‹ Le catéchisme romainChapitre 155 sur 230 · L EGLISE DE JESUS-CHRIST 47 I · texte numérisé non relu

L EGLISE DE JESUS-CHRIST 47 I

tions successives a pris soin d'instruire les hommes de ses secrets desseins, de leur apprendre à quel ordre surnaturel il avait daigné les élever et de mettre à leur disposition les moyens indispensables pour atteindre une fin si sublime. 11 s'est même choisi un peuple ; il a formé avec lui une alliance privilégiée; il l'a organisé en société, dans le but déterminé de sauvegarder la promesse primitive du rachat, de recevoir, de conserver et de notifier ses révélations successives, et d'atteindre la fin surnaturelle, le salut. Un tel choix, une telle alliance, n'avait rien d'absolument exclusif. Même en dehors du peuple juif, le salut était possible pour toute âme de bonne volonté. Mais ce n'était là, dans les desseins de la Providence, qu'un état provisoire. Une nouvelle économie, beaucoup plus large, puisqu'elle devait être ouverte au genre humain tout entier, et définitive, puisqu'elle était destinée à durer autant que le monde, devait remplacer l'économie ancienne, dès que serait arrivée la plénitude des temps. Or, cette plénitude des temps est arrivée. Le Verbe de Dieu s'est incarné pour « réunir en un seul corps les enfants de Dieu jusqu'alors dispersés (i), » pour fonder une société qui ferait du genre humain une seule famille, le « royaume de Dieu » sur la terre, sans frontière dans l'espace, sans limite dans la durée.

2. Jésus-Christ a-t il, oui ou non, institué cette société? L'Eglise des Apôtres, est-elle la réalisation de la pensée de Notre-Seigneur? Et peut-on regarder à bon droit l'Eglise romaine comme l'héritière authentique, unique, exclusive, de l'Eglise des Apôtres, comme la véritable Eglise de Jésus-Christ ? Trois questions, auxquelles nous allons essayer de répon-

i. Joan., xi, 5a.

dre d'une manière aussi rigoureuse que possible, et de la solution desquelles ressortira pleinement, croyons-nous, que l'Eglise romaine actuelle, dans sa forme complexe et concrète, est vraiment l'héritière légitime de l'Eglise apostolique et vraiment l'Eglise même de Jésus-Christ.

Dans ce but, nous allons demander aux témoignages historiques ce qu'a voulu faire le Christ pour assurer au genre humain les bienfaits infinis de son Incarnation et de sa Rédemption, ce qu'il a fait.

1° Nature de l'Eglise de Jésus-Christ

1° Notion générale. — Oui, il est prouvé par l'histoire que Jésus-Christ a voulu instituer et a réellement institué une Eglise, en remplacement de l'ancienne Synagogue, c'est-à-dire une société religieuse parfaitement organisée, visible, universelle, définitive. Société religieuse, l'Eglise de Jésus-Christ propose et assure aux âmes la pratique de la sainteté, la conquête du salut. Dans cette Eglise, plus de barrières nationales : toutes les nations sont conviées à en faire partie, les gentils comme les juifs ; plus de privilèges de race, de peuple ou de tribu : tous les hommes doivent s'unir dans le Christ par l'obéissance, la foi et l'amour comme ils sont unis en Adam par l'identité de nature et d'origine ; plus de limites dans le temps : le «Testament Nouveau» est cette fois définitif et doit durer jusqu'à la consommation des siècles.

Cette société religieuse, désormais unique, universelle dans l'espace et perpétuelle dans la durée, doit de toute nécessité être visible et facilement reconnaissable, puisqu'elle est destinée pour toujours à recevoir tous les hommes ; elle doit donc posséder des traits dislinctifs, des marques caraetc-

ristiques, des notes absolument indéniables qui permettent à chacun de la voir, de la reconnaître, pour y entrer, y vivre et y réaliser la volonté de Dieu. Nécessairement encore, puisqu'elle est une œuvre divine, elle doit être pourvue d'un organisme parfait qui maintienne dans l'unité l'intelligence et la volonté de tous les êtres humains, et qui leur assure, par l'accomplissement de la volonté divine, la conquête du salut, l'entrée dans le royaume du ciel.

Et c'est bien cela qu'a voulu faire et qu'a fait le Christ.

20 Annonce de son dessein. — i. Dès le début de son apostolat, Jésus annonce son dessein, déjà prédit par les prophètes (i), de fonder une société qu'il compare tour à tour à un royaume, à une cité, à une maison, à un troupeau, Sous ces images symboliques transparait clairement sa pensée.

C'est un royaume, il lui faut des adhérents ; c'est une cité, il lui faut des citoyens ; c'est une maison, il lui faut des enfants ; c'est un troupeau, il lui faut des brebis et des agneaux. Qui donc? tous les hommes, tous les enfants d'Adam, et non plus seulement les enfants d'Israël ; tous les pécheurs, y compris le prodigue qu'il attend pour lui donner le baiser de paix ; toutes les brebis, la brebis égarée surtout, à la poursuite de laquelle il se dévoue pour la rapporter au bercail sur ses épaules.

2. Mais, pour un tel royaume, il faut un chef: il sera ce chef, visible tant qu'il habitera sur la terre, invisible dès qu'il sera remonté au ciel ; mais alors, à sa place, il y aura un autre chef, toujours visible,

i. Cf. clans le Dictionnaire apologétique de Jaugey, les articles Isaïe et Mlchée,

son remplaçant, son vicaire. Pour une telle cité, il faut un juge qui la gouverne : il choisira, il désignera ce juge. Pour une telle maison, il faut un père qui la dirige : il instituera ce père de famille. Pour un tel troupeau, il faut un pasteur : il établira <ee pasteur. Tout cela, la logique le réclame, et Jésus ne péchera pas contre la logique.

Royaume, cité, maison ou troupeau, c'est sur la terre, il est vrai, et avec des éléments humains que cette société doit vivre, mais elle possédera aussi des éléments divins, une sève divine de vie surnaturelle ; car elle est orientée vers le ciel et munie de tous les moyens nécessaires pour y arriver. Jésus-Christ ne se bornera pas à la fonder, à l'organiser, à l'encadrer dans un principe d'unité, il l'assistera toujours, il la Arivifiera sans cesse par sa présence invisible et sa grâce féconde. De la sorte, en convoquant tous les hommes à s'unir à lui, à s'incorporer à lui, à devenir ses membres, ses enfants ou ses frères, son Eglise, puisque c'est ainsi qu'il rappelle lui-même, ne cessera de se construire; l'humanité s'incorporera de plus en plus à son Sauveur, et le corps mystique du Christ se développera dans l'espace par la propagation, dans le temps par la succession des générations.

3. En attendant que son dessein prenne corps, Notre Seigneur en esquisse le plan. Il commence par recruter quelques disciples: il en choisit douze, auxquels il déclare qu'ils sont « la lumière du monde. Une ville située au sommet d'une montagne ne peut cire cachée ; cl on n allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, et cite éclaire tous ceux qui sont dans la maison (i). » 11 indique ce qu'il veut faire : « Et moi je te dis

i. Malth., v, i4-i5.

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