PREUVE PAR LES MONUMENTS CHRETIENS
ciel, le salut, le rafraîchissement, l'union avec Dieu et avec le Christ, l'entrée dans le repos, la vie en Dieu avec les saints, le bonheur céleste, etc. On prie pour les défunts : à Dieu, on demande pour eux son aide, sa protection, l'entrée dans le royaume du Christ, la réception dans le ciel, l'admission parmi les élus, la lumière du paradis, la paix éternelle; aux saints, on recommande leur âme, on sollicite d'eux pour elle un souvenir, une prière, une assistance efficace, un accueil empressé ; on fait prier les vivants pour les défunts ; on demande pour eux une prière à quiconque visite leur tombeau ; les défunts eux-mêmes supplient qu'on se souvienne d'eux, qu'on prie pour eux. Et l'Eglise entoure leurs funérailles d'une solennité religieuse et de ferventes prières ; elle fait visiter les cimetières et prier pour les morts ; elle célèbre leur anniversaire ; elle offre le saint sacrifice ; elle prescrit d'abondantes aumônes pour obtenir la protection de Dieu et le pardon de leurs fautes. Les survivants prient même les morts et implorent leurs suffrages, car ils les assimilent presque à ceux qui sont déjà dans la gloire ; on les Croit dans un séjour intermédiaire entre la terre et le ciel, où l'on ne jouit ni du bonheur parfait, ni 4e la compagnie du Christ, ni des agréments du céleste séjour; où Ton ne possède ni la lumière, ni le repos, ni le rafraîchissement. Bref, on a la conviction qu'on peut efficacement leur procurer le bonheur ; c'est la conviction qu'on prête aux défunts eux-mêmes, et c'est aussi celle de l'Eglise. Les saints du ciel sont censés s'intéresser à leur sort et pouvoir travailler à leur délivrance ; et, à leur tour, les défunts s'intéressent à ceux qu'ils ont laissés sur la terre et leur obtiennent toutes sortes de biens.
N'est-ce pas là, dans sa multiple manifestation, ajissf touchante que belle, la foi des premiers chré-
tiens au dogme de la communion des saints, tel que nous le professons aujourd'hui ?
10. La synthèse dans saint Augustin. — A l'évêque d'Hippone revient l'honneur d'avoir fait la synthèse de tous les éléments constitutifs du dogme de la communion des saints, bien qu'il n'ait pas composé de traité spécial sur ce sujet, et c'est dans l'analyse pénétrante de l'unité de l'Eglise qu'il les a trouvés.
L'Eglise, en effet, est le corps du Christ ; son unité parfaite est le fruit de la charité ; son expansion constitue la cité de Dieu : elle comprend tous ceux qui ont eu le Christ pour chef depuis l'origine du monde (i). Elle relie dans une intime union, en attendant qu'elle la consomme, l'Eglise du ciel et celle de la terre (2) ; elle ne forme qu'un temple, qui est l'Eglise universelle, celle du ciel et de la terre (3). Son unité repose sur le Christ (4) ; elle a pour principe actif le Saint-Esprit, qui remplit en elle la fonction de l'âme dans le corps humain (5), conjointement avec le Père et le Fils, dont il est le lien (()).
Les bons participent pleinement à cette unité. Il n'en est pas de même des pécheurs : ceux-ci, bien que rattachés à l'Eglise, ne sont, en effet, que des membres malades, d'où le sang se retire et où la vie ne circule pas ; mais, par la grâce du Christ, la santé peut leur revenir (7) ; ils ont part à la prière des justes (8). Quant aux hérétiques, aux apostats
g 1. In Ps. xxxvi, serm., m, 4; Patr. lat., t. xxxvi, col. 385. — 2. Serm., cccxli, 9; t. xxxix, col. 1499. — $• Enchir., lvi ; t, xl, col. a58. — 4. Serm., cxxxvn, 1 ; t. xxxvm, col. 754. — 5. Serm., cclxvii, 4 î ibid.t col. ia3i. — 6. Serm., l.vxi, 20; ibid.f col. 463. — 7. Serm., cxxxvn, 1 ; ibid., col. 764. — 8. lîk P%'à ûv, 2 1 ; : t. xxxvn, col. i4i 2 .