Matth., xviii
je le confesserai devant mon Père qui est dans les deux ; et celui qui m'aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux (i). » Aux droits des Apôtres correspond nécessairement le devoir des fidèles. Tous, pour être chrétiens, pour faire réellement partie de l'Eglise de Jésus, doivent entendre par la prédication l'enseignement de la bonne nouvelle ; tous doivent y adhérer par la foi ; tous doivent recevoir le baptême ; tous doivent observer scrupuleusement tout ce que le divin Maître a commandé aux Apôtres : ce n'est qu'à ces conditions que le salut leur sera assuré. « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné (2).»
3° Notes de l'Eglise de Jésus-Christ
Si tel est, d'une part, le pouvoir fondé par Jésus- Christ pour gouverner son Eglise, et si tel est, d'autre part, le devoir qui incombe aux hommes qui veulent se sauver, il va de soi, nécessairement, que cette Eglise devra être facilement reconnue par toute âme droite et sincère. Et, de fait, Notre-Seigneur a pris soin de donner à son Eglise des traits caractéristiques, des marques distinctives, des notes à la fois visibles et indestructibles pour permettre de la reconnaître, de telle sorte que, s'il en est qui se trompent, ils ne doivent s'en prendre qu'à eux seuls. Ces notes sont : l'unité, la sainteté, la catholicité et Yapostolicité ; l'unité de constitution, qui groupe en un seul corps social tous les membres ; la sainteté, qui pénètre et informe toute sa vie intérieure et extérieure ; la catholicité, qui lui assure une extension universelle à travers l'espace ; et l'apostolicité, qui
i. Matth.3 x, 32-33. — a. Marc, xvi, 16,
notes de l'église de jésus-christ 485
la rattache aux: Apôtres, dans la suite des temps, par des liens étroits et ininterrompus.
i° L'Unité. — Jésus-Christ a voulu que son Eglise fût une, comme lui et son Père sont un. « Père saint, gardez dans votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils ne fassent qu'un, comme nous ( i) ;» c'est ce qu'il demande, dans sa prière pour les Apôtres ; mais il ajoute : « Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, par leur prédication, croiront en moi, pour que tous ils soient un, comme vous, mon Père, vous êtes en moi et moi en vous (2). » Son Eglise sera donc une, comme un royaume qui n'est point divisé et ne peut l'être, comme l'unique bercail de l'unique pasteur (3), mais une par Pierre, sa pierre fondamentale, chargé de lui assurer cette unité sociale d'existence, de foi, de gouvernement, de juridiction et de vie, et par ses Apôtres, sous la dépendance de Pierre, leur chef
20 La Sainteté. — Jésus-Christ a voulu que son Eglise fût sainte ; sainte, par la fin surnaturelle qu'elle doit poursuivre et qui est le salut ; sainte, par les moyens qu'elle doit utiliser et qui ne sont que la mise en œuvre des prescriptions divines, par la doctrine, la discipline, le culte ; sainte, par sa vie sociale et autant que possible par la vie de chacun de ses membres, par la pratique des bonnes œuvres et par l'exercice de la charité. Jésus n'ignore pas la faiblesse native de l'homme déchu, mais il lui assure des grâces abondantes ; il n'ignore pas davantage l'abus possible de ces grâces, mais il respecte la liberté. 11 veut, du moins, que chacun se sanctifie et il lui en offre les moyens par et dans
i.Joan., xvn, 11. — 2. Joan.y xvn, 20-21. — 3. Joan., x, 16.
son Eglise. C'est la foi, racine de la justice: or, la foi se trouve dans l'adhésion à l'enseignement de Pierre, chargé de confirmer ses frères ; en dehors de Pierre, elle ne saurait avoir ni garantie, ni caution. C'est le baptême et, avec le baptême, l'ensemble des instruments collateurs de la grâce ; or, c'est Pierre qui a les clefs de ce trésor, et nul, en dehors de lui, aie peut les départir aux âmes, aux familles, aux ^sociétés dans l'ordre de la vie surnaturelle et du salut. C'est l'obéissance absolue ; or, Pierre est le maître souverain, le pasteur suprême, auquel est due cette soumission filiale. De la sorte, Pierre n'est pas seulement, dans l'Eglise de Jésus-Christ, le principe formel de l'unité, il est encore le principe de la sainteté.
3° La Catholicité. — Jésus Christ a voulu que son Eglise fût universelle ou catholique. Son royaume, ^n effet, n'a pas de frontière géographique : toutes les nations, sans distinction de race, sont conviées il en faire partie ; son bercail est ouvert aux gentils comme aux juifs ; son Evangile doit être prêché à toute créature. Le genre humain est ainsi appelé à former une seule famille, la famille du Père qui est aux cieux. Une telle extension avait été prédite par les prophètes. Dieu avait dit à Abraham : « En ta postérité, seront bénies toutes les nations de la terre (i). » Jéhovah avait dit :
<( Demande, et je te donnerai les nations pour héritage,
Pour domaine les extrémités de la terre (2), »
« Il dominera d'une mer à Vautre,
Du jleuve aux extrémités de la terre (S). *>
Ce catholicisme, voulu par Jésus-Christ pour i. Gai., xxn, 18. — a. Ps., ii, 8. — 3. Ps., lxxi, 8.
son Eglise, se trouve actualisé dans une société indéfiniment extensible quant à l'espace et au temps, mais toujours fixe quant à sa nature, à son organisation, à son unité. Sans l'unité, point de catholicité, car le Christ n'est pas divisé. Et comme c'est Pierre, qui est le point central de son Eglise, c'est Pierre, encore et toujours, qui est la source de la catholicité : ses titres divins n'ont aucune limitation de temps, d'espace, d'action. Par suite, là où est Pierre, là est l'Eglise catholique, l'Eglise de Jésus-Christ.
4° L'Apostolicité. — Jésus-Christ a oulu que son Eglise fût apostolique, c'est-à-dire essentiellement dépendante de Pierre et de ses Apôtres, à raison de la foi qu'il faut professer et qui ne peut •être que la foi de ses Apôtres, à raison de l'unité qui doit relier les fidèles entre eux et tous ensemble à ses Apôtres, à raison de la mission que ses Apôtres doivent remplir par son ordre et transmettre normalement, légitimement, à d'autres.
Telle est l'Eglise de Jésus-Christ : une société d'âmes, vivant sur la terre, organisée pour la conquête du salut, composée de chefs, dont le pouvoir directeur et suprême fait la force, l'homogénéité, l'unité, la sainteté, la catholicité, l'apostolicité, et de simples fidèles, dont le devoir rigoureux est d'obéir en tout, partout et toujours à ces chefs. C'est l'histoire, puisée aux sources, qui nous permet de connaître la pensée de Jésus, son plan et son œuvre. Et c'est le simple bon sens, c'est la logique qui veut que nous reconnaissions l'Eglise de Jésus- ♦Christ là, et là seulement, où nous retrouverons l'organisation et les traits que nous venons de Récrire, et que, par conséquent, nous refusions catégoriquement de reconnaître cette Eglise dans
n'importe qu'elle société religieuse, se proclamât-elle chrétienne, orthodoxe, légitime, par le seul fuit que lui fera défaut l'un ou l'autre de ces éléments constitutifs et essentiels.