LE SAINT-ESPRIT
formule baptismale et la foi traditionnelle, le mystère de la Trinité fut étudié de plus près. On essaya non sans d'inévitables hésitations et tâtonnements, ni même sans quelques vues erronées, dont l'Eglise devra faire plus tard justice par ses décisions doctrinales, de déterminer dans la mesure du possible la nature des trois personnes divines, les relations qui existaient entre elles et le rôle personnel qui appartenait à chacune d'elles.
Les unitaires supprimaient en fait la Trinité, car ils n'admettaient qu'un seul Dieu et expliquaient les trois noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit par la différence des rôles du même personnage : ils furent aussitôt condamnés. Les trinitaires, au contraire, maintenaient fermement l'existence et la distinction des trois personnes divines ; mais ils eurent le tort d'accentuer cette distinction et de trop les subordonner Tune à l'autre ; d'où l'accusation qu'ils encoururent de dithéisme ou de trithéisme, de la part de leurs adversaires, et la suspicion dans laquelle ils furent tenus par l'Eglise romaine. Tertullien (i), Origène (2) et Novatien (3) subordonnèrent, en particulier, le Saint-Esprit au Fils.
4. Ce ne fut qu'au ive siècle que se dessina et se précisa de plus en plus l'enseignement catholique sur la personne du Saint-Esprit. Le concile de Nicée avait défini la consubstantialité du Verbe et la divinité de Jésus-Christ. La spéculation théologique se porta alors sur la troisième personne de la Trinité.
Qu'est le Saint-Esprit? A cette question, saint Cyrille de Jérusalem répond, vers 348, en décrivant les œuvres diverses qui sont attribuées au Saint-Esprit, mais sans se prononcer nettement sur
1. Adv. prax., 8 ; de virg. vel., 1; Patr. lat., t. 11, col. i64» 889. — a. De princ, I, m, 5 ; Patr. gr.t t. xi, col. i5o. — 3. De Trinitale, 16, 29; Patr. lat.$ t. m, col. 915,943.
sa nature (i). Par contre, pour quelques esprits aventureux, mal renseignés sur l'Ecriture ou desservis par leur courte philosophie, ce n'était qu'un intermédiaire de Dieu, un serviteur du Christ, une simple créature. Cette erreur, qui fut celle d'Eunomius, de Macédonius et de Maréthonius, sera dûment condamnée, en 38 1, au concile de Constantinople.
5. Mais, avant cette condamnation officielle, de vaillants champions avaient défendu la divinité du Saint-Esprit. En Occident, saint-Hilaire prouve qu'il n'est pas une créature, qu'il fait partie de la Trinité et qu'on doit le confesser comme le Père et le Fils (2). En Orient, Sérapion signale à son ami Athanase les difficultés que les pneumatomaques opposaient à la divinité du Saint- Esprit. Sous prétexte que le prophète Amos avait dit que « Dieu a créé l'Esprit, » et que saint Paul conjure son disciple devant Dieu, Jésus-Christ et les anges, sans mentionner le Saint-Esprit, ces hérétiques reléguaient la troisième personne au rang des créatures.
Le grand évêque d'Alexandrie prend la plume et, dans ses Lettres à Sérapion, il répond que les pneumatomaques s'abusent, qu'ils traduisent mai Amos, car le prophète a dit que Dieu a créé « le vent » et non « l'Esprit, » que le silence de l'apôtre n'a rien d'exclusif, attendu que, dans plusieurs autres passages de l'Ecriture, il n'est question tantôt que du Fils et du Saint-Esprit, tantôt que du Père et du Fils, sans que l'omission de l'une des trois personnes puisse passer pour une négation. Il résulte du reste d'une foule de passages scripturaires que le Saint Esprit possède avec le Fils des rapports sem-
1. Cat., xvi, xvii, Pair, gr., t. xxxin, col. 917 sq, 968 sq. — 2. De Triait., 11, 29 ; xn, 55 ; Pair, lat, t. x, coi. 69, 468.