‹ Le catéchisme romainChapitre 199 sur 230 · Stabilité de l'Eglise. — « Un homme d'esprit et · texte numérisé non relu

Stabilité de l'Eglise. — « Un homme d'esprit et

comme nous le savons par notre raison personnelle. Et l'Eglise, en énumérant les preuves de son origine et de sa mission divines, ne fait que les énoncer comme elles sont et parce qu'elles sont: elles sont dans l'histoire, elles sont sous nos yeux. L'Eglise n'invente rien ; elle demande seulement d'être vue telle qu'elle est. À cette condition, elle apparaît bientôt supranalurcllcmcnt divine. » Didiot, Logique surnat. obj., n. 452, p. 3i8.

i. Nous remettons à plus lard, au commencement de la seconde partie, où il sera question de l'existence du surnaturel et de la révélation, l'étude détaillée de la Tradition et de F Ecriture, où l'Eglise puise son enseignement, et qui logiquement devrait trouver sa place ici.

de cœur dit un jour devant moi : « Aujourd'hui, il n'y a rien au monde de fixe et de stable à quoi l'on puisse rattacher sa vie. Les idées et les rois passent ; tout se déplace, tout s'use, avec une dévorante rapidité. La société change dix fois de face entre le berceau et la tombe d'un mortel. En vérité, au milieu de cette versatilité des choses, il n'y a qu'une ville et qu'un homme qui, par leur immobilité dans l'océan du temps, présentent à notre esprit une image de suite et de perpétuité : Rome et le Pape. Trouvez-moi, pour ceux qui sont las d'errer à la merci de tous les vents, et qui demandent à la vie le calme de l'éternité, un refuge assuré où chercher un abri, un port toujours ouvert où amarrer leur barque, si ce n'est ce rocher plus haut que les tempêtes, Rome et la Papauté ! »... Pour les cœurs indifférents ou distraits, pour les esprits irrésolus, ou ceux que retient la honte d'avouer leur erreur, pour l'incrédulité systématique, pour les convictions les plus rebelles, pour tous tant que nous sommes enfin, âmes égarées dans les ténèbres du doute, n'est-ce pas un spectacle capable de réveiller le sentiment croyant endormi ou étouffé en nous, que cette formidable immutabilité où le temps, la guerre, la torture, le mépris se sont brisé le front ; que cette fixité d'un seul point au milieu de tout ce qui passe ; que cette lumière traversée par le souille de toutes les tempêtes, qu'aucun souille n'éteint ; que cette foi mystique, toute immatérielle, qui éclate surtout aux regards de l'humanité par l'évidence d'un fait matériel unique dans l'histoire du monde ?... Un fait comme celui-ci : l'apostolat confié par le Christ, il y a dix-huit cents ans, à l'un de ses disciples, s'est perpétué de pape en pape jusqu'à nos jours ; pouvoir dire cela aujourd'hui et être sûr qu'on le dira demain, cela doit bien signifier quelque chose... 11 faut bien que ce fait sans pareil signifie quelque chose. C'est en vain que nous voudrions détourner les yeux de cette prodigieuse image de perpétuité... Les destructeurs dorment dans le passé à côté de Luther, l'Encyclopédie, la République et l'Empire. Rome est toujours debout, et à ce centre de la chrétienté, déchirée par les ravages de

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l'incrédulité et de l'indifférence, il y a un Pape comme il y en avait un sous Néron, alors que le christianisme naissant était déchiré dans le cirque par les bêtes fauves. Autour de cette miraculeuse continuité, l'Europe a changé trois fois de face; l'antiquité s'est éteinte, le moyen âge est mort. Trois empires, celui de Charlemagne, celui de Charles-Quint, celui de Napoléon, se sont élevés et ont disparu. Des nations ont brillé qui ne sont plus. Un monde découvert est échu en partage à la puissance temporelle et à la puissance spirituelle ; celle-ci seule a gardé sa part. Tout a fait son temps, idées, peuples, empires. Rome seule est restée debout ; le Pape seul est resté. Il y a dans ce fait quelque chose qui vaut bien la peine qu'on y réfléchisse un peu...

« Notre orgueil ne saurait consentir sans violence à cette domination d'une pensée immuable, éternelle, sur la terrible pensée de notre histoire d'hier ; et si nous ne pouvons nier que le rocher ne soit resté debout, que la lumière du phare ne se soit pas éteinte, tandis que notre révolution lassée ne laisse plus échapper que de sourds grondements, nous nous en consolons en songeant que le rocher s'éloigne tous les jours de nous, par cela seul que nous marchons en avant, et qu'il est un point immobile ; qu'emportés par le mouvement irrésistible du progrès nous irons si loin que nous finirons bien par échapper à la sévérité de ce grand œil ouvert sur nous depuis dix-huit siècles.

« Aveuglement de l'orgueil ! Un humble prêtre (le P. Lacordaire), qui fut l'ami et le compagnon de Lamennais, mais qu'une vaine gloire n'a pas précipité, comme lui, dans un doute sans fond, vient d'élever son éloquente voix, et il vous répond : Non, quoi que vous fassiez, vous qui ne voulez point reconnaître ce qui a été et ce qui est, vous avez beau marcher en avant, vous jeter à perte d'haleine dans les voies infinies de l'avenir ; ce calme regard, qui plane sur votre présent comme il a plané sur votre passé, vous poursuivra toujours, partout, jusqu'aux derniers horizons de l'éternité ; car cette lumière, que vous croyez pouvoir fuir parce qu'elle est

fixe, est immobile et mobile à la fois. Où que vous alliez,, elle est toujours parmi vous, votre centre, votre milieu ; die est comme le soleil dont on ne saurait s'éloigner d'un seul pas, eût-on la vitesse du vent et l'infini du désert devant soi. Vous croyez que la Papauté sommeille, qu'elle s'endort dans le passé, grande comme la fosse d'un géantr par la grandeur de ce qu'on lui a ôté. Vous vous trompez : elle a toujours présidé aux affaires du siècle, elle y préside encore, elle est toujours debout, agissante, prête à lier et à délier. » Article de E. Robin, paru en Belgique en i838r cité par Nicolas dans le t. iv de ses Etudes, p. 502-507.

^ 2. Macaulay et l'Eglise romaine. — « L'histoire de l'Eglise catholique romaine relie ensemble les deux grandes époques de la civilisation. Aucune autre institution encore debout ne reporte la pensée à ces temps où la fumée des sacrifices s'échappait du Panthéon, pendant que les léopards et les tigres bondissaient dans l'amphithéâtre Flavien. Les plus fières maisons royales ne datent que d'hier, comparées à cette succession des Souverains- Pontifes, laquelle par une série non interrompue, remonte du pape qui a sacré Napoléon dans le xix* siècle au pape qui sacra Pépin dans le vm\ Mais bien au delà de Pépin , l'auguste dynastie apostolique va se perdre dans la nuit des ères fabuleuses. La république de Venise qui venait après la papauté, en fait d'origine antique, était comparativement moderne. La république de Venise n'est plus et la papauté subsiste. La papauté subsiste, non en état de décadence, non comme une ruine, mais pleine de vie et d'une jeunesse vigoureuse. L'Eglise catholique envoie jusqu'aux extrémités du monde des missionnaires aussi zélés que ceux qui débarquèrent dans le comté de Kent, avec Augustin, des missionnaires osant encore parler aux; rois ennemis avec la même assurance que montrait le pape Léon en face d'Attila. Le nombre de ses enfants est plus considérable que dans aucun des siècles antérieur^ Ses acquisitions dans le nouveau monde ont plus quecompensé ce qu'elle a perdu dans l'ancien.. . Aucun signe n'indique que le terme de cette longue souveraineté soit proche. Elle a vu le commencement de tous les gouverne-

ments et de tous les établissements ecclésiastiques qui existent aujourd'hui, et nous n'oserions pas dire qu'elle est destinée à en voir la lin. Elle était grande et respectée avant que les Saxons eussent mis le pied sur le sol de la Grande Bretagne, avant que les Francs eussent passé le Rhin, quand l'éloquence grecque était florissante à Antioche, quand les idoles étaient encore adorées dans le temple de la Mecque. Elle peut donc être grande et respectée encore, alors que quelque voyageur de la Nouvelle-Zélande s'arrêtera au milieu d'une vaste solitude, contre une arche brisée du pont de Londres, pour dessiner les ruines de Saint-Paul. » Dans la Revue d'Edimbourg, octobre i84o, en français dans la Revue britannique, Ve série, t. i, janvier 1841.

3. Prédicant et Apôtre. — « L'intérêt et le dépit jaloux ne peuvent remplacer la force d'expansion que le Christ a communiquée à ses apôtres. Le prédicant est un gentleman qui a rêvé de faire sa carrière dans le placement de l'Evangile ; l'apôtre est un homme dévoué qui a pris an sérieux ce précepte du Christ : « Allez, enseignez les nations. » Le prédicant donne des livres ; l'apôtre se donne lui-même. Au prédicant on ne pardonne pas les inepties de ses traductions ; à l'apôtre on pardonne les barbarismes de sa parole. Le prédicant ne met au service de sa parole qu'un zèle embarrassé par des liens de famille ; le foyer domestique a pour lui des douceurs qui le touchent de plus près que la gloire de Dieu et le salut des âmes. L'apôtre est seul, et tout entier à ceux qu'il évangélise ; aucun amour terrestre ne l'empêche de se dépenser et dépenser encore. Le prédicant aime le confortable et n'échappe pas, pour l'augmenter, à la tentation du trafic ; à lui, comme aux plus humbles commis, s'applique bien ce proverbe anglais : « Qui va au loin est marchand ou le devient. » L'apôtre ne craint pas les privations et la misère ; au besoin, il vit à l'aventure, raccommode lui-même, fût-il évêque, ses vêtements et son linge, marche sans chaussure, meurtrit et déchire ses pieds à la poursuite des brebis de Dieu, tombe mourant* de faim sur le bord des chemins, jusqu'à ce qu'il plaise

au ciel de lui envoyer des sauveurs. Le prédicant est l'homme des côtes et du pavillon national qui le protège; s'il va trop loin, il n'ose plus sortir de jour ; s'il tombe entre des mains ennemies, il tremble et crie : Pitié ! Son plus grand désir est de retourner sain et sauf dans la mère patrie pour y habiter, entre femme et enfants, le cottage qu'il aura gagné. L'apôtre n'ambitionne pas d'autre protection que celle de la croix, le pavillon de Dieu ; d'un pas hardi, il s'avance à travers monts et vallées jusqu'au cœur des continents. Si la prudence l'oblige à se cacher, c'est que les enfants de sa parole ont besoin de lui ; mais est-il trahi et livré aux persécuteurs, plus de prudence : c'est l'heure de la force. Il étonne ses juges par la grandeur et la fermeté de ses réponses ; il attendrit ses bourreaux par son angélique patience ; il soutient le cœur chancelant de ses compagnons d'infortune par ses sereines exhortations ; il meurt en poussant un cri de triomphe. A cette fin tragique, il s'attendait: a J'ai cherché, écrivait un illustre jésuite à ses frères, par quels moyens je pourrais établir la religion catholique ; je n'en trouve pas de plus persuasif que ma mort. » Monsabré, Conf. liv\ t'

4. Credo in Ecclesiam. — « Dans de telles conditions, où ne subsisterait pas pendant une heure la plus humble des sociétés, la petite royauté de Monaco, elle vit, cette société romaine, universelle ; il règne, ce roi de deux cents millions d'âmes : tant est puissant l'esprit qui anime l'Eglise, la parole vivante, qui, incessamment, la crée. Ah ! je le sais, ce fait est bien vieux pour frapper les esprits. Il en est de cette merveille comme du soleil, qui a le tort de se lever chaque matin. Mais supposez qu'un de ces grands esprits du paganisme qui aspiraient à l'unité et ne savaient comment y arriver ; supposez que Platon, qui, avec tout sgn génie, ne fonda qu'une école, entrât dans une de nos cathédrales un jour de Pâques, et que, au moment où il en franchirait le seuil, il entendit s'élever la grande voix du peuple chrétien : Credo in unum Deum ; et qu'il vît cette foule, enfants, femmes, vieillards, unis dans la sublime lumière de l'unité de

Dieu, lui qui l'avait entrevue, mais qui n'avait pas osé la ^découvrir, jugeant le peuple incapable de la comprendre, j'imagine que l'étonnement le clouerait sur le seuil. Et si, prêtant l'oreille au cantique qui emplit la basilique, il -entendait ces autres paroles : Et in Jesum Christian, Filium Dei unigenitum, natum de Maria Virgine ; c'est-àdire si, après avoir vu l'unité des âmes dans la lumière accessible, il voyait l'unité des âmes dans le mystère, dans la lumière inaccessible et transcendante, son grand esprit pénétrant d'un coup d'aile dans ce second monde, il se prosternerait à deux genoux, étonné et ravi. Et si, continuant à écouter pour avoir le dernier mot d'une scène si inattendue, il entendait la grande voix : Et in unarri, sanctam, caiholicam et apostolicam Ecclesiam, c'est-à-dire non plus seulement l'union des esprits, mais l'union souveraine des âmes, des consciences, des vies dans l'universelle liberté, ah ! il ne dirait plus : « 11 faut qu'un Dieu descende sur la terre pour enseigner l'humanité ; w il dirait : « Il est venu ; je le reconnais ; je l'adore ; » et il joindrait sa Yoix aux acclamations de l'univers entier qui dit : Credo. » Bougaud, Le christianisme et les temps présents, 2* édit., Paris, 1882, t. it# p. 228-229.

« Je crois à la sainte Eglise. Je crois que, quels que soient les passions, les médiocrités, les vulgarités, les défauts de ses membres, de ses chefs, elle sera toujours ^noble, toujours sainte, toujours digne des respects et de l'amour de l'humanité. Credo in Ecclesiam. — Je crois que, quels que soient les ruses, les violences, les hypocrisies, les triomphes de ses ennemis, elle sera toujours forte, toujours vivante et vivifiante, le seul salut des âmes *et le seul appui des peuples. Credo in Ecclesiam. — Je -crois que, pour éprouver ma foi, pour révéler la grandeur et la divinité de l'âme vivante (fui anime l'Eglise, Dieu laisse souvent à ses ennemis le pouvoir de l'humilier, de la fouler aux pieds, delà couvrir de mépris, delà chasser <lans les catacombes, dans les caves et dans les greniers ; -et je crois aussi que, pour mieux faire éclater notre foi, Dieu ne se hâte pas de la délivrer. Mille ans sont pour lui

comme un jour. Mes pauvres petites années, si courtes, pourront donc être finies avant l'heure du triomphe. Mais ■qu'importe ? Je crois. Credo in Ecclesiam. — Comme les saintes femmes, je m'assiérai sur la pierre du tombeau. Mais je ne ne me demanderai pas, comme elles, qui soulèvera cette pierre. Celui-là, je le connais. Il est habitué à cette besogne, et il s'en est trop bien tiré depuis dix-huit siècles pour que je doute de lui aujourd'hui. Il apparaîtra à son heure, cet Esprit tout-puissant de l'Eglise, cet Epoux adoré qui ne la laisse ainsi humiliée, anéantie, qu'afin qu'elle sache mieux qui il est. Je l'attends et ne suis pas pressé. » Ibid., p. 266-267.

Article IXe Je crois la communion des Saints

Leçon XXXVIIe

La communion des Saints

I. Introduction de cette formule dans le symbole. IL Preuves de ce dogme.

près l'étude de la constitution extérieure de l'Eglise, il faut jeter un coup d'œil d'ensemble sur sa vie intime ; car l'Eglise visible n'est qu'une partie de la société immense dont Jésus-Christ est la tête , il y a encore l'Eglise triomphante et l'Eglise souffrante, et ces trois Eglises n'en font qu'une. C'est donc comme un chapitre de physiologie générale qu'il s'agit d'examiner (i).

i. BIBLIOGRAPHIE: Noël Alexandre, Theologia dogmatica et moralis secundum ordinem catechismi tridentini, Paris, 171 4» p. 1 60-1 63 ; Bâumer, Das aposiolische Glaubensbekenntniss, Mayence, 1893, p. 217 sq ; Blume, Das apostolische Glaubensbekenntniss, Fribourg-en-Brisgau, 1893, p. 171 sq ; Kôstlin, art. Gemeinschaft der Heiligen, dans la Realencyclopadie, t. vi, p. 5o3-5o7 ; dom Moi in, Nouvelles recherches sur Vauleur du Te Deum, dans la Revue bénédictine, 1894, t. xi, p. 61 sq ; Sancto-

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