiphane de Salamine lui préfèrent celle de la délivrance.
En Occident, à part Hermas, saint Hilaire (3) et TAmbrosiastre (4), les Pères indiquent pour but à la descente de Jésus aux enfers une mission libératrice. Phiiastrius traite même d'hérésie la théorie de
1 . « Le prophète déclare que, dans l'enfer, personne ne loue Dieu. Mais, depuis qu'il a prononcé cet oracle, le Seigneur a reçu des louanges qui s'élevaient de l'enfer. Elles venaient de ceux qui firent un acte de foi, quand le Sauveur descendit chez les morts. L'auteur de la vie, en effet, n'accorda pas le salut à tous indistinctement, mais à ceux-là seuls qui crurent alors en lui. Quelques-uns, il est vrai, prétendent que ceux-là seuls ont obtenu le salut qui ont eu la foi sur la terre, c'est-à-dire les patriarches, les prophètes, les juges, les rois et les autres membres du peuple hébreu. Dans ce cas, la descente n'a procuré aucun bienfait. Quoi d'étonnant, en effet, que le Christ ait sauvé tous ceux qui, ici-bas, croyaient en lui, alors que ce juge intègre ne peut laisser périr aucun de ceux qui ont la foi ? Il a donc dû délivrer des chaînes de l'enfer tous ceux qui ont cru quand il est descendu dans le séjour des morts. Mais, d'après moi, ceux-là seuls ont reçu le salut qui, sut* cette terre, ont mené une vie très pure, qui ont pratiqué la modestie, la tempérance, la chasteté, sans pourtant avoir reçu Ta lumière de la foi. Ceux-là, le Seigneur qui étend sur tous sa providence, les a attirés à lui ; il les a pris dans son divin filet ; et en projetant sur eux ses rayons divins, il les a déterminés à croire en lui. Lui qui est miséricordieux ne pouvait pas permettre qu'ils eussent travaillé en vain. » De Us qui in fide dormierunt, i3 ; Pair. gr.f t. xcv, col. 367. — a. In Matth.> homil. xxxvi, 4; Patr. gr., t. lvii, col. 407. — 3. In Ps.9 cxvin, xi, 3 ; Patr. laL, t. ix, col. 573. — 4* In Ephe$.t iv, 9. ; Pair» lat.t t. xvii, col. 387.
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Fapostolat (i). Saint Augustin la range également parmi les hérésies sans donner les détails de Philastrius (2). Saint Grégoire le Grand entend qu'on y renonce; car, dit-il, « le Sauveur n'a délivré que ceux qui, pendant leur vie, avaient cru à sa venue et avaient vécu conformément à sa loi... Dire que les infidèles ont pu être sauvés sans bonnes œuvres à l'époque de la descente du Seigneur dans l'enfer, c'est prétendre que la condition des hommes n'est plus aussi douce depuis l'incarnation. Or, c'est là une insanité condamnée par le Seigneur (3). »
3. Restait à savoir quels étaient ceux que le Sauveur était allé délivrer. Pour saint Irénée, c'étaient ceux qui avaient vécu dans la crainte et l'amour de Dieu, dans la pratique de la justice et de la charité, et qui avaient désiré voir le Christ, c'est-à-dire les justes, les prophètes, les patriarches, auxquels Notre Seigneur vint pardonner leurs péchés (4). Tel s Ta, deux siècles plus tard, l'avis de saint Epiphane (5). Mais saint Cyrille de Jérusalem, sans faire aucune allusion au pardon, estime que Jésus est allé délivrer tous les saints de l'Ancien Testament (6). Par contre,
1. « Il y a des hérétiques qui disent que le Seigneur est allé dans l'enfer pour prêcher à tous ceux qui s'y trouvaient et pour sauver ceux qui feraient un acte de foi. Ceci est opposé à l'oracle de David : « Qui te louera dans l'enfer ? » C'est également en opposition avec cette parole de l'apôtre : « Ceux qui pèchent sans la loi périront sans la loi. •> et à celle autre : « Plusieurs seront traités avec plus d'indulgence que celle cité qui n'a pas cru » à renseignement des apôtres et de l'Evangile. D'où il résulte, non pas que les coupables seront sauves, mais qu'ils ne seront pas tous également punis. » //aer.,cxxv; Pair, lai , t. xii, col. 1 25 1 . — 2. Ilaer.. lxxix : Pair. laL, t. xliu col. 45. — 3. Episl. L. VII. epist., xv ; l'air. lal.y t. lxxvii, col. 869-870. — (\. Adv. fiaer., IV. xxn. 2. — 5. Ilaer., xlvi, 4. — 6." « Le Christ est descendu dans les lieux souterrains pour racheter lés * justes'.' Est-if possible, je vous le demande, qu'il ait répandu le bienfait de la rédemption sur les vivants, dont
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saint Chrysostome, croyant à tort qu'avant l'ère chrétienne le salut était possible sans la foi à la Rédemption, étendait la qualité de saint à quiconque avait simplement évité le culte des idoles et pratiqué la vertu.
Du côté des Pères latins, l'évêque d'IIippone nous offre le spectacle de l'indécision devant une difficulté, dont il ne voyait pas la solution dernière. Car le mot enfer est pris dans un mauvais sens et se trouve associé à l'idée de douleur Jésus, pense-t-il, n'a rien à faire avec les justes qui reposaient dans le sein d'Abraham et qui, à ses yeux, jouissaient déjà de la vision béatifique du Verbe. Si donc il est descendu aux enfers, ce n'a pu être que pour se rendre à l'endroit où souffraient les pécheurs, et c'est quelqu'un d'entre eux qu'il a dû arracher à leurs peines (i). Cette singulière opinion, adoptée par saint Fulgence (2) et par Bède (3) fut définitivement écartée par saint Grégoire le Grand (4) ; ce pape réserve, en effet, aux seuls justes Qt aux saints la délivrance apportée par Jésus.
beaucoup ne sont pas saints, et qu'il n'ait pas délivré ceux qui, depuis Adam, étaient en prison ? Le prophète Isaïe a décrit d'avance beaucoup d'événements de sa vie. Est-il possible que le roi ne soit pas descendu pour délivrer son héraut ? Là étaient David, Samuel, les prophètes, Jean-Baptiste lui-même... Est-ii possible que le Christ ne soit pas allé les rendre à la liberté ? » Cal. iv, 11 ; Pair gr.f t. xxxiu, col. 469 Dans la Catéchèse, xrvy 19, ibid., col. 848, saint Cyrille représente la mort et les démons épouvantés à l'apparition du Christ, tandis que les prophètes et les patriarches accourent dans l'allégresse, en s'écriant : « O mort, où est ta victoire ? Enfer, où est ton aiguillon ? L'auteur de la victoire nous a délivrés. »
1. EpisL, clxiv ; De Gen. ad litt., XII, xxxiti, 63; Pair. lat.9 t. xxxiv, col. 48i.. — 2. Ad Thrasym., in, 3o .; Patr. lat., t. lxv, col. 295. — 3. la AcL, 11; Pair. làt.t t. "xcn, col. 9^9*. — 4. Loc. cil'.
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4. Mais ces justes et ces saints, de quoi donc furentils délivrés? — D'après quelques Pères, le Christ serait allé briser les portes de la prison où ils étaient retenus captifs par le démon ; il leur aurait appliqué les bienfaits de sa passion et aurait achevé ainsi, dans l'empire même du Diable, l'œuvre de délivrance qu'il avait commencée au Calvaire. Une telle manière de voir était la conséquence naturelle de la théorie des droits de Satan, dont nous avons parlé. La vérité, beaucoup plus simple, était que Jésus leur apportait le bienfait de la vision intuitive et l'assurance de leur prochaine entrée triomphante dans le ciel.
5. Que devinrent les âmes de ces justes délivrés ? Quelques Pères pensèrent qu'elles entrèrent dans le paradis terrestre. Car, depuis la chute, il était fermé et gardé par un chérubin au glaive flamboyant ; mais, nous dit Origène, il fut ouvert quand vint celui qui a dit qu'il était la voie et la porte. Saint Cyrille de Jérusalem montre le bon larron y pénétrant avant Abraham et Moïse, sans crainte du serpent, désormais vaincu, ni de Tépée de feu (1). Saint Jérôme écrit : « Le glaive de feu et les chérubins, qui rendaient inaccessible l'entrée du paradis, ont disparu depuis le drame du Calvaire (2). » C'est également la pensée de saint Chrysostome (3). L'Evangile de Nicodème (4) s'est fait l'écho de cette opinion ; on y lit que le Sauveur fit conduire les justes qu'il venait de délivrer par l'archange saint Michel dans le paradis terrestre, où le bon larron les avait précédés. Cette opinion finit par disparaître, à partir de saint Grégoire le Giand. On ne voit
i. Cat., xiii, 3i ; Patr. gr.t t. xxxiii, col. 809. — • 2. Epist., lx, 3 ; Patr. laUt t. xxn, col. 591. — 3. In Gen., homil., vui, 4i5; Patr. gr.t t. liv, col. 6i5. — 4. Chapitre xxvn.
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pas, en effet, la nécessité de ce séjour passager avant le triomphe définitif.
2° D'après les scolastiques
La descente de Jésus Christ aux enfers n'a pas été comprise et expliquée, ainsi qu'on vient de le voir, d'une manière uniforme par les Pères. Les scolastiques auront à se prononcer sur les diverses questions agitées à ce sujet. Il s'agissait tout d'abord de retenir des solutions données tout ce qu'elles renfermaient de vérité, d'élucider les points restés obscurs, de préciser certains détails, d'écarter ce qui ne pouvait pas cadrer avec l'orthodoxie de la foi et d'essayer de concilier, dans la mesure du possible, des opinions qui paraissent s'exclure. La tâche était délicate. Et c'est ici que Ton peut remarquer le respect profond de l'Ange de l'Ecole pour l'immortel génie de l'évêque d'Hippone dans les efforts qu'il fait et les distinctions qu'il met.
i. Tout d'abord, saintThomas établit la convenance de la descente de Jésus aux enfers ; il en donne trois raisons : la première, c'est que, étant venu lui-même porter notre peine, pour nous en affranchir, il convenait qu'il mourût et qu'il descendît aux enfers, puisque le péché mérite la mort et l'enfer ; la seconde, c'est parce que, après avoir vaincu le diable par sa passion, il convenait qu'il délivrât les captifs qu'il tenait enchaînés dans l'enfer; et la troisième, afin qu'après avoir montré sa puissance sur la terre par sa vie et par sa mort, il la montrât également dons les enfers, en les visitant et les éclairant de sa lumière (i).
i. Sum. theol, III, Q. lu, a. u
2 . Mais quel est cet enfer où le Christ est descendu ? Ce mot a un sens général qu'il convient de préciser. Est-ce l'enfer des damnés, comme l'avait pensé saint Augustin ! Est-ce les limbes? Est-ce le purgatoire? Saint Thomas répond : Un être peut être présent dans un lieu de deux manières : par ses effets ou par son essence. C'est dans le premier sens que Jésus est descendu dans tous les enfers, quoique ses effets n'y aient pas été partout les mêmes ; car sa descente dans Y enfer des damnés a eu pour effet de les convaincre de leur infidélité et de leur malice ; elle a donné à ceux qui étaient dans le purgatoire l'espoir de parvenir à la gloire du ciel ; et elle a répandu la lumière de la gloire éternelle sur les saints patriarches, qui n'étaient retenus qu'à cause du péché originel. Dans le second sens, Târne du Christ n'est desccendue que dans le lieu où étaient les justes, dételle sorte qu'en leur faisant éprouver intérieurement l'effet de sa grâce par sa divinité, il les visitait aussi localement par son âme (1).
3. Il y a deux sortes de douleur dans l'enfer : l'une est l'effet de la peine, c'est celle qu'endureut les hommes pour leur péché actuel ; l'autre provient du retard de la gloire espérée, c'est celle des saints patriarches jusqu'au moment de la descente du Christ. Or, le Christ a délivré les hommes de ces deux sortes de douleur, mais d'une manière différente : des douleurs de la peine, en les en préservant ; des douleurs de la gloire différée, en donnant effectivement cette gloire, ce qu'il fit pour les saints de l'Ancien Testament (2).
4. Le sein d'Abraham peut s'entendre de deux manières : d'abord comme un séjour où l'on ne souffrait pas la peine du sens ; et, ainsi entendu, il