IDÉE GÉNÉRALE DE CET ARTICLE
i. Idée générale de cet article. On entend parla communion des saints le lien intime qui rattache les fidèles de la terre à ceux qui ont disparu, dans l'unité d'un seul et même corps mystique, dont Jésus-Christ est le chef, dans la solidarité et la participation aux mêmes biens spirituels.
La mort ne brise pas ce lien et ne met point d'obstacle à la solidarité spirituelle. Celle-ci s'étend de l'Eglise militante à l'Eglise triomphante et à l'Eglise souffrante ; elle comprend un échangeincessant et une communication active de bienfaits. Le fidèle, sur la terre, par la prière et les bonnes œuvres, s'unit aux élus du ciel par un culte d'amour, d'imitation et d'invocation qui provoque leurs bienfaits ; il s'unit aux âmes du purgatoire également parla prière et les bonnes œuvres, dans un souvenir ému et compatissant, qui s'efforce de soulager leurs peines et de hâter leur délivrance. A leur tour, les élus, par leur entremise auprès de Dieu, procurent aux fidèles de la terre et aux âmes du purgatoire des grâces et des faveurs ; les âmes du purgatoire ellesmêmes prient pour leurs t ères de l'Eglise militante, particulièrement pour leurs bienfaiteurs.
Tel est cet article qui n'est, comme le note le Catéchisme romain, que la conséquence de celui
rum communionem, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1904, t. ix, p. 209-236 ; Morawski, Sur la communion des saints, Cracovie, 1899 ; Kirsch, Die Lehre von der Gemeinschaft der Heiligen, Mayence, 1900 ; dom Cabrol et dorn Leclercq, Monumenta Ecclesice liturgica, Paris 1902 ; Waudray, Themeaning of the doctrine of the communion of saincts, Londres, 1904; Lucius, Die Anfânge des Heiligenkults, Tubingue, 1904; Bernard, art. Communion des saints, son aspect dogmatique et historique, dans le Diction, de Théologie, t. ni, col. 429-454. Yoir aussi la bibliographie de la leçon Ire du t. 1, p. 79-80 ; y joindre Burn, Niceta of Remesiana, Cambridge, 1905 ; Monsabré, Conférences, de 1882, Gonf. lxc. -K
qui est consacré à l'Eglise, et qui nous donne une connaissance fort avantageuse ; car il indique le fruit des mystères contenus dans le Symbole et il nous apprend que les biens que chacun reçoit ou fait profitent à tous, et vont de la tête aux membres, d'un membre à un autre membre et des plus riches aux plus pauvres.
2. Erreurs sur cet article. Pendant les premiers siècles de l'Eglise, les hérésies des eustathiens, d'Aérius, d'Eunomius ou de Vigilance n'attaquent pas le principe dogmatique de l'union de tous les membres du Christ dans l'unité du corps mystique de l'Eglise; elles s'en prennent au culte des saints et des défunts, dont elles voudraient abolir la pratique. Ce n'est qu'à l'époque de la Réforme que l'idée même de la communion des saints est mise en discussion.
On le comprend de reste, car le principe individualiste des protestants devait aboutir logiquement à la négation de ce dogme. Aussi les confessions de foi de l'Eglise évangélique et réformée le passent-elles sous silence ou le confondent-elles avec le dogme de l'Eglise. Quelques théologiens, pourtant, et plusieurs anglicans ont gardé des points de contact avec son explication catholique. C'est ainsi, par exemple, que l'article 26 de la confession de Westminster renferme en substance, sur ce point, notre enseignement (1).
Mais, de nos jours, la majorité des protestants libéraux rejette résolument la communiun des saints. Ils y voient un retour aux superstitions païennes (2) ; une sorte de polythéisme ; le « triomphe sur la religion de l'esprit par cette
r. Cf. Waudray, The meaning, p. a3 sq. -*- a. Nicolas, Le symbole des apôtres* Paris, 1867, p. 249,