Et, dès lors, si des causes naturelles ont pu
de la vérité évangélique d'après la consommation des livres qui la contiennent, il faudrait croire que le protestantisme a converti l'univers. Pourtant il n'en est rien. Capitaux, voyages, distributions des prédicanls, tout est prodigieusement stérile. Les bibles muettes passent, aux mains des infidèles, sans éveiller leur conscience ni les instruire des mystères de la foi. Le menu peuple en fait des enveloppes, le chasseur des bourres de fusil, le prêtre les offre à ses dieux sans les ouvrir. Après un quart de siècle, quand il faut relever le nombre des néophytes, on ne trouve dans les plus florissantes missions qu'une dizaine d'individus équivoques, dont la ferveur a besoin d'une pension pour se soutenir. Au lieu des gerbes opulentes qu'on se promettait de cueillir et de transporter triomphalement dans le grenier du père de famille, c'est une poignée d'âmes méprisables qui, souvent, n'ont renoncé au culte des idoles que pour tomber dans l'athéisme. » Monsabré, Gonf. liv.
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contribuer à ces succès, ce que personne ne conteste, la question se pose de savoir si ces causes toutes seules les expliquent pleinement. Manifestement, elles sont insuffisantes. C'est donc que leur insuffisance a été suppléée. D'autres causes naturelles, au contraire, ont plutôt fait obstacle à une telle propagation, au point de la gêner, de la paralyser et, si c'eût été possible, de l'annihiler ; et pourtant elles ont été vaincues. C'est donc que leur opposition redoutable a cédé à une force supérieure et transcendante. La seule explication de ce double phénomène se trouve uniquement dans la promesse faite par Jésus et divinement tenue : Allez, enseignez. Voici que je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles.
IL La sainteté éminente
1. Est-il bien nécessaire d'insister, après ce qui a été dit dans leçons précédentes, sur ce caractère de l'Eglise catholique romaine ? Est-ce que son but, son programme, ses moyens de sanctification, sa vie privée et publique ne témoignent pas haut la main en sa faveur ? Assurément, tous les enfants de TEglise catholique romaine ne sont pas des saints ; elle est la première à le reconnaître et à le déplorer ; mais tous ont à leur disposition les moyens indispensables de se sanctifier ; et s'ils ne le font pas, ce n'est pas à l'Eglise qu'ils doivent s'en prendre, mais c'est malgré elle, parce qu'ils ne se conforment pas entièrement à son esprit, parce qu'ils n'observent pas fidèlement ses lois, parce qu'ils ne correspondent pas à ses désirs, qui sont les désirs, les lois et l'esprit même de Dieu.
2. Néanmoins, un fait s'impose, c'est le nombre de saints que le catholicisme a produit depuis ses
origines, c'est le nombre de ceux qu'il forme chaque jour. Combien d'âmes baptisées qui réalisent à la lettre, par la fidélité nécessaire au décalogue et par la pratique libre des conseils évangéliques, le programme de sainteté promulgué par Notre Seigneur dans son sermon sur la montagne et son discours de la dernière cène. Et, à vrai dire, il est incomparable le spectacle qu'offre l'Eglise dans ses saints : incomparable par le nombre, la variété et l'héroïsme. Impossible de trouver ailleurs comme parmi eux des exemplaires aussi complets de la perfection morale. Ils honorent magnifiquement l'humanité ; mais ils sont le produit normal et authentique de la foi et des œuvres catholiques, de cette foi communiquée et entretenue par l'Eglise, de ces œuvres encouragées, prescrites et secondées par l'Eglise, foi et œuvres divinement fécondées, cela va sans dire, par la grâce du Saint-Esprit (i).
i . « Nulle part, ses missions (de l'Eglise) ne se confondent avec des entreprises politiques, coloniales, commerciales. Jamais elle ne sollicite la tyrannie de FEtat et son intervention dans les choses de la conscience ; jamais elle n'est de connivence avec la passion des grands ou avec les convoitises des foules. Elle se propage, elle dure, elle règne, par la prédication du seul Evangile, par les sacrements et la prière, par la persuasion de la grâce et par la vertu de la croix. Le bouddhisme lui opposcra-t-il ses brahmanes, le schisme grec ses caloyers, le protestantisme ses missionnaires à l'étranger et ses zélateurs au dedans ? D'une manière plus générale, les sectes et les religions, ses rivales, lui objecteront-elles l'ardeur religieuse et la bonté morale de leurs adhérents ? Nous savons bien que Dieu a des grâces pour toutes les âmes de bonne volonté, involontairement séparées de l'Eglise et néanmoins appelées encore à profiter de la miséricorde divine. Nous ne sommes donc aucunement gênés ni attristés, quand nous trouvons quelque bien moral en dehors du corps de l'Eglise. Mais la question était de savoir si les lois divines, si les conseils de perfection, si l'héroïsme des vertus sont égaux ou à peu près hors de l'Eglise et dans l'Eglise ; nous déclarons que la réponse d.es
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3. Quoi d'étonnant dès lors, sauf pour des incrédules de parti pris, que des âmes rachetées s'éprennent pour leur Rédempteur d'un amour qui dépasse tout autre amour, si pur, si noble, si désintéressé soit-il, et qu'elles s'essayent, dans un élan d'une émulation légitime et impérieuse, à reproduire trait pour trait, par une vertu et une immolation de soi poussées jusqu'au martyre, la grandeur, la beauté, la magnanimité de l'idéal entrevu sur le gibet de la croix ou à l'ombre du tabernacle ? Quoi d'étonnant aussi que Dieu, qui se plaît, dans ses créatures, à ces ascensions de l'amour, les bénisse et les souligne par des effusions extraordinaires de grâces? De là, dans les saints, des charismes exceptionnels, d'éclatants miracles, et parfois des intuitions prophétiques. Le rationalisme en sourit de pitié ; volontiers, cependant, il accorderait un contrôle académique de savants, estimant que la voix populaire, qui acclame, vénère et invoque les saints, n'est point la voix de Dieu et que l'Eglise, malgré la lenteur et la sévérité minutieuse de ses procès de canonisation, s'abuse elle-même et abuse les autres. Il faut laisser le rationalisme à ses sourires : l'impiété n'a pas qu'une forme.
4. Encore une fois, tous les catholiques ne sont pas des saints, mais tous les catholiques devraient et pourraient être des saints, s'ils appliquaient les
faits, le témoignage de l'histoire, l'autorité des voyageurs, sont indubitablement et incomparablement favorables au catholicisme... Et, pour tout résumer en un mot, qu'est-ce que l'amour de Dieu et du prochain hors de l'Eglise et dans l'Eglise ? 11 est si différent de nature, de manifestation et de résultats, que certainement il n'est pas le même, et qu'au dedans il a une élévation, une ardeur, une délicatesse, une générosité, à peine entrevues au dehors. » Didiot, Logique surnat. obj., n. 375, p. a5o.
prescriptions deVEglise. Ils restent hommes, malgré tout, et donc faillibles. Ni le baptême ni les autres sacrements ne les établissent dans un état d'impeccabilité. Aussi, malgré l'admirable épanouissement de la sainteté qui ne cesse de peupler chaque jour le ciel de l'Eglise d'étoiles de grandeurs différentes, rencontre-t-on, parmi eux, des plus infimes aux plus haut placés et jusque chez les oints du Seigneur, des abus, des fautes, des tares, des vices, voire même des crimes et des monstruosités (i). Cela prouve uniquement que la grâce ne détruit pas l'humaine misère. Mais toute objection contre
i. « On a dit, et Ton redira longtemps encore, probablement toujours, que la doctrine de l'Eglise renferme des points opposés à la vraie sainteté, notamment celui de la rémission des péchés et des peines par la confession et les indulgences qui ne servent qu'à entretenir les vices et les mauvaises mœurs ; que, dans le catholicisme, le culte, la religion tout entière, sont une cause de vénalité, de corruption, d'affaissement moral ; que les dévotions modernes sont plus scandaleuses qu'édifiantes ; que les ordres religieux, les vœux monastiques, le célibat des prêtres, sont des sources permanentes de désordres ; que la papauté, depuis Constantin, n'a donné que des exemples d'ambition, d'avarice, de luxe ; que les nations catholiques sont plus démoralisées que les autres ; que les réformateurs orientaux et occidentaux ont bien valu les papes, et fait pour le moins autant de bien qu'eux dans le monde ; que la suppression des idolâtries et des momeries papistes a réalisé un progrès considérable dans le protestantisme; que la probité de la prédication luthérienne ou calviniste a eu plus d'heureux résultats encore ; que les miracles dont se prévaut l'Eglise sont des supercheries, des phénomènes pathologiques connus par expérience dans toutes les sectes ; que le libre -examen peut seul développer le sens moral, le sentiment de la responsabilité personnelle, le respect de soi-même et d'autrui, en un mot, la sainteté. » Didiot, op. cit., n. 385, p. 260. Cette liste d'objections pourrait s'accroître encore; pour répondre à chacune il faudrait plus de place que celle dont nous disposons ; nous ne pouvons donc que renvoyer, pour le détail, aux apologies spéciales de la religion.