Ainsi le concile de Constance avait donc exprimé solen
Ce serait un corps sans tête, une assemblée sans chef, et dès lors sans vie et sans mandat.
Cela n'empêcha pas les évêques réunis à Baie, en i43i, de renouveler le fameux décret du concile de Constance ; mais ils le firent avec aussi peu d'autorité ; car le pape n'est point, comme le prétendait alors Nicolas de Cusa, revenu ensuite à des notions plus justes, le chargé d'affaires de l'Eglise, il est le chef suprême de l'Eglise. « Cette débauche de licence religieuse » donna lieu à la Pragmatique sanction de Bourges et, beaucoup plus tard, lors de
nettement la proposition célèbre de la supériorité d'un concile général sur le pape. La détresse caractéristique de cette époque poussait à un pareil décret comme à l'unique moyen de salut pour l'effroyable situation créée par la lutte de trois prétendants à la tiare. En un tel cas, lorsque la question de savoir quel était le véritable pape était controversée, lorsque l'espérance de mettre fin à cette discussion brûlante par une démission volontaire s'évanouissait visiblement, on pouvait ne pas apercevoir d'autre issue que la soumission des prétendants à la décision d'un concile général. Mais le concile alla plus loin que le besoin du temps ne l'exigeait et voulut poser une thèse tout à fait générale, valable pour tous les temps et toutes les circontances et l'orner d'un nimbe dogmatique. Lorsque l'assemblée de Constance la définit, elle se regardait certainement comme un concile œcuménique ; seulement, la postérité ne peut lui reconnaître ce haut caractère que dans ses dernières sessions, à ce moment où concile et pape marchaient de concert. L'affirmation des gallicans, d'après laquelle Martin Y aurait approuvé aussi les sessions antérieures et par suite les décrets de la cinquième session, est certainement inexacte. Martin a seulement confirmé des résolutions de Constance ce qui a été décrété in materiis fidei conciliariter et non aliter nec alio modo ; mais, à son point de vue et celui du collège entier des cardinaux, ainsi que nous l'apprenons de d'Ailly (Gerson. Opp., édit. du Pin, t. n, p. 9Î0), rien n'avait été résolu conciliariter de ce qui fut décrété, sans le consentement des cardinaux, simplement à la majorité des nations. Et tel est précisément le cas pour la question présente. » Hefele, Conciliengeschichte, t, vu, p. 104.
EHREUKS SUU L EGLISE
l'affaire de la Régale, la célèbre Déclaration du clergé de France, en 1682 (1).
D'après l'article Ier de cette Déclaration, les rois et les princes, dans les affaires temporelles ne sont soumis, par l'ordre de Dieu, à aucune puissance ecclésiastique et ne peuvent être déposés directement ni indirectement par le pouvoir des clefs- D'après l'article 11, les décrets du concile de Constance sur l'autorité des conciles généraux sont tenus pour valides et immuables. D'après l'article ni, l'exercice de la puissance apostolique doit être modérée par les canons établis par l'Esprit- Saint et consacrés par le respect du monde entier. D'après l'article iv enfin, tout décret pontifical, dans les questions de foi, adressé à l'Eglise entière, n'est point un jugement irréformable sans l'assentiment, exprès ou tacite de l'Eglise (2).
1. «Le gallicanisme contribua largement à l'établissement de l'absolutisme royal, au déplacement même d'une partie de l'autorité religieuse des papes au profit des souverains; les. évoques furent soumis à la domination royale et. qui pis est», devinrent justiciables des Parlements, souvent composés d odieux légistes qui ne pensaient qu'à « tenir ronde » la couronne de France, sans se préoccuper outre mesure du droit ni de la justice. Ainsi l'indépendance nécessaire de l'Eglise fut partiellement confisquée par les rois, et cet intolérable abus de pouvoir prépara le régalisme espagnol, le fébronianisme allemand, le joséphisme autrichien, l'affaire de la régale et la déclaration de 1682, les arrêts du Parlement de Paris contrôle refus des sacrements aux appelants de la bulle Unigenitus*, la constitution civile du clergé. Je ne pense pas qu'il y ait exagération à soutenir que le gallicanisme favorisa les progrès de l'hérésie janséniste, qu'il enleva au clergé français sa part légitime d'influence sociale et le rendit impuissant à lutter contre le philosophisme du xviii siècle et la Révolution. » Souben, L* Eglise et les sources de la révélation* Paris, i9o5, p. 68.
2. Ces quatre articles furent condamnés par Innocent XI (1676-1689) dans une lettre sous forme de Bref, du 11 avril
Le gallicanisme théologique survécut, soigneusement entretenu par le gallicanisme parlementaire. Les articles de la Déclaration, condamnés par le Saint-Siège et réprouvés par leurs auteurs, trouvèrent encore des partisans au synode de Pistoie (i). Napoléon Ier essaya de les imposer comme matière d'enseignement ecclésiastique, et, aux approches du concile du Vatican, les vieilles prétentions gallicanes firent entendre un dernier cri resté sans écho (2).
1682, et par Alexandre VIII (1 689-1 691) dans la constitution Jnter multipliées, du 4 août 1690. La plupart de ceux qui les avaient signés écrivirent une lettre de soumission, en 1692, à Innocent XII (1 691-1700). Bossuet finit par écrire: Abeat igitur Declaratio quo libuerit. Et Louis XIV lui-même n'insista plus. Voir Denzinger, n. 1189-1192. Par la proclamation de l'infaillibilité pontificale, le concile du Vatican a porté le dernier coup aux théories gallicanes.
1. Ils furent condamnés par la bulle Auctorem fidei de Pie V[f 28 août 1794. — 2. On réédita les objections des protestants et des jansénistes au sujet des papes Libère et Honorius. — Libère (352- 366) aurait signé, dit-on, la informulé de Sirmiumde 35 1. Or, il n'était pas encore pape, et, l'eût-il fait, cette formule, aux yeux de saint Hilaire de Poitiers et plus tard de saint Jérôme et de saint Augustin, était parfaitement orthodoxe, bien qu'elle ne renfermât pas le terme de Nicée, ôtxooustoç. — La seconde formule de Sirmiun de 357 était trop arienne. Les non signataires furent exilés ; seul, au dire de saint Athanase (Hist. arian., 4 1-45), Hosius, brisé par l'âge et les épreuves, la signa. — La troisième, tout en écartant rô(jioou<Tto;, déclarait le Fils semblable au Père en tout. Libère, à qui l'on fît croire que les erreurs de Sabellius et de Marcel d'Ancyre se cachaient sous le terme ojjlooùgioç, « souscrivit la formule sous la menace de la mort, » raconte saint Athanase (Ibid., i4). « Ce fut par une violence manifeste, dit Bossuet, et tout acte extorqué par la force ouverte est nul de droit et réclame entre lui. » (Instr. II sur l'Eglise). Libère n'en restait pas moins fidèle à la foi de Nicée. — Les évêques latins, réunis à Rimini en 359, rédigèrent une profession de foi orthodoxe, où était inséré rô|j.ooù<yioç ; l'empereur leur fit souscrire de force la quatrième formule de Sirmium, où était le semblable en toutes choses ; mais, dans
ERREURS SUR l'ÉGLISE 533
Le concile du Vatican, par sa constitution Pastor wievnus, a défini l'institution directe et immédiate par Jésus-Christ de la primauté de Pierre, prince de
le manuscrit, ces mots furent remplacés par ceux-ci : semblable selon les Ecritures, et alors, dit saint Jérôme : Ingemuit Mus orbis et arianum se esse miratus est (Dial. adv. Lucif., 19 ; Patr. lat., t. xxiii. col. 172). Les évêques, joués par l'empereur, s'en allèrent en protestant (Ibid., 19 ; col. 173). Ils ne furent reçus dans leurs Eglises qu'en désavouant leur faiblesse, suivant l'ordre de Libère (Cf. Hefele, Hist. des conciles, t. n, 62-68 ; Doellinger, Die Papstfab., des M. Mittelalt., Munich, 1869, p. 108 sq.).
Quant à Honorius (625-638), peu au courant des controverses grecques et trompé surtout par une lettre de Sergius, patriarche de Constantinople, qui lui faisait entendre que certaines personnes admettaient en Jésus-Christ deux volontés contraires, il approuva en 634 la politique du silence. Il recommanda, non de dire une volonté, mais de ne dire ni une ni deux. Or, ce n'est pas là un document ex cathedra ; car ses lettres ne sont ni solennelles dans leur émission selon les usages d'alors, ni dogmatiques dans leur objet, ni publiques dans leur destination. D'aucune manière elles ne peuvent constituer un jugement doctrinal et ne sauraient être assimilées à celle de saint Célestin pour le concile d'Ephèse, de saint Léon pour le concile de Chalcédoine et de saint Agathon pour le concile de Constantinople. La première de ces deux lettres fut rendue publique par le successeur de Sergius, le patriarche Pyrrhus, en 6^0. Le pape Jean IV en donna une explication orthodoxe, reconnue par Pyrrhus. En attribuant une seule volonté au Christ, Honorius avait simplement entendu écarter de la volonté humaine du Sauveur le conflit que nous éprouvons tous entre la chair et l'esprit (Disput. Maximi cum Pyrrho ; Patr. gr., t. xci, col. 329). La seconde ne fut connue pour la première fois qu'au sixième concile œcuménique de Constantinople, en 680. Elle fut brûlée avec la première et Honorius fut englobé dans les anathèmes. Léon II, en confirmant le concile, ramena la condamnation d'Honorius à sa juste valeur, sans équivoque ; il ne vit dans l'acte du pape qu'une faute de négligence. Il est vrai, néanmoins, que cette condamnation fut rappelée dans les vue et viue conciles généraux et insérée dans le Liber diurnus Rom. Pontif. ; Patr. lat., t. cv, col. 62 ; mais tout cela ne prouve rien contre l'infaillibilité (Cf. Thomassin,
tous les Apôtres et tête visible de toute l'Eglise militante ; primauté, non d'honneur seulement, mais de juridiction vraie et proprement dite; primauté permanente qui se perpétue dans les successeurs de Pierre, c'est à-dire dans le Pontife romain ; si bien que le Pontife romain, tant en ce qui touche à la foi et aux mœurs qu'en ce qui regarde la discipline et le gouvernement de l'Eglise universelle, ne possède pas simplement un droit d'inspection ou de direction, mais un plein et suprême pouvoir de juridiction sur l'Eglise tout entière. Et ce pouvoir du Pontife romain, le même que celui qui fut confié k Pierre par Jésus, est infaillible.
20 Erreurs récentes. — Malgré les décisions si Importantes du dernier concile œcuménique, la lutte contre l'Eglise n'a pas désarmé. Le rationalisme et la critique indépendante l'ont portée à ses derniers excès.
i. Le rationalisme, en effet, s'enfonce de plus en plus dans la négation absolue de tout surnaturel et se refuse à voir dans l'Eglise une œuvre divine. Il l'étudié néanmoins, mais comme un fait d'histoire humaine, dénué de toute transcendance et soumis comme tout autre fait à la loi d'évolution qui suffit, dit-on, à expliquer ses origines et son développement ainsi qu'à pronostiquer son avenir. Il la ramène ainsi, comme tout autre religion, à n'être qu'une expression passagère de l'Inconnaissable. On reconnaît là l'application de la théorie de Spencer.