ANNONCE ET PREPARATION
que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle (i). » Il s'agit donc d'une construction sociale, solide, indestructible, à l'épreuve des pires ennemis. Assurément, c'est lui qui en est le fondement et la force ; mais il lui destine une autre pierre, une pierre vivante, humaine celle-ci, dans la personne de l'apôtre Simon.
3° Préparation. — i. Rien de significatif, à ce sujet, comme la conduite du Christ vis-à-vis des douze, et, parmi ces douze, vis-à-vis de Simon. Simon n'est pas le premier appelé à l'apostolat puisque c'est son frère André qui le mène à Jésus ; il n'est ni le plus intelligent ni le plus instruit, car le collecteur d'impôts qu'est Matthieu a dû faire quelques études, ni le plus aimé, car Jean était celui que Jésus aimait ; il est étranger à la famille du Maître, à laquelle appartiennent les fils de Marie de Cléophas. Ce n'en est pas moins lui que Jésus destine à un rôle prépondérant dans son Eglise, et sur lequel il bâtira cette Eglise.
2. De là des attentions, des procédés, des privautés de la part de Jésus vis-à-vis de Simon, et qui ne s'expliquent que par le but que Jésus poursuit. Dès qu'André lui mène son frère, Jésus dit : « Toi, tu es Simon, fils de Jean, tu seras appelé Céphas (ce qui se traduit Pierre) (2). » Ce changement de nom, dès la première entrevue, a sa raison mystérieuse, mais significative et profonde, dans la pensée de Jésus : c'est un nom révélateur du rôle que Jésus destine à son Apôtre. En attendant que le rôle dévolu à Pierre soit nettement manifesté par Jésus, Simon occupe, parmi les douze, un rang à part.
1. Matth., xvi, 18. — 2. Joan., 1, 4a. En Aramécn et en S-y» riaque, Kêpha signifie pierre ou rocher.
2° Organisation de l'Eglise de Jésus-Christ
i° Le rôle de Pierre. — Jésus peu à peu dévoile sa pensée. Dans l'œuvre importante dont il poursuit la, réalisation, il va marquer d'abord la place prépondérante qui revient à Pierre et la place secondaire qui reviendra aux autres Apôtres.
1. Relativement à Pierre, les scènes se succèdent de plus en plus significatives, de plus en plus caractéristiques. Sur la fin du ministère galiléen, un jour qu'on se trouvait à Cesarée de Philippe, Jésus demande tout à coup à ses disciples quelle était l'opinion des hommes sur son compte, quelle était la leur. Or, c'est Simon qui répond à la seconde partie de sa question : u Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Jésus lui répondit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jean; car ce nest pas la chair et le sang qui te l'ont révélé, mais c'est mon Père qui est dans les deux. Et moi je te dis que tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Et les portes de Venfer ne prévaudront pas contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des deux ; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les deux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les deux (1), »
1. Matth., xvi, 16-19. L'importance de ce texte est capitale. Aussi la critique moderne a-t-elle cherché à la mettre sur le compte de la tradition, parce que saint Marc n'a rien de semblable. Et M. Harnack a cru découvrir le vrai texte primitif de saint Matthieu dans le Commentaire de saint Ephrem sur le Diatessaron de Tatien. On y lit, en effet : « Heureux es-tu, Simon, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre toi. » Or, il n'y a là rien sur les prétendues promesses du texte actuel : elles sont donc l'objet d'une interpolation. Resch a adopté cette manière de voir et a essayé de prouver que l'Eglise apostolique ne connaissait pas d'autre version que celle qu'indique saint Ephrem. Cet échafaudage, laborieusement cons-
Dans cette scène célèbre, où Simon professe solennellement sa foi à la divinité de son Maître, Jésus révèle non moins solennellement le rôle qu'il destine à son Apôtre, l'autorité éminente qu'il entend lui conférer un jour, dans un langage des plus expressifs. Simon sera la pierre fondamentale de l'Eglise de Jésus ; Simon aura les clefs du royaume des cieux ; Simon pourra lier ou délier, assuré d'avance que ses actes seront ratifiés au ciel.
2. Dans le plan architectonique de l'édifice futur, Simon est appelé à jouer le rôle de la pierre sur laquelle Jésus veut bâtir son Eglise, c'est-à-dire de base ou de fondement, sans que jamais les portes de l'enfer puissent quelque chose soit contre la pierre portant l'édifice, soit contre l'édifice bâti sur la pierre. Mais comme l'Eglise est une construction sociale, ce rôle de pierre n'est autre que le rôle essentiel de l'autorité enseignante et dirigeante qui unifie les intelligences et les volontés. Simon possédera aussi les clefs du royaume des cieux, c'est-àdire de cette Eglise qui est, par son origine et sa destinée, le royaume céleste, car elle vient du ciel et est destinée à peupler le ciel, mais qui, en même temps, est terrestre par le théâtre où elle déploie son action. Donc, dans la pensée et par la volonté de Jésus, Simon pourra ouvrir et fermer : on n'y entrera que par lui, on n'en sera exclu que par lui. En outre, il sera le Maître absolu, le Juge Souverain, à même de commander et d'obliger, de nouer et de
truit, s'est écroulé. En effet, dans une hymne du même saint Ephrem, en l'honneur de saint Pierre (Lamy, S. Ephrem hymni et sermones, reproduit par Souben, L'Eglise, p. 35-36) on voit que saint Ephrem a lu le texte de saint Matthieu, tel que nous le lisons aujourd'hui, et lui a donné le môme sens, qui, du reste, est le sens naturel. Cf. Forget, La Science catholique, 1902, p. 61 sq
!i~0 LE CATÉCHISME ROMAIN
dénouer les liens, sans restriction et sans limite, avec la certitude divine que tout ce qu'il fera ainsi sur la terre sera ratifié dans le ciel.
2° Privilège et ordre singuliers. — i. A ce rôle si extraordinaire, à ce pouvoir si grand, promis personnellement à Simon-Pierre, Jésus ajoute par surcroît un privilège exceptionnel, celui d'une foi indéfectible, et un ordre non moins exceptionnel, celui de confirmer ses frères. La veille de sa passion, Jésus parle en ces termes : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, affirme tes frères (i). » Qu'est-ce à dire? Les apôtres seront
i. Luc., xxii, 3 1-32. — « Prenez garde, le voici : « Ecce ! » l'enfer et son chef, L'immortel adversaire : « Satanas ; » empressé, en prières auprès des siens : « expetivit ; » animé contre vous tons, « vos, » d'une haine éternelle ; capable de faire subir à l'Eglise l'agitation du crible aux mains du travailleur: « ut cribraret ; » et désireux de vous voir sous ses coups tomber à terre, graines inutiles, ou vous envoler, paille stérile destinée au feu : « sicut triticum. » Mais moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Sans doute, il est terrible, mais je suis là, moi, votre Maître et votre Dieu : « Ego ! » A sa demande qui n'est qu'un appel à la haine, j'oppose ma prière, une prière toute-puissante, sans condition, pleine de confiance et d'amour : « rogavi ; » il en veut à vous tous : « expetivit vos ; » j'ai prié pour toi : « rogavi pro te ; » en assurant la base, je soutiens l'édifice ; l'obstacle à son triomphe est ta foi, ta foi que j'ai proclamée bienheureuse : « fides tua; » c'est pour la mettre à l'abri de ses atteintes que je suis en prière : « ut non deficiat. » Et toi, à ton tour, affermis tes frères. Le voilà bien dans toute sa simplicité et dans toute sa grandeur le privilège de l'infaillibilité pontificale. Préservé à jamais de toute défaillance dans la foi par la prière de son Maître, et par lui officiellement investi de la mission de confirmer ses frères, Pierre devient le support nécessaire mais suffisant de l'Eglise chrétienne. Tout porte sur lui, mais il porte sur Jésus-Christ. Sur ce fondement unique tout repose : lui directement, et, par
cribles par Satan; comment résister? Jésus, du moins, sera là; mais, pour Simon, il prie spécialement, non pour le soustraire aux assauts des puis^sances infernales, mais pour que sa foi ne défaille pas. Il sera là aussi pour les autres Apôtres, mais par Pierre ; et s'il se porte garant de l'indéfectibilité de la foi de Pierre, c'est pour que Pierre, à son tour, soit le garant de la foi des autres : comment? en les affermissant, en les confirmant dans la foi, dès qu'il sera converti.
2. Pierre, en effet, appartient à la race humaine; il est donc faillible et il faillit lamentablement la nuit même de la passion. Jésus avait prévu sa chute, il avait aussi prévu sa conversion. Aussi est-ce au converti Pierre qu'il demandera plus tard une triple affirmation de son amour, mais d'un amour supérieur à l'amour des autres, et, cette triple affirmation obtenue, c'est à Pierre converti et aimant que, réalisant enfin ses promesses et parachevant son dessein, il confiera le rôle de Pasteur suprême. La scène se passe sur les bords du lac de Tibériade, après une nuit de pêche infructueuse ; Jésus paraît à ses Apôtres. « Lorsqu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu
lui, ses frères, dont il est l'appui. Et comme Simon, hors de lui, à l'exposé de tant de merveilles, s'écriait : « Avec vous, Seigneur, je suis prêt à aller en prison et à la mort, » « Pierre, lui dit le Sauveur, je te déclare qu'aujourd'hui même, le coq ne chantera pas que tu n'aies trois fois nié me connaître. » Instituer l'infaillibilité et prédire une chute I Charger de soutenir ses frères jusqu'à la fin, celui qui va tomber trois fois avant le jour ! Ce n'est pas sur « Simon » que repose l'Eglise ; Simon n'est qu'un homme. Si, par grâce, « Pierre » est à l'abri de toute erreur en matière de foi, Simon, par nature, n'est au dessus d'aucune faiblesse. Le fils de Jean l'oubliait peut-être. Le Pontife seul sera sans défaillance ; l'homme est pécheur. » Gondal, Au temps des Apôtres, p. 222-223.
plus que ceux-ci? » — Il lui répondit: « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. » — Jésus lui dit : a Pais mes agneaux.» — Il dit une seconde fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu? » — Pierre lui répondit: « Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime. » — Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » — Il lui dit pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu? » — Pierre fut centriste de ce que Jésus lui demandait pour la troisième fois : M'aimes-tu ? et il lui répondit : « Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez bien que je vous aime. » — Jésus lui dit : « Pais mes brebis (i). » 3. Celte scène incomparable, où le triple reniement de Pierre est effacé par la triple protestation de son amour, ne marque pas seulement qu'au service de Jésus et des âmes l'amour est nécessaire, un amour sans défaillance, poussé s'il le faut jusqu'au martyre, elle renferme surtout la collation solennelle, faite par Jésus à Pierre, du pouvoir et de la charge de paître les agneaux et les brebis du Christ, c'est-à-dire tous les chrétiens, simples fidèles et pasteurs. Or, de tels titres, de telles prérogatives impliquent nécessairement Y infaillibilité, c'est à-dire le privilège d'enseigner sans erreur possible la doctrine du Christ, soit en condamnant tout ce qui lui serait opposé ou étranger, soit en proclamant tout ce qui en fait réellement partie. Pierre en a pour garant la parole du Maître, l'assurance de son indéfeclibiiité dans la foi, l'ordre de confirmer ses frères, de paître les agneaux et les brebis pour les conduire sûrement au ciel, selon le dessein de Notre Seigneur. Pierre donc, toutes les fois qu'il s'adressera au troupeau tout entier confié à sa garde pour lui faire, connaître ce que Dieu a dit, ce que Dieu veut pour
i. Joan.t xxi, 15-17.
assurer le salut, ne saurait se tromper : il est infaillible, sans quoi l'œuvre du Christ serait précaire, inefficace, caduque ; Jésus n'aurait pas assuré d'une manière absolue la réalisation de son plan ; son Incarnation, sa Rédemption, son Eglise seraient frappées d'impuissance.
Tel est donc Pierre, pour Jésus, dans l'œuvre de Jésus : la pierre fondamentale de cet édifice social qu'est l'Eglise, le maître souverain qui possède les clefs de ce royaume terrestre et céleste, le chef absolu qui lie et délie avec une autorité divine, le croyant dont la foi ne défaillira pas, le confirmateur autorisé de ses frères, le pasteur suprême du troupeau. Là donc où est Pierre, là est l'Eglise de Jésus- Christ.
h. Pierre doit mourir, car il est homme ; mais Jésus entend qu'il ne meure pas, car il travaille pour toujours. Ce qu'il fonde n'est nullement limité à la courte vie d'un homme, mais s'étend à la suite des siècles jusqu'à leur consommation. Simon pourra mourir, mais Pierre, la pierre fondamentale de l'édifice, Pierre avec ses privilèges et ses prérogatives, doit vivre. Comment? dans la personne de ses successeurs : c'est en ceux-ci et par eux que Jésus entend poursuivre son œuvre à travers le temps et l'espace, et il n'y faillira pas.
3° Le rôle des Apôtres. ■ — i. Est-ce tout? Pas encore. Car à Pierre Jésus a adjoint des collaborateurs, les Apôtres. Eux aussi reçoivent de Jésus des pouvoirs étendus sur l'Eglise, mais sans préjudice dés privilèges déjà octroyés à Pierre et sous la dépendance nécessaire de Pierre. Pendant trois ans, après les avoir choisis, instruits et initiés à l'apostolat, il leur a prescrit de prêcher sur les toits ce qu'il leur avait dit à l'oreille, il leur a accordé le
pouvoir de chasser les démons et de guérir les malades, il leur a tracé les règles de la prédication. Ce faisant, il avait un but, et ce but il le leur révèle. Car il est, lui, la lumière du monde, et il veut qu'eux aussi soient la lumière du monde (i).
2. A la dernière cène, il leur déclare qu'il a rempli sa mission, en leur manifestant tout ce qu'il a entendu de son Père, en les envoyant dans le monde comme son Père l'a envoyé lui-même ; il leur promet le Saint-Esprit (2). Vient enfin le moment où il leur confie solennellement la mission qu'il veut qu'ils remplissent. C'est à eux tous qu'il s'adresse, unis à Pierre. Déjà, il leur avait fait celte promesse solennelle : « En vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel (3).» Et par là il les avait associés au pouvoir promis et conféré à Pierre. Cette fois, il leur dit : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé : et voici que je suis avec vous jusqu'à la fin du monde (4).» « Allez par tout le monde et prêchez l'Evangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné (5). »
3. Jésus parle et ordonne au nom de sa toutepuissance. Entre lui et ses Apôtres, nul intermédiaire ; directement, immédiatement, comme pour Pierre, mais sous la direction de Pierre déjà établie, il leur confie celle mission qui est d'aller, d'enseigner, de baptiser, de commander, partout, toujours, sans restriction, sans limite d'espace ou de temps.
1. Matth., v, i4. — 2. Joan., xv-xvi. — 3. Matth., xvm, 18. — l\. Matth., xxviii, 18-20. — 5. Marc, xvi, i5-i6.
Cette mission apostolique, c'est sa mission à lui, celle qu'il a reçue de son Père, car il les envoie comme son Père Ta envoyé ; c'est une mission d'apostolat, de prédication, d'enseignement, de gouvernement, de juridiction ; c'est une mission universelle quant à l'espace, perpétuelle quant à la durée, c'est une mission divinement garantie par l'assistance dont il les assure.
4. Et c'est ainsi que Notre Seigneur, en fondant son Eglise, l'a dotée avant tout d'un pouvoir directeur et suprême, indéfectible dans la foi, infaillible dans l'enseignement, souverain dans la juridiction. À Pierre, il a donné la primauté, le magistère ; aux Apôtres, sous la direction de Pierre, une part d'autorité. Il en a fait ainsi les membres organiques, qui, unis à la tête, forment avec Pierre, le corps des pasteurs, le collège apostolique. Pierre vivra toujours dans ses successeurs ; les Apôtres vivront également toujours dans leurs successeurs.
4° Le devoir des fidèles. — Après l'Eglise enseignante, dirigeante et gouvernante, l'Eglise enseignée, dirigée, gouvernée, c'est à-dire les divers membres qui doivent composer la société fondée par Notre Seigneur. A ceux-ci, Jésus prescrit les conditions nécessaires pour faire partie de son Eglise : la foi, le baptême, l'obéissance aux Apôtres comme à lui-même, l'union intime, complète avec, les Apôtres comme avec lui-même. « Qui vous? écoute, avait-il dit à ses Apôtres, m'écoute; qui vous méprise me méprise. Qui ne vous écoute pas doit être regardé comme un païen et un publicain (i). » Il fait cette déclaration solennelle : « Celui donc qui m'aura confessé devant les hommes, moi aussi