Voir t. 1, leçon v, p. 186 sq
6l8 LE CATÉCHISME ROMAIN
tudes invétérées de l'idolâtrie et du sensualisme ; et, dans les Etats, une organisation absolument hostile. Qu'avait-il donc pour venir à bout d'obstacles aussi nombreux et humainement infranchissables ? Etait-ce l'accommodement habile de ses principes dogmatiques et de ses prescriptions morales aux erreurs et à l'immoralité raffinée ou grossière de ceux à qui il s'adressait ? Mais qui ne sait l'intransigeante rigidité de son symbole, qu'il n'a jamais fait fléchir sur aucun point, ni devant un avantage matériel, ni devant une flatterie, ni devant une menace ou même une persécution ? Qui ne connaît également l'austérité de sa morale privée ou publique, l'idéal de sainteté qu'il poursuit et qu'il impose ? Assurément, en éliminant de son credo quelques dogmes gênants, en élargissant sa morale jusqu'à permettre la satisfaction des appétits par la négation de la responsabilité ou la proclamation du fatalisme ou du déterminisme, il aurait eu plus de chances de succès. Par là s'explique l'œuvre sanguinaire et farouche de Mahomet, et, pour d'autres motifs, celle de Photius, chez les grecs, celle de Pierre le Grand, chez les russes ; de même, au xvi6 siècle, l'impatience du joug, l'amour de l'indépendance, le rationalisme subtil, l'esprit d'examen expliquent fort bien le succès de la Réforme ; mais le catholicisme ?
5. L'histoire nous le montre s'implantant en pays juif malgré les judaïsants ; dans l'empire romain malgré l'opposition des masses païennes, des lettrés et de l'Etat, se traduisant par dix sanglantes persécutions en moins de trois cents ans ; dans le reste de l'Europe malgré les barbares, et partout ailleurs dans le monde habité malgré des difficultés sans nombre et des obstacles de toute sorte. Or, dans cette propagation, ce qu'il y a d'ad-
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mirable, c'est moins sa rapidité, qui tient pourtant du prodige, que la transformation profonde et unique qu'il opère dans le monde gréco-romain, au milieu des barbares envahisseurs, des hordes sauvages du nord de l'Europe, et jusque chez les indiens des deux Amériques, chez les infidèles de l'Asie, les peuplades de l'Afrique et de FOcéanie. Peuples et races, dès qu'il les aborde et les pénètre, il les arrache à leurs désordres, il les élève, il se les assimile au lieu de se laisser assimiler, si bien que l'histoire de la civilisation dans le monde se confond avec l'histoire de la propagation catholique.
6. Qu'on essaye, par contraste, de mettre en parallèle la propagation des autres sociétés religieuses. Non point celle du schisme grec, puisque le schisme grec s'est comme immobilisé dans un sommeil léthargique, mais celle du protestantisme qui, se faisant l'émule de l'Eglise catholique, parcourt le monde et sème des bibles. Mais qu'on n'oublie pas que le protestantisme est sorti du catholicisme, que c'est de lui qu'il tient l'esprit de prosélytisme et qu'il n'opère guère, même à l'étranger, qu'en terre déjà chrétienne (i). Quelle difle-
1. « Les sociétés de propagande se sont mises à l'œuvre. On en compte aujourd'hui plus de vingt, disposant d'un capital de cinquante à soixante millions et envoyant des nuées d'agents dans tous les pays du monde. Ils partent, chargés de bibles et de traités qu'ils distribuent gratuitement dans les écoles, les maisons, les rues et les places publiques. Quand ils n'en ont plus, il n'ont qu'à faire un signe. Le bureau central, où travaillent d'infatigables traducteurs, ouvre ses portes et laisse échapper de son sein généreux des caisses immenses pleines de « pain de vie. » On n'est pas plus âpre à faire la place d'une denrée de première nécessité que ne le sont les prédicants à faire la place de la parole de Dieu. Tout le inonde peut s'en nourrir, et, si l'on devait juger des progrès
rence, au point de vue du mode de procéder et des résultats, avec la propagation de l'Eglise catholique romaine! Sans nul doute, le nombre des protestants est considérable de par le monde. Mais, dans ce nombre, où est l'unité de doctrine, de discipline et de mœurs, cette unité sociale, organisée et vivante, que le catholicisme introduit rigoureusement partout où il va ? C'est vainement qu'on la chercherait, parce qu'on ne donne pas ce qu'on n'a pas soi-même. Aussi, en accordant que le mouvement de propagande et l'extension du protestantisme sont grands, il reste que la propagation du catholicisme, telle qu'elle se poursuit avec succès depuis les origines, avec sa doctrine, sa morale, sa discipline et son harmonieuse unité, et opérant des transformations aussi profondes que celles qu'enregistre l'histoire et que nous constatons encore de nos jours, est vraiment admirable, comme dit le concile du Vatican, et vraiment unique en son genre.