PIERRE, ÉVÊQUE DE ROME
voisine d'Ephèse où est encore le dernier survivant du collège apostolique, s'adresse à l'Eglise de Rome. Clément n'est pas un apôtre, mais il occupe le siège de Pierre; il intervient dans les troubles d'une Eglise étrangère. Les Apôtres, dit-il, ont été envoyés par le Christ comme le Christ a été envoyé par le Père. Ils ont placé des presbytres dans toutes les Eglises, et, pour écarter toute dissension, ils ont réglé le mode de succession. En conséquence, on a eu tort, à Corinthe, d'écarter les chefs désignés qui ont bien rempli leur charge, et la paix doit être rétablie par le rétablissement de l'ordre hiérarchique. 4- Le juif Hégésippe, venu à Rome sous le pontificat d'Anicet, dit avoir dressé la liste des évêques de Rome (i), parce qu'il voyait dans cette succession ininterrompue la garantie de la transmission fidèle de la foi primitive. Vers le même temps, ou peu après, l'asiate Irénée visite Rome ; sous Eleuthère, entre 175 et 190 environ, il dresse la liste de la succession pontificale dans un but semblable à celui d'Hégésippe. Il entend montrer que l'hérésie est de date récente, et il en appelle à la succession des évêques depuis les Apôtres, notamment des évêques de Rome, comme à la seule garantie de l'orthodoxie, en face des prétentions hérétiques (2).
1. Eusèbe, Hist. eccl., iv, 22 ; Patr. gr., t. xx, col. 377. — ■ — 2. Saint Ignace, en s'adressant à l'Eglise « qui préside aux pays des Romains, » l'appelle « la présidente de la charité. » Quel que soit le sens à donner à cette singulière expression, toujours est-il que cette « présidence » n'était pas ignorée au 11e siècle. Contre les gnostiques novateurs, saint Irénée invoque les Eglises apostoliques, et, pour aller plus vite, l'Eglise romaine. « Vers cette Eglise, à cause de sa principauté principale, doit converger toute l'Eglise, c'est-à-dire les fidèles répandus partout, en laquelle a été toujours conservée la tradition apostolique. » Haer.y IV, ni ; Pair. gr.t t. vu, 848, sq. Donc, être d'accord avec les Eglises apostoliques, particulièrement avec
5. Terlullien partage la manière de voir d'Irénée, dans son admirable traité des Prescriptions. Les Apôtres ont fondé des églises qui, devenues maîtresses d'autres églises, leur ont transmis et leur transmettent encore la foi. Toutes ces églises ne font qu'une, car elles continuent l'Eglise primitive, l'Eglise des Apôtres. De là ce principe : Jésus- Christ ayant confié aux Apôtres le ministère de la prédication, il ne faut pas recevoir d'autres prédicateurs que ceux qui tiennent de lui leur mandat par l'entremise des Apôtres. Pratiquement, pour avoir la doctrine apostolique, c'est à ces églises qu'il faut la demander. Etre d'accord avec elles, c'est posséder la tradition qui remonte aux Apôtres, des Apôtres au Christ, du Christ à Dieu ; ne pas s'accorder avec elles, c'est être en dehors des Apôtres, du Christ et de Dieu. Or, parmi toutes ces églises, c'est l'Eglise de Rome qui vient en tête (i). Saint
l'Eglise romaine, c'est la marque de la vérité. Au contraire, la marque distinctive de Terreur, c'est sa nouveauté, son désaccord avec la tradition apostolique et romaine. C'est la thèse même de Tertullien.
i. « Parcourez les églises apostoliques, celles où se dressent encore les propres chaires des Apôtres, où leurs lettres authentiques l'ont revivre l'écho de leurs voix et l'image de leu.s traits. Etes vous proche de l'Achaïe ? vous avez Gorinthe. Habitez-vous près de la Macédoine? vous avez Philippes et Thessalonique. Allez en Asie, vous trouvez Ephèse. L'Italie vous offre Rome, à portée de Garthage même. Heureuse Eglise I à qui les Apôtres ont légué toute leur doctrine avec leur sang, où Pierre est associé à la passion du Seigneur, où Paul reçoit, par le glaive, la couronne de Jean-Baptiste, où l'apôtre Jean, plongé dans l'huile bouillante, en sort sain et sauf et se voit relégué dans une île. Voyez quelle foi Rome a reçue, transmise, partagée avec les églises d'Afrique : un seul Seigneur
; Dieu, créateur du monde, et Jésus-Christ, née de la Vierge Marie, Fils du Dieu Créateur ; la résurrection de la chair.
L Rome môle à la Loi et aux prophètes les écrits apostoliques ;
PIERRE, ÉVÊQUE DE ROME b!\3
Cyprien reproduit comme un écho fidèle l'enseiment du « Maître » carthaginois (i).
6. En fait, Rome devient le centre de- réunion vers lequel convergent de tous les points de l'empire les aventuriers en mal de doctrine, à partir du règne d'Hadrien. Ce sont d'abord Valentin, Cerdon, Marcion ; puis Héracléon, Apelle, les deux Théodote et Arthémas ; puis encore Epigone-Praxéas, Cléomène, "Victorin, Eschine, Sabellius. Tous aspirent, à des degrés divers, à l'hégémonie intellectuelle et doctrinale et croient ne pouvoir se donner les dehors de l'orthodoxie qu'à Rome, parce que Rome passe, à leurs yeux, pour l'Eglise maîtresse et souveraine. Mais l'évêque de Rome veille avec soin sur la doctrine ; il avertit, reprend et excommunie. Cerdon et Valentin sont exclus de l'Eglise par Hygin. Le pape Victor condamne Théodote. Eleuthère et Zéphyrin proscrivent les erreurs de Môntan ; Zéphyrrn et Calliste condamnent les Sabelliens ; Calliste accuse de dithéisme les trinitaires exagérés ; Corneille réprouve le novatianisme.