‹ Le catéchisme romainChapitre 198 sur 230 · V. Son invincible stabilité · texte numérisé non relu

V. Son invincible stabilité

i. Voici, pour les philosophes et les historiens, l'étonnement des étonnements : la stabilité de l'Eglise. C'est là un fait d'un caractère exceptionnel et d'une importance capitale. 11 s'agit de l'expliquer. Or, dans les données rationnelles et historiques, il serait beaucoup plus facile de trouver des causes; qui auraient dû condamner l'Eglise à subir la contingence ordinaire des institutions humaines ; et pourtant il n'en est rien. D'où vient donc un tel phénomène ? Et l'intervention divine ne s'impose-t-elle pas ici à l'esprit de tout penseur de bonne loi comme la seule explication possible?

2. Ce qu'il y a de remarquable dans ce fait, c'est q[ue l'Eglise, dès son apparition, a eu conscience qu'elle était destinée à durer autant nuç les siècles.

Cette conscience de sa vitalité indéfectible et de sa perpétuelle durée, rien n'a pu la troubler, ni les attaques du dehors, ni les agitations du dedans. En fixant son centre à Rome, dans la capitale de l'empire romain, l'Eglise a fait de cette ville la Ville éternelle, dans un sens plus réel que celui que se flattaient d'y mettre les vieux romains, enthousiasmés de leur rôle et de leur cité. Or, il se trouve que jusqu'ici les événements ont donné raison à la foi de l'Eglise.

3. Tandis que, dans la suite des âges, sous l'action dissolvante des intérêts, des passions et de l'opinion, ou simplement par Pusure du temps qui vient à bout de tout, on voit paraître, se transformer, grandir, décroître et disparaître tour à tour tant d'écoles philosophiques, tant d'institutions politiques et tant de systèmes religieux, seule, l'Eglise poursuit incessamment sa marche en avant ; seule, elle demeure, survivant à des ruines accumulées. Et, pourtant, il se trouve qu'elle est en opposition déclarée avec les passions, les intérêts et les opinions contraires des hommes ; elle n'a cessé de se heurter, à chacun de ses pas, à de multiples difficultés, à de formidables attaques, aux assauts d'une haine hypocrite ou violente, qui s'est toujours flattée d'en avoir raison. Et malgré tout, malgré tous, quand tout succombe et disparait autour d'elle, l'Eglise persiste à vivre, victorieuse à la fois du temps et des hommes !

4. Plus d'Eglise! plus de chrétiens! s'écriaient les persécuteurs des premiers siècles. Deleto nomine christiano, telle était l'épitaphe qu'on avait cru pouvoir inscrire sur sa tombe prématurément entr' ouverte. Plus d'Eglise ? ont répété à leur tour les légistes, les philosophes et les révolutionnaires. Plus d'Eglise ! se plaisent à dire, encore de nos

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jours, les successeurs attitrés des pires ennemis du catholicisme. Combien de fois ne l'ont-ils pas déclarée frappée a mari ! Et prenant leurs désirs pour des réalités, combien de i^ii ne se sont-ils pas préparés à mener la pompe de ses funérailles et à sceller définitivement son sépulcre! Et voilà pourtant qu'en dépit de tous leurs efforts, de toutes leurs attaques et de toutes leurs persécutions, l'Eglise s'obstine à vivre. Elle a vécu ; elle vit ; elle vivra (i).

5. Pour expliquer naturellement ce fait si exceptionnel, ni la psychologie ni l'histoire ne trouvent de raison satisfaisante ; il en faut bien une cependant. Or, elle existe, et c'est dans l'Evangile quelle sre trouve. Notre Seigneur avait prévenu ses Apôtres: {(S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi (2).)) C'était l'annonce d'une haine incessante. Mais en même temps Jésus-Christ rassure ses futurs persécutés : « Ayez confiance, car j'ai vaincu le monde (3).» Mieux encore, il leur promet la victoire ; et le secret

1. Bossuct, dans son Sermon sur V Eglise, formule ainsi la crainte des pusillanimes : « 0 Eglise, il y a longtemps que l'on frappe sur vous ! Dieu vous a-t-il oubliée ? Si ce n'eût été qu'en passant, mais tant de siècles !... Les vents 'grondent, les flots se soulèvent ; vous flottez deçà delà battue des ondes et de la tempête; ne craignez-vous pas d'être abîmée? » Et voici la réponse qu'il fait faire à l'Eglise : « Mes enfants, je ne m'étonne pas de tant de traverses ; j'y suis accoutumée dès mon enfance : saepe expugnaverunt me a juventnte mea. Ces mêmes ennemis qui m'attaquent m'ont déjà persécutée dès ma jeunesse. Mais qu'ont-ils pu? Numquid non ideo perveni ad seneetntem? Par conséquent, toi, mon fils, ne t'étonne pas de ces violences. Regarde mon antiquité; considère mes cheveux gris. Ces Cruelles persécutions, dont on a tourmenté mon enfance, m'ont-elles empêchée de parvenir à cette vénérable vieillesse?... Quoique je semble toujours flottante, la main toute-puissante qui me sert d'appui saura bien m'empêcher d'être submergée. » — 2. Joan.y xv, 20. — 3. Joan., xvi, 33.

de ce triomphe, déconcertant pour la raison humaine, se trouve dans la promesse solennelle qu il leur fit avant de remonter vers son Père : « Voici que je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles (i). »

6. De toutes ces notes, choisies par le concile du Vatican, découle la conclusion logique que l'Eglise romaine est bien l'Eglise de Jésus-Christ. On comprend dès lors que, devant l'éclat apologétique du fait divin de l'Eglise romaine, le concile voie dans cette Eglise, d'abord un très sûr et très facile motif de crédibilité, auquel on ne peut adhérer que très raisonnablement, et ensuite un témoignage irréfragable de sa mission divine. Au point de \\ie simplement humain, observe justement M.Didiot, l'Eglise jouit d'une immense autorité doctrinale et morale. Sous ce rapport, nous pourrions donc déjà accorder la plus entière confiance aux récits qu'elle nous fait de ses origines et de celles du monde, aux obligations morales qu'elle impose, aux admirables promesses dont elle appuie ses commandements. Mais ce ne serait là qu'une Eglise humaine et naturelle ; qu'un témoin philosophiquement très autorisé, mais d'ordre uniquement naturel ; qu'un préambule, très solide et très grave assurément, mais d'une catégorie inférieure à celle où il nous convie à pénétrer (2).

1. Matth., xxviii, 20. — 2. Ouv. cit., n. 446, p. 3i3. « Vainement l'Eglise multiplie ses bienfaits : elle détruit l'esclavage, relève la femme, ennoblit le mariage, sacre le pouvoir, crée le peuple. Ses bienfaits ne réussissent qu'à faire lever autour d'elle des haines plus intenses. On se sert contre elle des forces qu'on lui doit ; on la soufflette avec les libertés qu'elle a créées ; on l'accuse de faire obstacle à la civilisation, qui vient d'elle ; on chasse, comme des ennemis, ses religieux ; comme un opprobre, ses vierges consacrées à Dieu; on menace les évoques et ses prêtres ; on

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7. L'Eglise romaine est plus que cela : elle apparaît comme un fait divin, comme la société voulue de Dieu, et, pour employer l'expression du concile du Vatican, comme un grand et perpétuel motif de crédibilité. Un motif de crédibilité, non point parce qu'elle nous offre un catalogue de vérités révélées, mais parce qu'elle constitue une preuve vivante de la réalité historique et du caractère surnaturel de la révélation; un grand motif de crédibilité, parce que les notes dont nous venons de parler, son admirable propagation, sa sainteté éminente, son inépuisable fécondité, son unité catholique et son invincible stabilité, font d'elle la preuve la plus solide et la plus éclatante qu'on puisse invoquer en faveur de la révélation dont elle a le dépôt ; et un motif perpétuel, parce que, plus se pressent les événements et plus ressort aux yeux de tous, à raison de sa vio toire incessante sur tant d'ennemis conjurés contre elle, sa transcendante supériorité sur ses rivales passées et présentes.

8. L'Eglise romaine enfin est un témoignage irréfragable de sa mission divine (i). Gardienne

emprisonne son Souverain Pontife ; bref, il n'est rien qu'on lui épargne, et elle y succomberait mille fois, si son divin Epoux, qui l'abandonne à tant d'outrages pour la rendre rédemptrice du monde par la douleur, ne lui venait enfin en aide et ne la relevait, juste au moment où elle semble plus

\ abattue. Avec des variantes, voilà l'histoire de chaque siècle. C'est par là que Dieu a fait de son Eglise l'objet d'une foi toujours éprouvée, toujours humiliée, mais toujours consolée, et, en définitive, toujours triomphante. » Bougaud, Le christia-

* nisme et les temps présents, 2e édit., Paris, 1882, t. iv, p. 266.

1. « On se gardera bien d'accuser de cercle vicieux, de pétition de principe, Dieu se révélant et l'Eglise se déclarant à nous. Ni lui ni elle ne nous demandent, en effet, de les croire uniquement sur leur parole. Dieu réclame notre adhésion à la sienne, parce qu'elle est infiniment et nécessairement vraie,

fidèle et interprète autorise du dépôt révélé, elle ne cesse de le communiquer aux hommes par la prédication et renseignement ; divinement instituée et assistée, comme nous venons de le voir, c'est dans la tradition et l'Ecriture sainte qu'elle puise les éléments de sa rloclrine (i) ; et dès lors chacun peut raisonnablement voir dans la tradition ce qu'elle y voit et lire dans ie Nouveau Testament ce qu'elle y lit. Pour le croyant, pas le moindre doute : c'est Dieu lui-môme qui enseigne par sa bouc!»e ; pour le catéchumène, c'est-à-dire pour celui qui : spire à devenir chrétien, son témoignage n'est pas encore la parole de Dieu, mais c'est plus qu'une parole purement humaine, parce que son évidente supériorité sur tout ce qui l'entoure est comme la caution surnaturelle et la garantie divine de sa mission. Même pour l'homme étranger à la foi, pour le philosophe, l'historien et le critique, son enseignement et sa doctrine ont une valeur intellectuelle et morale hors de pair qui, nécessairement, s'imposent à l'attention et inspirent la confiance.

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