III. L'évêque de Rome et l'Eglise
romaine
Le fait que saint Pierre est venu à Rome, y a établi son siège et y est mort, entraîne des conséquences importantes, qui s'imposent logiquement: c'est que l'évêque de Rome, successeur de saint Pierre, est le légitime héritier et possède tous les
1. « Trouver dans l'histoire, dès les temps les plus reculés, l'autorité que le Pontife de Rome, comme chef suprême de l'Eglise, exerce sur la chrétienté tout entière, c'est une tâche facile pour quiconque n'a pas le regard prévenu. Dans la période qui va du ive au vir3 siècle, elle éclate à tous les yeux. La primauté, non d'honneur seulement, mais d'action et d'autorité dans les conciles ; en dehors de ces grandes assemblées* la revendication du droit de décider souverainement les controverses, le recours des vaincus et des abandonnés (saint Athanase, saint Chrysostome, saint Flavien), la soumission universelle, sauf les temps de crise où les intéressés perdent quelquefois la juste notion de leurs devoirs : voilà des faits d'une importance et d'une clarté qui ne laissent place à aucun doute. » Mgr Duchesne, L'Eglise d'Orient, p. 699. La formule d'Hormisdas, dans Denzinger, n. i4i. — 2. Les ariens euxmêmes ignoraient si peu la primauté de l'évêque de Rome qu'Ursace et Valens, pour condamner Photin, s'adressèrent au pape Jules. Cf. Hardouin, Act. couçii Ui9 63q-654, 6ga«
privilèges du chef du collège apostolique ; c'est que l'Eglise romaine est le centre de l'unité, la source de la vérité révélée, la mère et la maîtresse de toutes les églises sans exception. De telles conséquences sont pratiquement déduites dès le lendemain de la disparition des Apôtres; nous en avons déjà dit un mot. La conduite des évêques de Rome, de l'Eglise romaine et des autres églises s'explique par la conscience que Ton a, dès les origines, de cet état de choses. Peu à peu se dégageront en pleine lumière, et le principe de l'unité, et les conclusions qui en découlent. L'hérésie et le schisme aideront, comme cause occasionnelle, à formuler la théorie qui montre que l'Eglise romaine est bien, en fait et en droit, l'héritière légitime de l'Eglise apostolique, la véritable Eglise du Christ. Le traité de l'Eglise ne peut tarder à être esquissé dans ses grandes lignes, en attendant qu'il soit étudié, approfondi, développé, avec une rigueur de logique absolument inébranlable. Et ses principaux linéaments, ses principes essentiels et constitutifs, sont mis en relief, au fur et à mesure que le réclament les circonstances. Saint Ignace, saint Irénée, ïertullien, saint Cyprien, posent des jalons. Saint Augustin n'aura qu'à élever l'édifice, que la scolastique et les siècles futurs perfectionneront et achèveront. Mais, d'un bout à l'autre, le plan reste identiquement le même ; son développement est organique et normal.
i. Saint Ignace, le premier, nous révèle le principe de l'unité qui régit l'Eglise : c'est l'unité de gouvernement. Le gouvernement ecclésiastique compte dans sa hiérarchie des diacres, des presbytres qui forment un presbyterium, et l'évêque. Les diacres assistent les presbytres et l'évêque ; les presbytres forment le conseil de l'évêque; lévêque est le chef unique. L'évêque préside à la place de
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Dieu (i) ; il représente Jésus-Christ (2) ; il est le type du Père (3). Les presbytres représentent le sénat apostolique (4), le sénat de Dieu et le conseil des Apôtres (5). Ils assistent l'évêque et doivent être unis à lui comme les cordes à la lyre (6). Les fidèles doivent être unis et soumis à l'éveque comme à Jésus-Christ (7), et aux presbytres comme aux Apô-^ très de Jésus-Christ (8) ; ils doivent révérer les (Jiacres, le presbyterium et l'évêque (9), et ne rien faire en dehors d'eux : car là où est Pévêque doit être la multitude des fidèles, comme là où est le Çhrist-Jésus, là est l'Eglise catholique (10), terme distinctif qui paraît pour la première fois.
Saint Ignace trace ainsi le modèle de chaque qglise ; comme saint Paul, il donne à saint Polycarpe des conseils pour maintenir l'unité dans sou troupeau, veiller aux tentatives hétérodoxes, gou-r yerner les fidèles, les veuves et les vierges (n). Mais il n'ignore pas qu'au dessus des églises particulières* il y a l'Eglise de Rome, et il la salue comme « la présidente de la charité. » Sous cette expression symbolique se cache une allusion au rôle prépondérant et unique de l'Eglise romaine (12). Il est le premier à employer le terme de catholique pour 4ésigner l'Eglise de Jésus-Christ.
2. En face des prétentions et de l'agitation des gnostiques, il s'agit non seulement de maintenir intacte la doctrine révélée et l'unité de la foi, mais
1. Magn., vi, 1 : Funk, Opéra Patr. apostoL, Tubingue, i88ï„ t, 1, p. 194. — 2. TralL, 11, i,p. 202. — 3. TralL, m, 1, p. 2o4» ;-*• 4- Magn., vi, 1, p. 194; TralL, ni, 1, p. 204. — 5. Ibid. — 6. Ephes., iv, 1, p. 176 ; Philad., 1, 2, p. 224. — 7. Magn., xinv 2, p. 200 ; TralL, 11, 1, p. 202. — 8. TralL, 11, 2, p. 204. - — g. TralL, m, 1, p. 204. — 10. Magn., vu, 1, p. 191 ; Philad., viiî*, 2, p. i4o. — 11. Epist. ad Polyc. — 12. Dans la suscriptian cla répitre aux Romains. Gf. Funk, p. 2 12-2 13. ;
encore de montrer où est cette doctrine et comment la reconnaître d'une manière certaine. Ce fut le rôle de saint Irénée. Disciple de saint Polycarpe, qui lui-même avait été disciple de saint Jean, venu de bonne heure à Rome, puis évêque de Lyon, Irénée voit dans Y apostolicité la note caractéristique de la vraie Eglise et l'argument décisif contre l'erreur. Les hérétiques n'ont pas à être entendus, puisqu'ils sont postérieurs aux évêques, auxquels les Apôtres ont remis le gouvernement de l'Eglise, et sans lien avec eux : ils n'ont donc pas la vraie doctrine. La vraie doctrine est dans l'Eglise vivante, dans celle qui, par une succession ininterrompue, se rattache aux Apôtres eux-mêmes. Il y a des églises apostoliques, mais il y a surtout l'Eglise de Rome, fondée par saint Pierre et saint Paul. Or, dit-il, « c'est à cette Eglise (de Rome), à cause de sa principauté principale (supérieure ou suréminente) que doivent nécessairement s'unir et s'accorder toutes les églises, c'est-à-dire tous les fidèles quelque part qu'ils soient ; c'est en elle que la tradition des Apôtres a été conservée par les fidèles de tous les endroits du monde (i). » Et il ajoute : Par la succession ininterrompue des évêques de Rome, « nous démontrons pleinement que la foi, conservée jusqu'à nos jours et transmise en toute vérité, est la foi une et vivifiante, confiée à l'Eglise par les t Apôtres (2). »
Voilà, en peu de mots, le rôle et les privilèges de
l'Eglise romaine : elle détient la vérité, parce
qu'elle apostolique ; elle est apostolique, parce que
ses évêques remontent directement à saint Pierre ;
-et parce qu'elle a été fondée par saint Pierre, elle
1. Adv. haer.y III, m, a ; Pair. gr.t t. vu, col. 849. — a. lbid.9 III, m, 3, col. 85i.
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possède une « principauté principale; » c'est, en termes équivalents, la primauté du siège de Rome. C'est aussi Yindéfectibilité dans la foi ; tous les fidèles de toutes les églises particulières sont obligés de s'accorder dans la foi avec l'Eglise de Rome ; c'est donc que la foi de l'Eglise romaine est la règle souveraine. Et c'est enfin, par une dernière conséquence logique, V infaillibilité, sinon le mot, du moins la chose. Car, affirme saint Irénée, « là où est l'Eglise, là est l'Esprit de Dieu ; là où est l'Esprit de Dieu, là est l'Eglise et toute grâce (i). » Mais encore, dans l'Eglise de Rome, à qui reviennent ces prérogatives ? Est-ce à la personne morale ou à un individu? C'est au successeur de Pierre, àFévêque de Rome, carc'est la légitime succession des évêques de ce siège qui constitue l'autorité de l'enseignement traditionnel et fait la supériorité éminente de l'Eglise romaine. En définitive, les privilèges d'indéfectibilité dans la foi et d'infaillibilité dans la doctrine sont passés de Pierre, qui les tient du Seigneur, à ses successeurs les évêques de Rome. Ceux-ci sont, pour FEglise tout entière, les dépositaires et les gardiens de l'enseignement révélé.
Les gnostiques ne se faisaient pas faute de recourir à l'Ecriture et de l'invoquer à l'appui de leurs théories, Irénée insiste pour leur montrer qu'ils s'abusent. Car, en fait, c'est par l'enseignement oral, et non par l'Ecriture, que se propage la vérité de l'Evangile ; il est antérieur à l'Ecriture et seul à même d'expliquer l'Ecriture. L'Eglise a été fondée et a vécu avant que ne fussent rédigés les livres du Nouveau Testament. Ces observations judicieuses de l'évêque de Lyon vont être reprises par le prêtre de Carthage et formulées en termes décisifs.
i. Adv. haer., III, xxiv, i ; Pair, gr., t. vu, col. 9G6,
3. Tertullien, en effet, connaît les prétentions des hérétiques. Mais il sait aussi combien il est Inutile de se cantonner sur le terrain des Ecritures avec des esprits retors, subtils, qui font un choix savant, altèrent ce qu'ils retiennent par d'habiles soustractions ou des additions frauduleuses, et interprètent les textes d'après leur fantaisie. Aussi, pour couper court à tout subterfuge et les déloger de leur position, les déclare-t-il irrecevables à discuter sur les Ecritures. Car il s'agit de savoir avant tout à qui elles appartiennent, qui les détient légitimement, qui peut les interpréter avec autorité, en d'autres termes, qui possède la vérité révélée. C'est donc une fin de non-recevoir et une exception péremptoire qu'il leur oppose par le fameux argument de prescription, basé sur une possession paisible et non interrompue. Et ici Tertullien rejoint saint Irénée.
Il existe d'abord un fait indéniable, c'est que le Christ a enseigné une doctrine ; c'est un autre fait aussi indéniable qu'il l'a confiée à ses Apôtres avec charge de la prêcher. Or, les Apôtres ont fondé des églises ; d'autres ont été fondées depuis eux. Mais toutes ensemble, elles ne forment qu'une Eglise : l'Eglise apostolique. Et pour savoir ce que les Apôtres ont enseigné, il n'y a qu'à consulter les cglises apostoliques, matrices et sources de la foi, et en tête l'Eglise romaine fondée par saint Pierre (i). Toute doctrine conforme à la leur, contient la vérité ; tout autre n'est qu'erreur.
i. « Nous devons conclure que toute doctrine qui s'accorde avec ces églises apostoliques, matrices et sources de la foi, est la véritable, puisqu'elle renferme indubitablement ce que l'Eglise a reçu des Apôtres, les Apôtres du Christ, et le Christ de Dieu ; au contraire, et par la même raison, tout autre doctrine doit être répudiée, et cela sans examen préalable,
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La règle de foi c'est le Symbole (i). Ne rien savoir contre cette règle, c'est tout savoir (2). L'unité est la marque de la tradition (3). La tradition remonte aux Apôtres et par là prouve sa vérité et son origine divines (4) ; l'hérésie, au contraire, varie et est de date récente : c'est ce qui la condamne avant tout examen. Enfin la valeur d'une doctrine se reconnaît à ses effets : ces effets sont déplorables, chez les hérétiques, à tous les points de vue (5) ; chez les chrétiens, ils sont admirables.
On le voit, Tertullien place la vérité dans la tradition, la tradition dans l'apostolicité, dans l'unité et la sainteté : ce sont les notes caractéristiques de l'Eglise de Jésus-Christ et des Apôtres ; ce sont aussi les notes distinctives des églises fondées par les Apôtres, notamment de l'Eglise de Rome, fondée par saint Pierre (6), qui plus que les autres a droit à porter le titre de malrix.
4. Tertullien appelle « heureuse » l'Eglise de Rome, « dans laquelle Pierre et Paul ont répandu avec le sang la doctrine tout entière ; » Irénée avait proclamé la nécessité pour toutes les églises de s'accorder avec elle à cause de sa « principauté suréminente ; » Ignace l'avait saluée du titre de ci présidente de la charité ; » saint Gyprien va faire écho à ces grandes voix. Lui aussi parle de l'unité,
puisqu'elle est opposée à l'enseignement des . églises, des Àpôlrcs, du Christ, de Dieu. » De praescr., xxi ; Patr. lat., t. 11., col. 33.
1. De praescr., xiii ; Pair, lat., t. 11, col. 26. — 2. Ibid., xiV, col. 27. — 3. « Quod apud multos unum invenitur, non est erratum sed traditum. » Ibid., xxvm, col. 4o. C'est déjà par avance la formule célèbre de saint Vincent de Lérins : «Id teneamus quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est. » *— . 4. « ld esse dorninicum et verum, quod sit prius traditum. » Ibid., xxxi, col. 44- — 5.7bid., xl-xly.— 6./b*c/.,xxxvi,col.49.
de la sainteté de l'Eglise catholique et apostolique (i). Pour chaque église particulière, il place l'unité dans le gouvernement de l'évêque ; mais, pour l'Eglise entière, il la place dans la chaire de Pierre, dans le siège de Rome.
« Sans doute, dit-il, les autres Apôtres étaient aussi ce qu'est Pierre, admis au même partage de 'honneur et du pouvoir ; mais l'unité est le point de départ, et la primauté est donnée à Pierre, pour qu'on puisse voir qu'il n'y a qu'une seule Eglise du Christ et une seule chaire... Quoi donc! celui qui ne garde pas cette unité de l'Eglise, croit-il encore garder la foi ? Peut-il se flatter d'être dans l'Eglise, celui qui résiste à l'Eglise, qui se révolte contre elle, qui abandonne la chaire de Pierre sur lequel est fondée l'Eglise (2) ? » Les mots soulignés ne se trou-
1. « C'est partout une même mère riche des trésors de sa fécondité : c'est son sein qui nous a portés, son lait qui nous a nourris, son esprit qui nous anime. — L'épouse du Christ repousse toute alliance adultère: elle est incorruptible et pudique. Elle ne connaît qu'une maison, qu'une couche nuptiale, dont elle garde la sainteté avec un soin religieux. Elle nous conserve à Dieu et élève pour le trône les enfants qu'elle a engendrés. Se séparer de l'Eglise, c'est s'unir à la femme adultère, c'est se priver des promesses faites à l'Eglise. Non, il n'arrivera jamais aux récompenses du Christ, celui qui abandonne l'Eglise du Christ ; c'est un étranger, un profane, un ennemi. On cesse d'avoir Dieu pour père quand on n'a pas l'Eglise pour mère. » De uniiale, v-vi ; édit. Hartel, p. 2i4; Patr. lat., t. îv, col. 5o3. Ce n'est pas là une Eglise invisible, puisque, à l'exemple du soleil, elle projette ses rayons sur le monde entier et qu'elle est catholique ; ce n'est pas une réunion de sectes, loin de là : elle est une et indivisible comme la tunique du Christ. Ibid.j vu, p. 2i5, col. 5o4. « Il n'y a qu'un Dieu, qu'un Christ, qu'une Eglise, qu'une foi, qu'un peuple formant un seul corps par le ciment indestructible de la charité. » Ibid., xxm, p. a3i, col 517. — 2. De unitate, iv ; Patr. lat., t. iv, col. 5oo. Hartel, loc. cit., p. 21 3, met la partie soulignée parmi les variantes.
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vent pas, il est vrai, dans tous les manuscrits ; ils n'en expriment pas moins la pensée de saint Cyprien, telle qu'elle est formulée expressément dans d'autres passages incontestés. L'évèque de Carthage n'ignore pas que Corneille a été élu au lieu et place de Pierre (i) ; il a exhorté les clercs d'Adrumète à reconnaître dans l'Eglise de Rome « la racine et la matrice de l'Eglise catholique (2) ; » il s'indigne que le faux évêque Fortunat, se rendant auprès de l'Eglise « qui a été fondée sur Pierre par le Seigneur (3),» ait eu l'audace, pour se faire reconnaître, de recourir « à la chaire de Pierre et à l'Eglise principale, d'où est sortie l'unité sacerdotale (4). »
Ainsi donc, aux yeux de saint Cyprien, le siège de Rome est le siège de Pierre, l'Eglise romaine est l'Eglise principale, la racine et la matrice de l'Eglise catholique. Il s'agit bien là, de toute évidence, de la primauté du siège et de l'Eglise de Rome. Et lorsqu'il parle, en termes expressifs et énergiques, de l'unité de l'Eglise catholique, de la nécessité de lui appartenir pour être sauvé, il entend bien parler de l'Eglise, dont Rome est la tête, la racine et la
matrice (5).
5. A la suite de saint Optât de Milève et à l'occasion du schisme des donatistes, saint Augustin fait ressortir la sainteté (6), la visibilité et la catholicité (7) de l'Eglise ; il a surtout insisté sur l'unité et il a mérite d'être nommé le Docteur de l'Eglise aussi
1. A Antonianus, Episl, 8 ; Patr. lat., t. m, col. 772. — 2. A Corneille, Epist.,vr; ibid.t col. 710. — 3. Epist., lv, 7; ibid., col. 806. — 4. Epist., lv, i4, col. 818; dans Hartel, Epist., lyiii, p. 674, 683. - 5. C'est de saint Cyprien qu est le mot: Salus extra Ecclesiam non est. S. Augustin 1 approuve, De bapt. cont. DonaL, IV, xvn, 24; Patr. M., t. xliii, col. 170. t- 6. De moribus Eccl. cath. ; Patr. lat., t. xxxn. — 7. Contrepist. Parmeniani, Patr. lat>, t. xlii.
bien que le Docteur de la grâce (i). » Il corrige, complète et dépasse saint Gyprien (2). Pour lui, l'autorité de l'Eglise est vivante, et au dessus de l'Ecriture et de la tradition. L'Ecriture, elle la garantit (3) ; le symbole, elle le transmet (4) ; les controverses, elle les tranche (5).
L'Eglise joue, dans la vie surnaturelle, le rôle divinement garanti de la famille et de la société, qui donne, entretient et conserve cette vie, et par là mène au salut. L'homme, d'après le plan de Dieu, n'est pas un être isolé ; de même le chrétien, d'après le plan du Christ : il est enfant de l'Eglise (6). Et l'Eglise se compose des baptisés qui obéissent à la hiérarchie ; elle comprend aussi les pécheurs. En droit, elle est sainte, car elle possède les principes efficaces de la sainteté ; en fait, elle sanctifie un grand nombre de ses membres.
L'Eglise tient directement de Jésus sa constitution et ses pouvoirs d'enseigner, de gouverner et de sanctifier ; ces pouvoirs sont pour la communauté, mais ce n'est pas à la communauté que Jésus les a confiés, c'est aux Apôtres et à leurs successeurs, au clergé (7) : ils sont conférés, non par la volonté des fidèles, mais par l'ordination (8). Le vrai sacerdoce
1. Specht, Die Einheit der Kirche, Neubourg, i885, p. 1. -*- 3. Cf. Portalié, art. Augustin, dans le Diction, de Théol., col. a4o8 sq. — 3. « Ego vero Evangelio non crederem, nisi me Catholica? Ecclesiae commoveret auctoritas. » Cont. epist. manich.,\, 67; Pair, lat., t. xlii, col. 176. — 4. De doct. christ., III, xxvii, 38 ; Pair, lat., t. xxxiv, col. 80. — 5. De bapt.y II, iv, 5; Patr. lat. t, xun, col. 129. — 6. « Per unam veram et sanctam Ecclesiam catholicam. » Serm., ccxv, 9; Patr. lat., t. xxxviii, col. 1076. — 7. S. Augustin, Epist., lx, i ; Patr. lat.9 t. xxxiïi, col. 228. — 8. « Augustin le premier, dit Harnack, nous donne une doctrine du sacrement de l'ordre, mais il ne fait que réunir les éléments contenus dans la pratiqut ancienne. » Dognwngeschichte, t. ni, p. i5o.