‹ Le catéchisme romainChapitre 187 sur 230 · LE PAPE G · texte numérisé non relu

LE PAPE G

humbles chrétiens : Peccavi. Le respect de sa haute dignité, le majestueux isolement auquel elle le condamne, le constant souvenir du Dieu qu'il représente, le besoin profondément senti d'unir l'autorité de la vertu à la puissance du souverain commandement, l'onction du sacrement qui fait de l'épiscopat l'état des parfaits, la grâce que Dieu proportionne à la sublimité et à l'étendue des devoirs, tout tend à préserver le Vicaire du Christ de ces chutes honteuses, et malheureusement trop fréquentes, dans lesquelles se révèle l'extrême misère de la nature humaine. Cependant, cet homme si grand et tant de fois protégé n'est pas impeccable. Il peut déshonorer la tiare et affliger l'Eglise par des scandales d'autant plus funestes qu'ils partent d'un lieu d'où l'on n'attend que des leçons de sainteté. Sans doute, la plus \ulgaire honnêteté doit nous inspirer l'horreur des calomnies intéressées qu'inventent l'hérésie et l'impiété pour déconsidérer le souverain pouvoir du Chef de l'Eglise, en nous le montrant aux mains d'une longue suite de prévaricateurs ; sans doute, la piété filiale ne nous permet pas de renouveler, sous prétexte d'être fidèles à la vérité historique, le crime de Cham, en publiant sans raison les fautes de ceux qui furent les pères de la famille du Christ ; mais la prudence et la loyauté chrétiennes nous défendent aussi ces apologies outrées qui contestent ou dissimulent des faits avérés, et tendent à prouver que l'impeccabilité s'est assise sur la chaire de saint Pierre avec la souveraineté.

a II y a eu de mauvais Papes, je ne fais aucune difficulté de l'avouer, car leur petit nombre fait ressortir le grand nombre de ceux qui furent bons, vertueux et saints, et leurs fautes deviennent un argument à l'appui de leur divin pouvoir. Les prévarications de nos rois ont souvent i entraîné les monarchies à leur ruine. L'Eglise a pu souffrir I des prévarications de ceux qui la gouvernent, mais jamais 1 ces puissances d'enfer n'ont compromis son indestructible "existence. Si le Christ, consent parfois à être représenté par un homme pervers, c'est pour mieux nous faire voir comment il sait, dans la corruption du vice, préserver de la corruption de Terreur la tête auguste qui fait l'unité de

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son œuvre et préside à la vie de la société chrétienne. Aucun des monarques spirituels qui ont affligé l'Eglise par leurs scandales ne lui a enseigné de faux dogmes ni une morale pervertie. » Mon sabré, Conf. lvi.

2. L'Eglise le progrès. — « L'humanité a marché. Reste à savoir dans quel sens l'humanité a marché. On crie bien haut que c'est vers le progrès ; moi, je prétends que c'est vers la décadence. Ecarter de la vie publique la suprême direction de l'Eglise, c'est effacer dans l'esprit des sociétés le souvenir de nos éternelles destinées, et encourager l'inévitable prépondérance de la vie matérielle sur la vie morale et surnaturelle ; c'est faire courir aux peuples la terrible chance d'être asservis à des caprices et à des ambitions qui ne tiendront aucun compte des besoins de leur âme ; c'est donner licence à des lois humaines, dont aucun contrôle supérieur ;ne réduira les écarts, d' étouffer les plus saintes libertés ; c'est préparer la domination monstrueuse de l'Etat sans contre-poids, livrer à son invasion la propriété, la famille, la conscience, et lui permettre d'inscrire sur la bannière de son despotisme cette horrible devise : « L'Etat est tout : il est le but absolu, la manifestation de la divinité même et comme le Dieu présent ; » c'est enfin briser le frein qui contient les colères de la foule malheureuse et mécontente, et lui livrer en pâture les pouvoirs, dans lesquels une autorité vénérée ne lui montre plus le caractère divin qui commande ses respects. Abjection, servitude, révolution, déchirement, estce là le progrès ou la décadence ? On aura beau dire que l'on compte sur la raison des peuples et des pouvoirs pour prévenir ces excès. Depuis que la raison s'est affranchie, ils envahissent graduellement les sociétés humaines ; leur marche n'est retardée que par ce qui reste des influences de la direction de l'Eglise dans l'esprit public. Malheur, quand elle ne sera plus là ! » Ibid., Conf. lix.

3. Evangélistes et anglicans. — « Quelle foi professe l'église évangélique d'Allemagne ? Quel symbole reçoivent encore nos calvinistes français ? Peut-on être chrétien et ne plus admettre que le christianisme sentimental et

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non dogmatique de M. Sabatier ? Quels minisires du saint Evangile prépare M. Harnack à Berlin ? Où donc est-elle la ligne de démarcation entre un protestant chrétien et un protestant qui ne l'est plus ? Peut-on nier la divinité du Christ et ne pas cesser d'être président de consistoire ; superintendant ou professeur de théologie ? Mystère et confusion.

« Prenons, si Ton veut, pour sujet de nos recherches, l'église établie d'Angleterre ; elle représente sans doute l'effort le plus énergique et le plus soutenu qui ait été tenté pour donner à l'anarchie dogmatique les formes extérieures d'une église. L'anglicanisme est la religion officielle d'un peuple qui aie sentiment de la respectabilité et qui s'efforce en toutes choses de soigner l'apparence. Eh bien, malgré tous les soins qu'on lui a donnés, l'apparence ne peut pas tromper longtemps l'observateur impartial et dissimuler la pauvreté ou l'incohérence du fond. L'Eglise anglicane ressemble à certains monuments de l'Amérique espagnole : la façade est belle, artistique^ elle promet beaucoup ; mais pour peu qu'on demande à entrer, on ne trouve derrière qu'un chantier abandonné et quelques caisses où gisent des collections ou des tableaux. L'église établie possède un épiscopat, de nombreuses paroisses, de riches bénéfices ; elle arbore même un symbole gouvernemental du temps de la bonne reine Bess, les trente-neuf articles, et on ne peut parvenir aux dignités sans professer explicitement ces articles. Mais, à l'abri de ce pavillon, toute espèce de marchandise a cours.

ce Est-on evangelical, a-t-on des sentiments calvinistes prononcés ? Regarde-t-on avec horreur l'idolâtrie de la messe romaine, condamne-t-on sévèrement la confession, rejette-t-on la superstition des indulgences ? C'est bien, on est anglican. Croit-on fermement à la présence réelle, au pouvoir des clefs, à l'intercession de la Sainte-Vierge ? Qu'à cela ne tienne, on est anglican. Est-on mordu du démon du rationalisme et de la critique hétérodoxe, refuse-t-on d'admettre la régénération de l'âme du chrétien par le baptême, exprime-t-on les opinions les plus avan-

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cées sur cette base unique de la foi protestante, les saintes Ecritures ? Malgré tout, on est encore anglican. Ainsi Font décidé les juges laïcs du Banc de la Reine dans les affaires célèbres de Gorham et de Colenso.

« L'anglicanisme est un système religieux qui flotte, au gré du clergé et des fidèles, depuis les limites d'un calvinisme genevois jusqu'aux abîmes de la libre pensée, depuis les rites austères du vieux protestantisme jusqu'aux pompes toutes romaines du parti puséyste. Sur ce même sol, dans l'enceinte de la même confession religieuse, vivent d'une part un clergé et un épiscopat mariés ; de l'autre, des hommes et des femmes qui s'obligent à garder une chasteté parfaite ; les doctrines grossières de Luther contre le célibat et en faveur de la liberté nuptiale tâchent de s'accommoder comme elles peuvent avec les idées et les usages empruntés au catholicisme. Ainsi la cohabitation des éléments les plus disparates, d'opinions hérétiques et de croyances orthodoxes, la juxtaposition et le mélange de toutes les nuances du protestantisme chrétien et du rationalisme, sont devenus en Angleterre l'état, je n'ose dire normal, mais du moins habituel, de l'église établie et, malgré toutes ces causes de désordre et de scission, les clergymen et les fidèles s'en tirent à force d'illogisme pratique et de latitudinarisme doctrinal.

« La primauté romaine, à laquelle l'Angleterre avait refusé obéissance avant de tomber dans l'hérésie proprement dite, a été remplacée là-bas parla suprématie royale. Alors il a été donné aux catholiques de jouir du spectacle que la justice divine leur réservait... L'Angleterre a connu largement le régime de l'asservissement à l'Etat ; elle a été administrée par le césaropapisme, qui lui a donné plusieurs persécutions sanglantes, suivies de deux révolutions et accompagnées de guerres atroces en Irlande et ailleurs.

« Aujourd'hui, la partie la plus saine de l'église anglicane gémit sous le joug de Yérastianisme, ainsi qu'on* nomme dans la Grande-Bretagne cette main-mise de l'Etat sur les affaires religieuses ; elle déplore le schisme du xvi* siècle et voudrait bien se réunir à l'Eglise romaine,

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pourvu qu'on lui épargnât un mea culpa trop retentissant et qu'on traitât avec elle sur un pied d'égalité. C'est là une dernière illusion que l'acte de Léon XIII sur l'invalidité des ordres anglicans a déjà ruinée en grande partie. Sur le terrain de la foi, l'Angleterre n'a pas de privilège spécial ; pour elle comme pour toutes les nations, le salut e&t à Rome et n'est que là.

Quœ dédit princeps, dabit ipsa semper Roma salaient. »

Souben, L'Eglise, Paris, 1905, p. 5a-55,

Leçon XXXVIe

L'Eglise Catholique Romaine

Eclat apologétique de l'Eglise romaine : L Par son admirable propagation. — II- Par sa sainteté éminente. — III. Par son inépuisable fécondité. — IV. Par son unité catholique. — V. Par son invincible stabilité.

L'église romaine est l'héritière légitime de l'Eglise apostolique, la véritable Eglise de Jésus-Christ : telle est la conclusion qui s'impose à la suite des leçons précédentes. Mais, par là-même et du même coup, tout autre société religieuse se réclame vainement de Notre-Seigneur (i).

i. BIBLIOGRAPHIE : à un point de vue général : Wiseman, Lectures on the catholic Church, i$44 ; trad. franc., dans le t. xvi des Démonstrations évangéliques de Migne ; Lacordaire, Conférences de i844 et i845 : des effets de la doctrine catholique sur Tâine et la société ; P. Félix, Le progrès par le e/iris. tianisme, Paris, i858 sq ; À. Nicolas, Etudes philosophiques, 3eédit., Paris, 1848. t. it, p. 363-5aÔ : établissement, fruits et stabilité du christianisme dans la perpétuité de sa constitution catholique ; F. Hettinger, Apologie des Christenthums ; trad. franc., Bar-le-Duc, 1870, t. iv, p. 484 sq ; Schanz, Apologie des Christenthums, Fribourg-en-Brisgau, 1888 ; Weiss, Apologie des Christenthums, trad. franc.; Balmès, El protestantismo comparado con cl calolicismot Barcelone, i842-i844; Mendive, La religion caLplica vendicada, 4e édit., Madrid, 1888 ; Martinez Vigil, La

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Ni le schisme grec, ni le protestantisme n'ont le droit de se dire l'Eglise de Jésus-Christ: c'est ce que prouverait un examen détaillé des notes caractéristiques par la constatation évidente que ces notes leur font complètement défaut.

Là, en effet, point d'unité organique et sociale, mais l'asservissement des grecs au pouvoir civil ou bien l'anarchie parmi les protestants ; point d'unité doctrinale et disciplinaire, mais une organisation acéphale chez les uns et d'incessantes variations chez les autres. — Point de sainteté: ils en ont tari la source ou supprimé les moyens ; grecs et protestants peuvent avoir des saints, mais en petit nombre, exceptionnellement, nullement à raison de leurs principes de vie surnaturelle, mais à cause de l'action invisible de la grâce et des éléments vitaux du catholicisme qui persistent malgré tout et portent quelques fruits même sur un sol ingrat. — Point d'apostolicité : détachés du tronc catholique à une date précise, ils ont intercepté la sève apostolique et restent sans communication vitale avec les Apôtres et par suite avec le Christ. Jésus-Christ a dit à ses Apôtres : « Demeurez en moi et moi en vous. Comme le sarment ne peut

création, la redencion y la Iglesia, 1892 ; voir Part, de L. Maisonneuve, Apologétique, dans le Did. de ThéoL, t. 1, col. i528i53o. — A un point de vue spécial : Franzelin, De divina traditione, édit. de 1875, p. 681 ; de Ecclesia, Rome, 1887 î Mazzella, De religione et Ecclesia, Rome, 1880 ; les traités de Ecclesia, de G. Pesch et de Wilmers ; les Dissertationes selectœ, de Iungmann ; le Dictionnaire apologétique, de Jaugey, Paris, 1889; les Conférences de 1881 et 1882, du P. Monsabré ; les Conférences sur l'Eglise, du P. Ollivier, 1897- 1898 ; J. Didiot, Logique surnaturelle objective, Paris, 1892, théorèmes xliii-l, p. 208-319 ; Vacant, La constitution Dei Filius, Paris, 1895, t. 11, p. i5o sq ; G. Semeria, Le vie délia fede, Rome, igo3 ch. ix ; La Chiesa e Vumanita, p. 243-275. :

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porter de fruit par lui-même, s'il ne demeure attaché à la vigne ; ainsi vous non plus, si vous aie. demeurez en moi. Moi, je suis la vigne et vous les sarments... Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment, et il séchera (i). » Or, entre l'Eglise de Notre Seigneur et les grecs ou protestants, le point de rupture est toujours visible ; la filiation est brisée. Plus de pape, disait Luther, rien que des évêques ; plus d'évêques, ont répété ses émules, rien que des prêtres ; plus de prêtres, ont ajouté les autres, rien que des ministres. Aujourd'hui la plupart concluent : Entre Dieu et nous, plus personne. — Point de catholicité enfin : le schisme grec s'est immobilisé dans des limites géographiques déterminées, hors desquelles ne se fait pas sentir le moindre effort d'expansion ; le protestantisme, au contraire, a essayé de se répandre au loin : nous verrons plus bas ce qu'il faut en penser.

Cet examen et cette constatation sont faits par les catéchismes et les théologies ; ils sont concluants. Mieux vaut cependant, à la suite du concile du Vatican, recourir aujourd'hui à l'examen direct, à l'étude immédiate de l'Eglise romaine elle-même; car elle est là, sous nos yeux, vivante et agissante : son existence et son action parlent un langage éloquent à tout esprit droit et réfléchi, rqui sait entendre, et offrent par excellence un argument décisif, l'argument des arguments.

Notre Seigneur, en effet, comme s'exprime le concile du Vatican, « l'a revêtue des signes manifestes de son institution, afin qu'elle puisse être reconnue de tous comme la gardienne et la maîtresse de la parole révélée. Car c'est à l'Eglise

i. Joan.t xv, 4-6,

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catholique seule (c'est-à-dire à l'Eglise romaine) qu'appartiennent toutes ces notes si nombreuses et si frappantes par lesquelles Dieu a rendu évidente la crédibilité de la foi chrétienne. Bien plus, à cause de son admirable propagation, de sa sainteté éminente et de son inépuisable fécondité en toute espèce de biens, à cause de son unité catholique et de son invincible stabilité, l'Eglise est par elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité, en même temps qu'un témoignage irréfragable de sa mission divine. Il en résulte que, comme un étendard levé sous les yeux des nations, elle appelle à elle ceux qui n'ont pas encore cru et elle donne à ses enfants une assurance plus certaine que la foi qu'ils professent repose sur un très ferme fondement (i). »

Ajoutons, par contraste, que, dans aucune autre société religieuse, en dehors de cette Eglise romaine, on ne trouve et on ne peut trouver ni cette propagation admirable, ni cette sainteté extraordinaire, ni cette puissante fécondité, ni cette unité catholique, ni cette invincible stabilité ; et dès lors le bon sens, d'accord avec la foi, veut que l'Eglise romaine seule soit, dans le monde, l'étendard du ralliement (2). L'explication d'une telle conclusion devra forcément en être cherchée ; or, elle ne peut se trouver que dans une intervention positive de Dieu.

Examinons donc, aussi brièvement que possible, ces divers points. Après cela, croyons-nous, la cause de l'Eglise catholique romaine sera entendue.

1. Const. Dei Filius, c. ni, S v et vi. — 2. De là cet axiome : Hors de V Eglise point de salut, que nous exposerons ailleurs en détail avec tous les développements qu'il comporte.

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