‹ Le catéchisme romainChapitre 206 sur 230 · SYNTHÈSE DU DOGME AU MOYEN AGE 6G · texte numérisé non relu

SYNTHÈSE DU DOGME AU MOYEN AGE 6G

et aux schismatiques, ils n'en font plus partie : membres amputés, ils ne participent plus à la communication vivifiante de la sève ; cependant on doit prier pour eux et demander à Dieu leur conversion (1). . ,, De l'union des membres résulte la solidarité d'action : chacun a son rôle, mais la vie est la même : officia diversa sunt, vita commuais (2). La prière et les bonnes œuvres des uns profitent aux autres (3) ; les mérites des martyrs constituent un trésor commun ; car, à l'exemple du Christ, ils ont donné leur vie pour nous, et nous sommes le fruit de leurs labeurs (4) ; du haut du ciel, ils ne cessent, avec le Christ, d'interpeller pour nous (5) ; nous, nous devons unir nos souffrances aux leurs .^ Si eos sequi non valemus actu, sequamur affecta ; si non passions compassione ; si non excellentia, connexione (6).

II. Au moyen âge. — Inutile de poursuivre l'examen de la preuve traditionnelle de la communion des saints chez les Pères qui suivent ; car l'Eglise latine s'en tient à la doctrine de saint Augustin (7) ; le symbole des apôtres renferme désormais cet article. Constatons seulement, que si, aux débuts du moyen âge, son principe fondamentaL subsiste et fait toujours partie de l'explication popu-

1. Serm., cxxxvn, 1. — a. Serm., cclxvii, 4- — 3. EpisL, xx, 2 ; t. xxxiii, col. 87 ; serm., ccvn. 3 ; t. xxxvm, col. io44- — 4. Serm., cglxxx, i, 6 ; ïoid., col. 1283. — 5. In Ps., lxxxv, 24; t. xxxvii, col. 1099. — 6. Serm., cclxxx, 1, 6. -• 7. Cf. S. Léon le Grand, EpisL, cvm, 3; Pair. Int., t. liv, col. 1012 ; S. Prosper d'Aquitaine, Prœteritorum sedis apostolicx episcoporum aacloritates, vin ; Patr. laL, t. li, col. 209 sq ; Maxime de Turin, Horriil, ci ; Patr. lat.t t. lvii, col. 488 ; S. Fulgence, ConL Fabianutn, fragm., xxxvi ; Patr. lat.t t. lxv, col. 826 sq.

laire du symbole (1), ses divers éléments doctrinaux conservent moins de netteté et de précision (2). Mais avec saint Anselme (3) et saint Bernard (4), la systématisation de ce dogme reprend ; les scolastiques recueillent les données éparses de la tradition et cherchent à en coordonner les éléments. On discute encore sur le sens qu'il convient de donner à l'expression communion des saints (5). Albert le Grand y voit nettement la communication des biens de tous les saints opérée par l'Esprit- Saint dans le corps de l'Eglise (6) ; et c'est le docteur séraphique qui achève la synthèse.

Saint Bonaventure, en effet, proclame l'union de tous les fidèles dans le corps social du Christ ; il en voit le principe dans le Saint-Esprit (7), l'exemplaire dans l'unité des personnes divines (8), l'image dans l'union du corps réel du Christ avec les espèces eucharistiques et le symbole des trois parties du corps mystique de l'Eglise dans la fraction du pain consacré en trois parties (9). Or, dit-il, entre ces trois parties de la même Eglise règne l'union comme entre les membres du corps naturel : tous les fidèles dépendent les uns des autres :

1. Cf. Alcuin, Disputatio puerorum, xi; Patr. lat., t. ci, col. 1142. — 2. Cf. Amalaire, Responsio ; Patr. lat., t. xcrx, col. 816; Leidrade, De sacram. bapt., v; ibid., col. 859 ; Raban-Maur, De clericor. instit., I, 1; t. cvm, col. 297 ; Bruno le Chartreux, In Rom., xii ; t. cliii, col. 102 ; Yves de Chartres, Serm.9 xxin, de symbolo ; t. clxii, col. 606 ; Josselin, In symb., xvi ; * t. clxxxvi, col. i488. — 3. Homil., 1; t. clviii, col. 587-589. — 4. De charit.y xxxm ; t. clxxxiv, col. 633. — 5. Voir Hugues de saint Victor, Pierre Lombard et Alexandre de Halès. —

6. In IV Sent., III, dist. xxiv, Q. 1 ; Paris, 1894, t. xv, p. a56. —

7. ta IV Sent., I, dist. xiv, a. a, q. 1 ; édition Quaracchi, 1882, t. 1, p. 249. — 8. Ibid., 1, dist. x, a. i, q. 3, p. 199. — 9. Ibid., iv, dist. vin, p. 1, a. 2, q. a ; dist. xn, p.i, a. 3, q. 3, d. 4, p. i85, 287.

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le bien de chacun est le bien de tous (i). L'Eglise vient en aide à chacun par ses prières et par les satisfactions surérogatoires des saints ; par l'application de leurs mérites, elle acquitte une partie de la dette pénitentielle. « En ajoutant à ces données celles qui ont trait à l'intercession et au culte des saints, au suffrage pour les morts, on possède toute la théorie scolastique de la communion des saints, dont personne n'a mieux parlé, au moyen âge, que le docteur séraphique (2). »

Saint Thomas, qui croit à l'origine apostolique de la formule du symbole, entend au sens neutre le mot sanctorum (3). Il « ne fait donc pas rentrer dans la conception de la communion des saints l'idée de l'union des membres de Jésus-Christ entre eux, mais seulement les fruits de cette union : il rattache la première idée à la conception même de l'Eglise, dont la catholicité s'étend au-delà des limites de la terre, jusqu'aux membres de l'Eglise souffrante et de l'Eglise triomphante. Si la méthode est différente, la synthèse est la même (4). »

1. Ibid., dist. vin, p. 1, a. 2, q. 1; dist. xx, p. 2, a. i,q. 1, p. 184, 53o-53i. — 2. Bernard, Dicl, de Théol., t. m, col. 446.

— 3. Expos, in Symb., a. x ; cf. Sam theol., IIa H* , Q. I, a. 9.

— 4. Bernard, Dict. de Théol., t. ni, p. 446. « En résumé, les données traditionnelles et scolastiques sur la communion des saints se ramènent, d'après renseignement des grands docteurs, aux points de doctrine suivants : il existe entre tous les membres de l'Eglise militante, souffrante et triomphante, une société spirituelle qui les unit tous entre eux et les rattache au Christ comme à leur chef. Le caractère mystique de cette société entraîne la participation commune aux mêmes sacre-

. ments, qui nous transmettent les mérites de Jésus-Christ, la jouissance en commun de tous les dons particuliers inhérents aux diverses fonctions ecclésiastiques, le commerce réciproque des bonnes œuvres et des mérites, fondé sur la charité, entre tous les membres du Christ. Tous les fidèles participent inégalement à cette union des âmes et à cette communion des

Tel est l'enseignement que le Catéchisme romain a résumé en deux ou trois pages substantielles, en insistant comme toujours sur son côté pratique, sur ses avantages précieux pour la piété chrétienne (1).

3° Preuves rationnelles

1. Appuyé sur l'Ecriture et la tradition, le dogme de la communion des saints se justifie rationnellement. Il y a, en effet, circulation vitale, communijcatiosi de biens partout où se rencontre une unité organique et vivante, et elles sont d'autant plus grandes que plus forte est cette unité. Dans la plante, dans l'animal, dans l'homme, pris individuellement, c'est un fait d'une clarté aveuglante. Il en est de même dans la famille, où de l'époux à l'épouse, des parents aux enfants, et réciproquement, tout devient commun, à raison de l'unité du lien conjugal et du foyer domestique. La même loi s'applique à toute société, si imparfaite, si rudimentaire qu'on la suppose, et il n'y a même de société que dans la mesure où, entre ses membres, les fonctions, les services, les bienfaits servent, des uns aux autres, pour le plus grand avantage de tous. Pourquoi donc n'en serait-il pas de même dans l'Eglise ! Est-il, au monde, une société qui possède un principe d'unité aussi puissant? Et, dès lors, quoi d'étonnant qu'entre les fidèles qui la composent il y ait d'incessantes relations, un échange et une communication de biens ? Le contraire serait une inexplicable anomalie,

ibiens, selon la mesure de leur foi et de leur charité. Plus est considérable l'apport de chacun, plus grand aussi son profit spirituel. Le Christ communique les biens qui lui sont propres suivant la diversité des mérites. » Ibid., col. 447.

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