LE RÔLE DE PIERRE
maintenant, en imposant aux disciples un joug que ni nos pères ni nous n'avons pu porter ? Mais c'est par la grâce de Dieu que nous croyons êlre sauvés, de la même manière qu'eux (i). » Pierre a parlé : ce n'est pas la circoncision qui sauve, c'est la grâce du Christ. Pierre a indiqué la solution qui s'impose . au point de vue pratique, on n'a pas à imposer la circoncision aux gentils convertis. Pierre a ratifié de sa pleine autorité l'enseignement et la conduite de Paul (2).
9. Les premières Encycliques. Paul avait la sollicitude des églises qu'il avait fondées et se faisait scrupule « de ne point bâtir sur le fondement d'autrui (3). )) Cela ne l'empêcha point d'écrire aux Romains et de les évangéliser pendant ses deux ans de captivité. Pierre, étant le pasteur suprême, avait la sollicitude de toutes les églises. Il nous a laissé deux lettres, datées de Babylone, c'est-à-dire de Rome, et adressées aux chrétiens de la Galatie, de
1. Act., xv, 7-1 1. — 2. Dans ce débat solennel, le premier qui ait eu lieu dans l'Eglise, « Pierre a, du commencement à la fin, le rôle qui convient à sa qualité de chef de l'Eglise : confident des divers partis, modérateur des discussions publiques, interprète delà doctrine, et inspirateur des solutions pratiquement salutaires. A lui de rappeler, « debout » dans l'assemblée des frères, que la question de l'admissibilité des gentils à la foi — la seule vraiment doctrinale du présent début — est finie et définie, depuis des jours déjà lointains où lui, Pierre, sur l'ordre de Dieu, a admis au baptême Corneille et ses compagnons. A lui de faire entendre aux esprits divisés et échauffés les conseils de la modération et de la sagesse. » Gondal, Au temps des Apôtres, p. 78. Sur cette question des judaïsants et l'assemblée de Jérusalem, voir Fouard, Saint Paul, ses missions, p. 5c)-89 ; 352-369 ; Semeria, Vinte cinque anni, p. 3 1 5-339 * Fracassini, Il concilio apostolico di Gerusalemme, Sienne, 1898 ; Thomas, L'Eglise et les judaïsants, dans : Mélanges, publiés par l'Institut catholique de Toulouse, Paris, 1899 ; Gondal, Aux temps des Apôtres, p. 70-83. — 3. Rom., xv, 20.
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la Cappadoce, de la Bithynie, du Pont et de la pro- TÎnce d'Asie : « la première, resplendissante de magnifiques pensées et vibrante d'appels émus à la lutte pour la sainteté, vers Tan 62 ;. la seconde, pressante comme un cri d'alarme à la vue de l'hérésie qui menace, et mélancolique comme l'adieu suprême d'un père qui voit la mort venir, Tannée même de son martyre, en 67 (1). » Ce sont les deux premières encycliques pontificales.
Dans l'une, Pierre résume l'Evangile dans « la vraie grâce du Christ, » et il entend par là « la participation à la nature divine. » Il en voit le plein éclat dans le Christ ressuscité, glorieux, éternel. Une telle perspective de gloire doit servir de réconfort devant l'épreuve de la persécution. Il s'adresse à a une race d'élus, à un sacerdoce royal, à une nation sainte ; » il les convie à se rapprocher du Seigneur, la pierre vivante, et à entrer eux-mêmes dans la structure de l'édifice, comme des pierres vivantes (2).
Dans l'autre, il met en garde les fidèles d'Asie contre les faux docteurs et leurs séductions. « Ils ont quitté le droit chemin, et se sont égarés en suivant la voie de Balaam... Ce sont des fontaines sans eau, des nuées agitées par un tourbillon : la profondeur des ténèbres leur est réservée. Avec leurs théories pompeuses et vides, ils attirent dans les convoitises de la chair, dans le libertinage, ceux qui s'étaient à peine retirés des hommes nourris dans l'erreur. Ils leur promettent la liberté, quand eux-mêmes sont esclaves de la corruption (3). »
1. Gondal, loc. cit., p. 2^7. — 2. I Pelr., 11, 4-5. — 3. II Petr.y 11, i5-ic). Pierre sait qu'il quittera bientôt sa tente, mais il a soin d'ajouter : « Je veux aussi faire en sorte que vous puissiez toujours, après mon départ (ma mort), yous remettre ces choses en mémoire. » lbid.t 1, i5.
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20 Les actes des Apôtres. — 1. Aux débuts. •Pendant les douze premières années environ, c'est Pierre toujours qui paraît au premier plan, parfois avec Jean, le plus souvent seul. Les Apôtres ne restent cependant pas inactifs. Ils assistent à l'élection de Mathias ; et après avoir reçu le Saint-Esprit, « ils rendent avec beaucoup de force témoignage de la résurrection de Notre Seigneur Jésus- Chrit (1) ». Ils ne cessent d'enseigner, d'annoncer Jésus (2). Les Actes ne parlent pas de la prédication de tel ou tel d'entre eux, mais de « la doctrine des apôtres (3). » Leur action est collective : ensemble, ils assistent à l'élection des diacres et leur imposent les mains ; ensemble ils sont traînés devant le Sanhédrin et subissent le châtiment du fouet ; ensemble, quand la persécution locale disperse les frères, ils restent unis dans la cité (4). Par cette action collective, sous la présidence de Pierre, ils se distinguent moins de l'organisation des synagogues et s'adaptent mieux aux coutumes juives. Mais, bientôt, à côté d'eux et des diacres, paraissent, à Jérusalem, des presbytres, juges de la doctrine, et sous l'autorité de Jacques (5). L'Eglisemère est ainsi hiérarchiquement organisée sous l'autorité d'un seul pasteur. Mais ce ne fut longtemps là qu'un fait exceptionnel. Partout ailleurs, dès que les Apôtres se dispersent, ils fondent des églises, leur donnent des ministres, mais ils gardent une action et une juridiction universelles.
2. En mission. Quand l'Eglise de Jérusalem est bien assise, les Apôtres, selon l'ordre divin, entreprennent des missions : ils vont prêcher « la bonne nouvelle, » convertir les juifs et les gentils, les
1. Act.9 iv, 33. — 2. AcL, v, 4a. — 3. AcL, 11, 4a ; v, 28. — 4- AcL9 v, 18, 29, 4o; vi, 2, 6 ; vin, 2. — 5. Act., xv, 2, 4. 6.
baptiser, les organiser en églises. Car ïis le savent : <( sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu (i). » Et « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Gomment donc invoquera-ton celui en qui on n'a pas encore cru ? Et comment croira-t-on en celui dont on n'a pas entendu parler? Et comment en entendra-t-on parler s'il n'y a pas de prédicateur ? Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s'ils ne sont pas envoyés ?... Ainsi, la foi vient de la prédication entendue, et la prédication se fait par la parole de Dieu (2). » Les Apôtres se dispersent donc pour évangéliser le monde. Oii vont-ils? Quel est le champ de leurs missions? Sauf pour Pierre, Paul, Jean et Jacques de Jérusalem, nous savons fort peu de chose et nous sommes encore loin d'être complètement renseignés sur ceux dont l'histoire raconte quelques faits (3). La
1. Hebr., xi, 6. — 2. Rom., xi, 13-17. — 3. « Origène rapporte que saint André évangélisa en Scythie, sur les Lords du Danube et de la mer Noire ; saint Thomas, dans la partie du royaume des Parthcs située entre le Tigre et l'Euphrate. (Dans Eusèbe, H. E.y m, 1 ; Pair, gr., t. xx, col. 216). Aux Indes, ou, pour parler plus exactement, au sud de l'Arabie, un philosophe alexandrin, Pantène, trouva l'Evangile hébreu de saint Matthieu, apporté en ces lieux par saint Barthélémy (Eusèbe, ibid., v, 10, col. 455). On prête à Simon le zélote un apostolat encore plus étendu... depuis Alexandrie jusqu'aux colonnes d'Hercule, et de là traversant l'Océan pour évangéliser la Grande Bretagne. Mais cette tradition mérite peu de créance, car elle est démentie par le témoignage plus ancien des martyrologes qui portent le nom de saint Jérôme. Nous y lisons que Simon prêcha et fat martyrisé en Perse. Même partage au sujet de saint Matthieu... Il y a moins d'incertitude sur saint Philippe. Il évangélisa la Phrygie, y mourut, et fut enterré dans la ville d'IIiérapolis... Au ive siècle, on ne connaissait que quatre tombes d'Apôtres : à Rome, celles de saint Pierre et de saint Paul, celle de saint Jean à Ephèse, et à Edesse celle de saint Thomas. » Fouard, Saint Pierre, p. 242-245.
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vie comme la mort de la plupart des douze se dérobe donc pour nous sous un voile mystérieux. Il nous reste da moins assez de renseignements positifs pour nous faire une idée de l'organisation de l'Eglise apostolique.
3. Les Apôtres fondent des églises et les organisent. Les Apôtres prêchent, convertissent, fondent des communautés chrétiennes. Ne pouvant demeurer auprès d'elles, ils les organisent pour le fonctionnement du culte et la pratique de la vie religieuse. Aux débuts, il est vrai, grâce à des charismes exceptionnels, des collaborateurs spéciaux sont suscités : évangélistes, prophètes, didascales, sorte de personnel ubiquiste et itinérant, qui rend difficile l'ordre et la subordination des pouvoirs ; saint Paul tâchera de contenir et de réglementer ces manifestations charismatiques pour en écarter les abus et conserver aux réunions chrétiennes le calme, l'harmonie et l'unité nécessaires. Cela n'empêche pas les Apôtres d'installer à poste fixe des ministres dans chaque communauté pour la présider et assurer le service du culte. Mais ces ministres portent divers noms et chacun de ces noms indique des fonctions diverses (i). Evangélistes, prophètes, didas-
i. Pour divers groupes de Palestine, nous savons par les Actes que Paul, dans son dernier voyage, trouve des disciples à Tyr, des frères à Ptolémaïs, la maison du diacre Philippe et de ses quatre filles prophétesses à Césarée avec un prophète accouru de Judée. D'après YEpître de saint Jacques, adressée à une « synagogue » de pauvres, de localisation inconnue, chaque communauté forme une église et chaque église a des presbytres (Jac, v, i4). — En Syrie, Antioche possède quelques membres notables, Barnabe, Simon le Noir, Lucien de Gyrène, Manahen, Paul : les Actes nous les présentent comme des prophètes et des didascales ou docteurs (Ad., xm, i). — En Asie Mineure, dès sa première mission, Paul avait institué dans chaque église des presbylres, h Lystres, à Iconium, à
cales exercent le ministère de la parole (1) ; ce sont des missionnaires. Vapôtre, dans un sens restreint et qui disparaîtra vite, pour désigner seulement le témoin occulaire et l'envoyé immédiat du Christ, est Tapôtre d'une Eglise existante, son envoyé (2). Le prophète est suscité par le Saint-Esprit; il jouit d'un charisme ; il prêche ; son rôle reste indéter-
Àntioche de Pisidie (Ad., xrv, 22). À Colosses, il est question de « bergers » qui sont appelés didascales. A Ephèse, il y a des presbytres qui sont aussi des êvêqûes, chargés de veiller sur le troupeau et de paître l'Eglise du Christ [Act., xx, 17, 28). Dans le Pont, la Galatie, la Bithynie et la Cappadoce, ce sont des presbytres, dont la fonction, comme pour ceux d'Ephèse, est de paître le troupeau de Dieu (I Petr., v, i-3). — En Europe, l'Achaïe possède l'église de Gorinthe. Paul en est l'apôtre et le père ; il ne parle ni de diacres, ni de presbytres, ni d'évèques, mais de pédagogues, de prophètes et de prémices (I Cor., iv, i5 ; xi, 5 ; xvi, i5-i6). De même pour Thessalonique, il fait allusion à ceux qui y travaillent, aux chefs, aux 7rpoi<TTàa£vot (1 Thess., v, 12), tandis qu'à Philippes, il est question de diacres et d'évèques (Philip., 1, 1). Enfin, à ces divers titres, YEpître aux Hébreux ajoute celui de Yjyoujjievoi; mais ces higoumènes ou chefs sont des didascales, car ils exercent le ministère de la parole, et des évèques, car ils veillent sur les âmes comme devant en rendre compte (Hebr., xni, 7,17).
1. Sur la formation de la hiérarchie, voir De Smedt, Organisation des Eglises chrétiennes jusqu'au milieu du 111e siècle , Duchesne, Les origines chrétiennes, édit. lith., Paris, 1886 Lightfoot, S. PauVs Epislle to the Galatians, 10e édit , Londres. 1890 ; S. PauVs Epistle to the Pftilipians, 9e édit., Londres, 1888; S. PauVs Epistle to the Colossians, 10e édit., Londres, 1892 ; E. Hatch, The organization of the early Christian Cliurches, Londres, 1881 ; C. Gore, The ministry of the cliristian Ckurchr Londres, 1889; E. Loening, Die Gemeindevcrfassung des Urchristenthums, Halle, 1889 ; R. Sohm, Kirchenrech', Leipzig, 1892, t. 1 ; J. Réviile, Les origines de Vépiscopat, Paris, i ^>ç)4 ; P. Batiffol, L'Eglise naissante. Les institutions hiérarchiques de l'Eglise, dans la Revue biblique, 1695, p. 473-5oo; A. Harnack, traduction allemande du livre de E. Hatch, i883 ; prolégomènes à la Didaché, 1884 ; Dogmengeschichte, 3e édit., t. 1. — a. II Cor., vin, a3 ; Philip., u, a5.
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miné pour le reste, mais important, puisque saint Paul dit que les fidèles sont édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes (i). Le didascale enseigne comme les apôtres, les prophètes et les pasteurs ; sa fonction est transitoire, sa place reste indécise entre les missionnaires itinérants et les ministres locaux. A côté de ces missionnaires, paraît la hiérarchie locale et fixe. Elle comprend des diacres, des presbytres-évêques, des évêques. Mais» que sont-ils ?
Le diacre, dès l'institution du diaconat, est destiné au service « des tables ; » il a une fonction, d'administration matérielle ; ce n'est pas la seule, car le diacre Etienne pénètre dans les synagogues juives et y prêche le Christ; le diacre Philippe évangélise Samarie, y baptise et baptise aussi l'eunuque éthiopien. Le diacre joint donc à l'administration temporelle d'autres fonctions religieuses et liturgiques.
Les presbytres ont des fonctions à part. Ce terme de presbytres n'a pas qu'un sens purement littéral, celui d'ancien, il a aussi un sens canonique, celui de prêtre ; chez les juifs, il désignait des magistrats civils et temporaires ; chez les chrétiens, il semble avoir été tout d'abord un titre honorifique, donné aux premiers convertis d'une communauté, aux <c prémices, » aux bienfaiteurs et patrons, comme Stéphanas à Corinthe, « aux notables qui dans leur maison donnaient l'hospitalité à l'église locale,, comme Nymphas à Laodicée, ou Philémonà Colosses, ou Aquilas à Ephèse, et ce titre pouvait mettre qui le portait en tête de la communauté, sans lui conférer ni ordre ni juridiction... On pouvait doncr être presbytre sans sacerdoce, et tel semble avoir été
i. Ephes., n, ao.
le cas des presbytres primitifs. Mais c'était parmi ces presbytres sans sacerdoce que l'on choisssait, sinon nécessairement, au moins de fait, les membres de la communauté qu'on élevait à la charge juridique et liturgique de Vimaxo^ : on eut ainsi des 7rp£aêuTspoi é7uiaxo7rouvT£ç, ceux du discours de saint Paul à Milet, des 7rp£<j6uT£poi 7rpo£<jTù>T£ç, ceux des Epîtres pastorales, des 7rp£<jêuT£poi qualifiés de 7rot(X£V£ç, ceux de la Prima Pétri, ou de v^ou^vo'., ceux de YEpître aux Hébreux, ou de 7cpoiffTàtu.evoi, ceux de VÉpître aux Romains et de YEpitre aux Thessaloniciens. Ces divers termes supposent tous une fonction de gouvernement qui s'ajoute au simple presbytérat, et que lepresbytérat par lui-même n'impliquait pas (i).»
Les évêques enfin paraissent d'abord avoir exercé une charge d'ordre administratif et de surveillance ; bientôt nous les voyons imposer les mains à titre de presbytres-évêques ; ils exercent leurs fonctions collectivement. Tant que les Apôtres existent, cette multiplicité de ministres est sans inconvénients.
Mais les évêques, tout comme les diacres, joignent aux fonctions administratives des fonctions religieuses, notamment en ce qui touche à la liturgie sacramentelle, qu'ils partagent avec les apôtres et les prophètes. Et comme cette liturgie suppose le ministère de la parole ainsi que celui de la discipline, les évêques tendent peu à peu à concentrer tous les pouvoirs.
Du reste l'évêque monarchique, tel qu'il nous est décrit par les Lettres de saint Ignace, au commencement du ne siècle, ne paraît pas chose inconnue du temps même des Apôtres. Ceux-ci centralisent tout: ils prêchent, ils fondent des églises, ils forment les chrétiens, ils instituent des ministres, ils
i. P. Batiffol, Revue Bibtîque, 1900, p. 499.
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frnppent le fidèle indigne, ils pardonnent le pécheur repentant, ils commandent en maîtres, comme représentants de Dieu. Mais ils songent aussi à se créer des remplaçants. L'Eglise de Jérusalem nous offre déjà une église hiérarchisée, avec des diacres, des presbytres et un seul évêque, saint Jacques. En est-il de même ailleurs, d'après les Pastorales ?
Parmi tant de ministres collaborateurs des Apôtres, tels que Sylvain ou Silas, Tychique, Aristarque, Marc, Barnabe, Justin, Archippe, Apollos, Sosthène, il en est deux qui doivent retenir l'attention : Timothée et Tite. Timothée est un didascale, c'est-à-dire un ministre de la parole ; il est aussi un surveillant, c'est-à-dire un évêque. Il a reçu pour ces fonctions l'imposition des mains de saint Paul et celle du presbyterium (i). Après avoir prêché à Corinthe avec Paul et Sylvain, il y revient sur l'ordre de Paul, pour la visiter (2). S'il reste à Ephèse, c'est <( afin d'enjoindre à certaines gens de ne pas enseigner d'autres doctrines, et de ne pas s'attacher à des fables et à des généalogies sans fin (3). » Il exerce donc un rôle de surveillance doctrinale contre les premiers gnostiques judaïsants : il doit combattre les fausses doctrines (4). Il doit aussi instruire les autres, insister à temps et à contre temps, reprendre, menacer, exhorter (5). De plus, il doit s'adjoindre des coopéra teurs, nommer des évêques. Et c'est pourquoi saint Paul lui marque les qualités requises pour une telle fonction (6). L'évêque ne doit pas seulement posséder les vertus de l'hospitalité, de la bonne gestion des affaires domestiques, il est encore chargé d'enseigner, il est didascale (7).
1. I Tim., rv, i4 ; II Tim., 1, 6. — 2. ï Cor., v, 17. — 3. I Tim., ï, 3-4. — 4. I Tim., iv, 1-16. — 5. II Tim., m, i4; iv, 1-2. — 6. I Tim., ni, 1-7. — 7. II Tim., 11, 2.
Tite aussi est un didascale. Il est laissé en Crète pour « achever de tout organiser et d'établir des presbytres dans chaque ville, » c'est-à-dire des évoques. Car, lui dit l'Apôtre, « il faut que Yévêque soit irréprochable en qualité d'administrateur de la maison de Dieu... fermement attaché à la doctrine qui lui a été enseignée afin d'être en état d'exhorter, selon la saine doctrine, et de réfuter ceux qui la contredisent (i). » Voilà des presbytres-évêques, joignant à la fonction d'administrateurs diligents celle de l'enseignement et de la surveillance de la doctrine. Tite lui-même doit exercer ces fonctions, 4en excluant, s'il le faut, les brouillons (2).
Si la première épître à Timothée est le manuel de l'épiscopat, entendu au sens de l'administration temporelle de l'Eglise, la seconde peut passer pour le manuel de la didascalie ou de l'enseignement. Mais on voit que la didascalie et l'administration reposent sur une même tête. Et nous avons là le dernier état de la hiérarchie, au temps des Apôtres, dont les «épîtres ignatiennes nous montrent, quelques années plus tard, le plein développement (3). Dans sa Lettre à l'Eglise de Gorinthe, saint Clément de Rome, vers 95, signale le fondement et la légitimité de la Mérarchie, le principe de la succession dans la hié-
1. Tit., i, 5-9. — a. TH., m, 10. — 3. « C'est ainsi <iue nous croyons que Ton pourrait concevoir l'organisaition primitive des Eglises : i° des fonctions préparatoires, subiquistes, l'apostolat, la prophétie, la didascalie; — a° un <ordo local purement honorifique et ne confiant qu'une notabilité de fait, le presbytérat ; — 3e une fonction liturgique et sociale, le diaconat ; — 4* une fonction liturgique, sociale et <le prédication, l'épiscopat, épiscopat plural, comme le diaconat : — 5° l'épiscopat plural disparaissant au moment où lés -apôtres disparaissent, et se démembrant pour donner naissance à l'épiscopat souverain de l'évêque et au sacerdoce simple des £)[ êtres. » P. Batiflol, Revue biblique, i8^5, p. 5oo,
l'église des apôtres 5o3
rarchie. Il parle des chefs, des higoumènes ; mais il signale qu'au-dessus des laïques — le mot est de lui (i) — il y a les diacres et les évêques. Ces évêques, il les appelle des presbytres (2). Dieu, dit-il, a envoyé le Christ, le Christ a envoyé les Apôtres. Or, qu'ont fait les Apôtres ? « Ils ont prêché dans les pays, dans les villes, et, après avoir éprouvé par l'Esprit-Saint leurs prémices, ils les ont constituées évêques et diacres de ceux qui devaient croire. Ils ont connu par Notre Seigneur Jésus-Christ que le nom d'épiscopat provoquerait des rivalités ; c'est pourquoi, doués d'une parfaite prescience, ils ont constitué ces prémices ; ensuite ils ont réglé qu'après leur mort (la mort de ces prémices ainsi constituées) d'autres hommes éprouvés devraient recueillir leur ministère (3). » C'est le témoignage d'un homme qui a vécu aux temps apostoliques et qui raconte ce qu'il a vu. Mais il n'y est question encore que de la hiérarchie à deux degrés.
2° Leur Eglise
i° Ce que les Apôtres pensent de leur rôle. — Est-il besoin, après ce que nous venons de dire, d'insister longuement sur le rôle que les Apôtres ont la conscience de jouer, sur la mission qu'ils ont la prétention de remplir? Qui prêchent-ils? Que prêchent-ils ? Qu'exigent-ils ? — Ils prêchent l'Evangile; ils prêchent Jésus Christ, mort crucifié, ressuscité et glorieusement régnant : ils sont ses témoins. — Ils prêchent la nécessité du salut par la foi, le baptême et la grâce. Ils s'adressent à tous,
1. I Cor., xl, 5 ; Dans Funk, Opéra Patrum apost., Tubin gue, 1881, t. 1, p. no. — 2. I Cor. y xlit, 5; liv, 2; lviî, 1 ; ibld.i p. 116, 128, i32. — S. I Qor.t xui, 4 ; xliv, 1-2 ; ibitl., p. 112, u4-ii6.
indistinctement; aux petits, ils se contentent da donner du lait et de rompre le pain ; aux parfaits, ils prêchent la sagesse, non certes celle de ce siècle, mais celle même de Dieu, que Dieu leur a révélée par son Esprit(i). Ils se savent hommes, certes, car ils marchent dans la chair, comme de simples mortels, mais ils ne vivent pas selon la chair, ils ne combattent pas selon la chair : leurs armes sont puissantes pour renverser les forteresses, les raisonnements et toute hauteur qui s'élève contre la science du salut (2). Car ils ont la puissance même de Dieu. Témoins du Christ, des prodiges accompagnent leur parole, mais c'est Dieu qui les opère (3). Ils sont les coopérateurs de Dieu (4), les serviteurs du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu (5). C'est pour le Christ et en faveur des âmes qu'ils font les fonctions d'ambassadeurs (6). Car l'Apôtre n'est pas apôtre pour lui, il est l'organe de Dieu auprès des hommes. Dieu brille en lui et illumine les hommes (7). Dieu exhorte par ses lèvres (8). Dieu réconcilie par son ministère, car c'est à lui qu'il a confié le mystère de la réconciliation (9). Dieu frappe aussi par lui (10). Les âmes sont le champ de Dieu où il travaille, l'édifice de Dieu qu'il élève (11). Aussi ce que l'Apôtre veut c'est que le Christ habite dans les fidèles par la foi, et que ceux-ci, fondés et enracinés dans la charité, puissent comprendre la largeur et la longueur, la profondeur et la hauteur de l'amour du Christ, en sorte qu'ils soient remplis de toute la plénitude de Dieu (12). De la part des âmes, il réclame tout absolument : l'intelligence, la volonté, le cœur ; et cette maîtrise
1. I Cor. y 11, 6, 11. — 2. II Cor., x, 3-6. — 3. Ad., ni, ia-i5. 4. I Cor., ni, 9. — 5. I Cor., iv, 1. — 6. II Cor., v, 20. — 7. II Cor., iv, 6. — 8. II Cor., v, 20. — 9. II Cor., v, 18. — 10. ii Cor., xui, 10. — 11. I Cor., m, 9. — 12. Eph., 111, 17-19.
l'église des apôtres 5og
absolue il l'exige de tous sans distinction, pour assujettir toute pensée à l'obéissance du Christ, prêt, s'il le faut, à punir toute infidélité (i). Bref, les Apôtres se savent, de par Dieu, « les ministres d'une alliance nouvelle (2). »
20 Ce qu'ils pensent de leur œuvre. — Mais cette alliance nouvelle, qu'est-elle, à leurs yeux? — C'est un corps, an corps vivant, le corps dix Christ (3), la plénitude du Christ (4). La tête de ce corps, c'est le Christ ; c'est lui qui l'anime, le meut, le remplit, l'accroît, le perfectionne, le sanctifie, le divinise (5). Mais, dans ce corps, où le chrétien est membre du Christ, chacun a sa fonction propre (6), et tous y puisent la vie, la vie même de Dieu, par la grâce, en attendant la gloire. Saint Paul appelle l'Eglise Vépouse de Jésus-Christ ; mais ce titre « n'indiquant pas une union assez étroite, assez totale, il revient à son image favorite, il ajoute que le Christ, en épousant l'Eglise, en a fait à la
1. II Cor., x, 7. — 2. II Cor., m, 6. — 3. I Cor., xii, 27. — 4- Eph., 1, 23. — 5. Eph., 1, 22. — 6. Rom., xii, 4- Car c'est le Christ « qui a fait les uns apôtres, d'autres prophètes, d'autres évangélistes, d'autres pasteurs et docteurs, en vue du perfectionnement des saints, pour l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps du Christ, jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ... et que nous continuions à croître à tous égards dans la charité en union avec celui qui est le chef, le Christ. » Eph., iv, ii-i5. Dans ce corps « il y a diversité de dons, mais c'est le même Esprit ; diversité de ministères, mais c'est le même Seigneur ; diversité d'opérations, -mais c'est le même Dieu qui opère tout en tous... Tous nous avons été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps, soit juifs, soit grecs, soit esclaves, soit •libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit.» •I Cor., xii, 4-6, i3.
5o6 LE CATÉCHISME ROMAIN
lettre et pour toujours son propre corps, Fos de ses os, la chair de sa chair, deux dans une même chair (i). »
Ce corps du Christ, cette société religieuse, cette Eglise forme Vaillance nouvelle, qui non seulement est supérieure à l'ancienne, puisque son auteur dépasse infiniment les prophètes, Moïse et les anges, étant le Fils de Dieu, la splendeur de la gloire et l'image de la substance du Père (2), et puisque ses rites, son sacrifice et ses biens spirituels sont incomparablement supérieurs aux rites et aux sacrifices anciens, mais qui encore la remplace définitivement (3). C'est par sa mort que le Christ est
1. G. Fouard, Saint Paul, ses dernières années, p. 9.9. «Cette parole prophétique ne s'était v<'n ifiée qu'imparfaitement en Adam et Eve, leur union n'allant pas jusqu'à la confusion des deux êtres. Pour Jésus et l'Eglise, « ce grand sacrement, » le mystère d'amour, se consomme et va jusqu'à l'unité. Nulle personnalité dans l'Eglise, nulle vie distincte, nulle action, nulle parole, autre que Jésus revivant en elle et par elle. » Ibid. « L'Eglise, comme Epouse, est à Jésus-Christ par son choix ; l'Eglise, comme corps, est à Jésus-Christ par une opération très intime du Saint-Esprit de Dieu. Le mystère de l'élection par l'engagement des promesses paraît dans le nom d'Epouse ; et le mystère de l'unité, consommée par l'infusion de l'Esprit, se voit dans le nom de corps. Le nom de corps nous fait voir combien l'Eglise est à Jésus-Christ ; le titre d'Epouse nous fait voir qu'elle lui a été étrangère et que c'est volontairement qu'il l'a recherchée. Ainsi le nom d'Epouse nous fait voir unité par amour et par volonté ; et le nom de corps nous porte à entendre unité comme naturelle ; de sorte que dans l'unité du corps il paraît quelque chose de plus intime, et dans l'unité de l'Epouse quelque chose de plus sensible et de plus tendre. Au fond, ce n'est que la même chose ; Jésus-Christ a aimé l'Eglise et il l'a faite son Epouse ; Jésus-Christ a accompli son mariage avec l'Eglise, et il l'a faite son corps. » Bossuet, Lettre iy à une Demoiselle de Metz, 3a. — a. Hebr., 1, a-3. — 3. Notre grand prêtre « a reçu un ministère d'autant plu» élevé, qu'il est médiateur d'une alliance supérieure et fondée sur de meilleures promesses. En effet, si la première alliance
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médiateur de cette nouvelle alliance ; « car, là où il y a un testament, il est nécessaire que la mort du testateur intervienne (i). » Dans cette Eglise du Christ, les juifs ne jouissent plus d'aucun privilège, le mur de séparation, qui les séparait des gentils, est renversé ; congé est donné à la Loi, on peut être sauvé sans elle ; ce n'est pas la Loi, c'est la foi, c'est la grâce qui justifie. Les gentils ont part au salut par la foi sans la Loi, telle est la décision arrêtée à Jérusalem. La Loi a été le pédagogue qui mène au Christ (2). On peut la respecter, on peut même l'observer, si l'on veut, mais on n'y est plus tenu : elle est impuissante pour le salut ; elle n'est plus un principe de justification. Et saint Paul formule le principe nouveau : « En Jésus-Christ la circoncision n'a aucune valeur ni l'incirconcision, mais la foi qui agit par la charité (3). » « La circoncision n'est rien et l'incirconcision rien non plus, mais Vobservation des commandements de Dieu (4). »
3° Notes de leur Eglise. — Ce corps du Christ, cette société religieuse qu'est l'Eglise qu'ils travaillent à fonder, est-ce vraiment l'Eglise du Christ ? Y trouve-ton les prérogatives assurées par le Christ à son Eglise? — Oui, certes.
1. L'unité. Ce corps est un d'abord (5), parle Christ qui est sa tête, son fondement exclusif, indivisible (6) ; c'est un corps compacte, lié (7), unifié comme l'est le pain 4qui de grains séparés ne
avait été sans défaut, il n'y aurait pas eu besoin de lui en substituer une seconde. En disant une alliance nouvelle, Dieu a déclaré la première vieillie ; or, ce qui est devenu ancien, c« qui est vieilli, est près de disparaître. » Hebr., vin, 6-7, i3.
I. Hebr., ix, 16. — a. Gai., m, a4. — 3. Gai., v, 6. — 4. I Cor., vu, 19. —5. Rom., xn, 5. — 6. 1 Cor., 1, i3^, ni, 11. *# 7. Eph.t iv, 16.
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forme qu'un seul tout (i) ; un par l'unité de la foi et de la charité, ainsi qu'il est dit, dès la première heure, la multitude des croyants ne faisant qu'un cœur et une âme (2). Or, quiconque brise ce premier lien de l'unité, la foi, n'appartient plus à l'Eglise, il est hors de la « barque, » il est emporté à tout vent de doctrine, il fait naufrage dans la foi et périt dans l'erreur (3). C'est l'hérétique, qui se détache de la vérité (4), malgré des avertissements réitérés (5), et que l'Eglise chasse de son sein et dont elle défend le commerce aux fidèles. C'est le schismatique, qui déserte la réunion des fidèles (6), qui refuse d'obéir à l'Eglise, et dont saint Paul dit : « Si quelqu'un n'obéit pas à l'ordre donné par cette Lettre, notez-le, et, pour le confondre, ne le fréquentez plus (7). »
Aussi les Apôtres veillent-ils avec un soin jaloux à l'unité de la foi. Ils mettent en garde les fidèles contre les faux frères, dénoncent leurs procédés hypocrifes, burinent leur portrait et montrent l'abîme où ils tombent (8). Contre de tels fauteurs
1. I Cor., x, 17. — 2. Ad., iv, 32. — 3. 1 Tint., 1, 20. — 4. II Tim., 11, 18. — 5. TU., ni, 9-10. — 6. Hebr., x, 25. — 7= II Thess., ni, i4. — 8. L'hérésie a sa raison d'être, qui est de révéler les âmes éprouvées et les trafiquants de la parole (I Cor., xi, 9). Elle est fille de la curiosité indiscrète de l'esprit ou de la secrète corruption du cœur, souvent des deux à la fois ; elle nait dans les milieux frivoles (II Tim., iv, 3-4 ; Gai., iv, 17 ; vi, i3) ; mais elle porte son châtiment avec elle, car Dieu livre l'hérétique aux convoitises du cœur, à l'ignominie des passions (Rom., if 24, 26 ; xvi, 18). Saint Pierre, nous l'avons vu, a tracé le por- - trait des hérétiques d'Asie, et saint Jude a des traits semblables pour les dépeindre. Saint Paul les représente comme des hommes « égoïstes, cupides, fanfarons, superbes, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, impies, sans affection, sans loyauté, calomniateurs, intempérants, cruels, ennemis des gens de bien, traîtres, insolents, enflés d'orgueil, amis des voluptés plus que de Dieu, ayant les dehors de la piété sans en
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de désordres et de brouillons de cette espèce, ils n'ont pas assez de sévérité. L'unité de la foi avant tout ; et de la part des fidèles, la soumission la plus complète aux autorités ecclésiastiques comme à Dieu lui même.
2. La sainteté. L'Eglise des Apôtres est sainte, car le Christ qui est à sa tête et fait circuler dans le corps entier sa propre vie est la sainteté même, ce II s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité et de se faire, en nous purifiant, un peuple qui lui appartienne et qui soit zélé pour les bonnes œuvres (i). » « Il a aimé son Eglise et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, après l'avoir purifiée dans Teau baptismale, avec la parole, pour la faire paraître devant lui, cette Eglise, glorieuse, sans tache, sans ride ni rien de semblable, mais sainte et immaculée (2). » Elle est sainte parce qu'elle possède tout ce qu'il faut pour faire germer et briller des saints. La sainteté 1 C'est toujours le but poursuivi, indiqué par les Apôtres, auquel ils consacrent leurs efforts, leur labeur, et auquel ils sacrifient leur vie.
De là les soins minutieux qu'ils apportent à régler tout ce qui regarde la conduite de chaque fidèle, de chaque foyer domestique, ainsi que les relations
avoir la réalité (II Tim., m, i-5), » s'insinuant par l'hypocrisie avec des paroles mielleuses {Rom., xvi, 18), maniant l'arme du dénigrement et de la calomnie, captivant des femmelettes chargées de péchés et travaillées de passions de toute espèce (II Tim., ni, 6). Grâce à de tels moyens, l'hérésie est essentiellement destructrice : elle opère la ruine, la stérilité, la mort. C'est l'hérésie judaïsante et aussi la gnose à ses débuts, avec ses prétentions à la science et son mépris pour la foi, se perdant dans de vaines élucubrations, des inepties et des absurdités pour s'abîmer finalement dans la corruption.
x. TU., 11, 1 4. — 2. Eph., v, 25-27.
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sociales, la déférence et la soumission envers les pouvoirs constitués. Devoirs des fidèles entre eux, des parents envers les enfants et des enfants envers les parents, des époux vis à-vis l'un de l'autre, des maîtres envers leurs serviteurs et leurs esclaves, des citoyens envers l'autorité civile, tout est indiqué avec • précision et constitue le plus beau traité de morale qui se puisse imaginer et qui reste, encore aujourd'hui, même auprès des non chrétiens, un exemplaire unique digne de toute admiration (i).
t. En face de la société civile, notamment, les Apôtres ne cessent de proclamer que toute puissance vient de Dieu et que le chrétien doit prier pour les pouvoirs constitués (I Tim., u, i) et leur obéir (TH., ni, 1), car résister à l'autorité c'est résister à l'ordre que Dieu a établi (Rom., xm, 2). « il est nécessaire d'être soumis, non seulement par crainte du châtiment, mais aussi par motif de conscience. C'est pour cette raison que vous payez les impôts... Rendez donc à tous ce qui leur est du: à qui l'impôt, l'impôt ; à qui le tribut, le tribut ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l'honneur, l'honneur (Rom., xiu, 5-7). » Ainsi, aux yeux des Apôtres, l'Egiise doit à l'Etat respect, soumission, prière ; mais elle a le droit inaliénable de vivre de sa vie religieuse, d'agir selon ses principes divins, de garantir sa constitution, de faire œuvre surnaturelle ; elle a droit, dès lors, à être non seulement tolérée mais encore respectée et protégée par l'Etat. Que si l'Etat méconnaît ses devoirs vis-à-vis d'elle, les Apôtres se réclament des ordres impérieux de Dieu ; car mieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes. Ils ne peuvent pas ne pas parler, ne pas agir, selon les ordres du Christ. « Jugez s'il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu'à Dieu. Pour nous, nous ne pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu et entendu (Act., îv, 19-20). » Bref, les principes sont posés par les Apôtres des relations des deux pouvoirs, spirituel et temporel, entre eux, de leur entente et de leur concours nécessaire pour le bien général de la société ; principes féconds, longtemps méconnus, mais peu à peu appliqués, qui ont valu à l'Europe la magnifique constitution chrétienne du moyen âge, mais qui, depuis le xive siècle, sont de nouveau battus en brèche, au grand détriment de la société civile et de la civilisation, et menacent d'être paralysés pour un temps par
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Combien, en effet, qui, dans ces dernières années, ont fait le rêve insensé de sacrifier, dans le christianisme, la partie dogmatique, mais de retenir à tout prix sa morale incomparable !
Les Apôtres entendent que le chrétien imite le Christ et le reproduise aussi fidèlement que possible, Il est au milieu du monde, mais il ne doit pas vivre comme le monde. Il a des relations nécessaires de société, mais il doit s'abstenir de l'apparence même du mal, de tout acte, indifférent en soi, qui pourrait scandaliser les faibles. Il doit surtout servir d'exemple vivant partout, au dedans dans le foyer domestique, au dehors en face des indifférents ou des ennemis ; car il sert de spectacle au monde et doit imposer le respect à ses adversaires euxmêmes (i). Une telle conduite ne va pas sans efforts, sans peines et sans tribulations. Qu'il n'oublie pas, en conséquence, que si l'épreuve est dure, la vertu se consomme dans l'infirmité (2), car tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ- Jésus auront à souffrir persécution (3). Mais qu'à cela ne tienne ! La persécution n'a qu'un temps, et elle « produit au delà de toute mesure un poids éternel de gloire (4). »
Au précepte, les Apôtres joignent l'exemple. Le monde païen les accueille avec un sourire moqueur, puis les persécute. Qu'importe? Saint Paul sait que ce qu'il prêche est « un scandale pour les juifs, une folie pour les gentils ; » mais il sait aussi que « ce qui est folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes (5). » Il prêche donc, mais non sans sou-
Tabus du Césarisme et le retour de la société contemporaine aux pires aberrations du paganisme.
1. I Gor., iv, 9; x, 3a; I Thess., rv, 11; TiL, 11, 8. — a. II Cor., xii, 9. — 3. II Tim., m, 12. — 4« II Cor.t xiv, 17. — 5.1 Cor., 1, 23-25.
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lever une formidable opposition ni sans s'exposer à la haine, aux coups et à la mort (i). Rien ne manque à cette opposition persécutrice. Paul en a tracé le tableau lugubre et en a senti les coups (2). Mais comme il est loin de s'en plaindre ! comme il les accueille avec sérénité I comme il y découvre surtout de mystérieuses et consolantes ressemblances avec le divin Crucifié ! Et comme il sait relever le courage des chrétientés (3) ! Sans cesse il ramène les fidèles à l'ilomme-Dieu, auteur et consommateur de la foi, à la victime sanglante du Calvaire (4). Souffrir, verser son sang, mais c'est l'Evangile et la tribulation est notre partage (5). La tribulation 1 elle a son rôle providentiel ; elle possède des garanties sublimes et de magnifiques compensations (6). Au bout, c'est la gloire, le paradis, le bonheur.
Entendre Paul, c'est entendre les Apôtres dans leur enseignement. Quel idéal sublime que le leur ! Mais aussi quels admirables chrétiens que ceux de l'Eglise apostolique ! Est-ce à dire qu'il n'y ait eu, parmi eux, ni défaillances ni scandales? Loin de là. L'homme est toujours homme et le chrétien est soumis à l'humaine fragilité. Les Apôtres, du moins,
1. « Nous sommes opprimés de toute manière, mais non écrasés ; dans la détresse, mais non dans le désespoir ; persécutés, mais non délaissés ; abattus, mais non perdus (II Cor., rv, 8-4). » Mais si « Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La tribulation ? L'angoisse? La persécution? La faim ? La nudité ? Le péril ? L'épée ? Non, rien (Rom., vin, 3i, 35). » — 2. I Cor., rv ; [I Cor., iv, 4-5 ; xi, 33-27. — 3. Philip., 1, 28 ; I Thess., 1, a-4. i4; Hebr., x, 32-36. — 4- «Considérez celui qui a supporté contre sa personne une si grande contradiction de la part des pécheurs, afin de ne pas vous laisser abattre par le découragement. Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang dans votre lutte contre le péché (Hebr., xm, 3-4;. » — 0. I The**., m, 3. — G. Hebr., xn, 5-i3.
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ont veillé scrupuleusement à ce que le mauvais ferment ne corrompît pas la masse (i). Ils ont averti les coupables, ils les ont punis ; à la réprimande, ils ont ajouté l'excommunication ; aux peines spirituelles, des peines afflictives (2). De toutes manières ils ont cherché à maintenir la sainteté de leur Eglise, de l'Eglise de Jésus-Christ.
3. La catholicité. Ce n'est pas seulement aux enfants perdus de la race d'Israël, c'est à tous les hommes sans exception que doivent s'adresser les Apôtres pour leur prêcher l'Evangile. Tout d'abord ils s'adressent aux juifs ; mais saint Pierre ouvre bientôt la porte de l'Eglise aux gentils, dans la personne du centurion Corneille ; saint Paul reçoit de Jésus l'apostolat delà gentilité. Quelques judaïsants attardés voient d'un mauvais œil cette admission des gentils ; n'osant la combattre, ils affichent la prétention d'en faire des juifs, sous peine de damnation. Paul s'insurge ; la question est soumise aux Apôtres ; nous en connaissons la solution. Le mur de séparation est définitivement renversé. u Dans ce renouvellement, il n'y a plus ni grec ou juif, ni circoncis ou incirconcis, ni barbare ou scythe. ni esclave ou homme libre ; mais le Christ est tout en tous (3). » Plus donc d'acception de personnes, de peuples ou de races : les Apôtres appellent à eux tous les hommes de bonne volonté. L'empire romain se trouve sillonné pour la première fois de missionnaires qui ne connaissent point de frontières politiques ou territoriales. Et saint Paul affirme que (( leur voix est allée par toute la terre, et leurs paroles jusqu'aux extrémités du monde (4). » En fait, le livre des Actes et les Epîtres nous montrent des
1. î Cor., v, i3. — a. I Cor., v, 1-6. — 3. Col, m, n. — 4. Rom., x, 18.
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communautés chrétiennes en Asie Mineure, tout le long des côtes depuis l'Egypte jusqu'aux rivages du Poni-Euxin ainsi que dans l'intérieur, en Grèce et en Macédoine, dans l'île de Chypre et de Crète, en Italie. L'Afrique, la Gaule et l'Espagne reçoivent la visite des missionnaires. L'histoire des origines chrétiennes reste encore fort obscure sur certains points ; mais ce dont on ne saurait douter, c'est de l'esprit de prosélytisme qui anime les Apôtres, c'est de leur immense activité apostolique. La légende a pu embellir ou même inventer certaines de leurs missions en pays éloignés ; elle traduit du moins, à sa manière, ce caractère de catholicité qui appartient à l'Eglise des Apôtres.
4. Vapostolicilé. Nous avons dit un mot du soin que les Apôtres mettaient à fonder, à organiser des églises, à choisir et à désigner des collaborateurs ; nous avons rappelé aussi le témoignage de saint Clément de Rome sur la règle de succession qu'ils avaient établie. Inutile d'insister. Qui les écoute, écoute le Christ ; et quiconque enseigne doit enseigner ce qu'ils enseignent; et quiconque commande doit commander en union étroite avec eux. « Si quelqu'un donne un autre enseignement et n'adhère pas aux salutaires paroles de Notre Seigneur Jésus- Christ et à la doctrine qui est conforme à la piété, c'est un orgueilleux, un ignorant, un esprit malade (1). » « Quand un ange du ciel vous annoncerait un autre Evangile que celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème (2) I »
En vérité, les Apôtres ont fondé une Eglise, et leur Eglise est bien celle de Jésus-Christ, car elle poursuit le même but, elle emploie les mêmes moyens, elle possède la même organisation et les
j. I Tim., vi, 3-4. — a. Gai, 1, 8.
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mêmes caractères. Reste à savoir si cette Eglise de& Apôtres existe encore et quelle est, aujourd'hui, l'Eglise qui a le droit de se réclamer d'elle et qu& tout esprit droit et sincère a le devoir de regarder comme l'Eglise de Jésus-Christ : ce sera l'objet de la leçon suivante.
1. Visibilité et perpétuité de l'Eglise. — Au sujet du texte de Saint Matthieu (Matth., xvni, 18-20), Bossuet écrit : « Ces paroles n'ont pas besoin de commentaire. Ce qu'il dit est grand et incroyable, qu'une société d'hommes doive avoir une immuable durée, et qu'il y ait sous le soleil quelque chose qui ne change pas ; mais il donne aussi à sa parole cet immuable fondement : Toute puissance m'est donnée dans le ciel et sur la terre; allez donc sur cette assurance où je vous envoie aujourd'hui, et portez-y par l'autorité que je vous en donne le témoignage de mes vérités; vous ne demeurerez pas sans fruit : vous enseignerez, vous baptiserez, vous établirez des églises par tout l'univers. Il ne faut pa& demander si le nouveau corps, la nouvelle congrégation, c'est-à-dire la nouvelle Eglise que je vous ordonne de former de toutes les nations, sera visible, étant comme elle doit l'être visiblement composée de ceux qui donneront des enseignements et de ceux qui les recevront, de ceux qui baptiseront et de ceux qui seront baptisés, et qui, ainsi distingués de tous les peuples du monde par la prédication de mes préceptes et par la profession de les écouter, le seront encore plus sensiblement par le sceau sacré d'un baptême particulier au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Cette Eglise, clairement rangée sous le même gouvernement, c'est-à-dire sous l'autorité des mêmes pasteurs, sous la prédication et la profession de la même foi, et sous l'administration des mêmes sacrements, reçoit par ces trois moyens les caractères les plussensibles dont on la pût revêtir. Qu'elle est belle, cette Eglise, avec les trois marques de sa visibilité !
« Mais, pour en concevoir le dernier trait, voyons comment Jésus en marquera la durée, et s'il ne l'explique
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pas aussi clairement qu'il a fait tout le reste. Il s'agit de l'avenir ; mais cette phrase : Et voilà, le rend présent par la certitude de l'effet. Je suis avec vous : c'est une autre façon de parler consacrée en cent endroits de l'Ecriture, pour marquer une protection assurée et invincible de Dieu...
ce Mais peut-être que cette promesse : Je suis avec vous, souffrira de l'interruption ? Non, Jésus-Christ n'oublie rien : Je suis avec vous tous les jours. Quelle discontinuation y a-t-il à craindre avec des paroles si claires ? Enfin, de peur qu'on ne croie qu'un secours si présent et si efficace ne soit promis que pour un temps : « Je suis, dit-il, avec vous tous les jours jusqu'à la fin des siècles. Ce n'est pas seulement avec ceux à qui je parlais alors que je dois être, c'est-à-dire avec mes Apôtres ; le cours de leur vie est borné ; mais aussi ma promesse va plus loin et je les vois dans leurs successeurs. C'est dans leurs successeurs que je leur ai dit : Je suis avec vous; des enfants naîtront au lieu des pères. Us laisseront après eux des héritiers ; ils ne cesseront de se substituer des successeurs les uns des autres, et cette race ne finira jamais. » Première instr. past. sur les promesses de l'Eglise.
2. Organisation économique, aux débuts. — « Serait-il donc si difficile de déterminer, au cours de l'histoire, les vrais caractères de l'organisation économique du christianisme naissant, d'en découvrir les causes réelles et d'en décrire les résultats certains ? « Frères, » c'est le premier nom des chrétiens : l'Eglise est une famille: une famille de 1 25 membres au lendemain de l'ascension, de plus de trois mille au soir de la Pentecôte, de plus de cinq mille quelques jours plus tard ; tous animés d'un même « Esprit ; » le sentiment de la fraternité les rapproche ; l'ardeur de la charité les unit ; ils sont ensemble, au temple pour la prière, dans les maisons pour la fraction du pain ; ils socialisent non seulement leurs sentiments, — la multitude des croyants n'avait qu'un cœur et qu'une âme — mais les moyens d'existence, ils possèdent tout en commun : dans son acception tout à la fois la plus large et la plus haute, c'est la vie commune, la vie du corps et la vie de l'âme.
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(( Entre l'âme socialiste cependant et l'âme chrétienne tout rapprochement serait un blasphème. Ici l'amour et la liberté, et là la haine et la violence. D'un côté, le ciel, et de l'autre, l'enfer. Les premiers chrétiens, le fait n'est pas contestable, dans l'ensemble, vivaient sur le trésor commun. Des distributions à tous avaient lieu qui donnaient à chacun selon ses besoins. Du produit du travail, nulle mention. Restait-il la propriété du travailleur ou entrait-il dans l'avoir social P Le texte est muet. « Ils vendaient, dit saint Luc, leurs propriétés et leurs biens. » « Tous ceux qui possédaient des terres et des maisons, les vendaient, apportaient le prix de ce qu'ils avaient vendu et le mettaient aux pieds des Apôtres. » Le trésor commun s'alimentait donc principalement des contributions de fidèles. Pous les obtenir, nulle contrainte. S'il n'y avait parmi eux pas un pauvre, c'est qu'une charité aussi prévoyante que généreuse pourvoyait aux besoins de tous; si aucun ne disait de ce qu'il possédait qu'il était à lui, c'est que tous savaient pratiquer le dépouillement volontaire. Pour être général, l'universel renoncement ne laissait pas que d'être spontané. Rien par ordre, tout par liberté : comment en douter quand on a lu l'histoire d'Ananie et de Saphire ? » Gondal, Au temps des Apôtres, p. 22.