‹ Le catéchisme romainChapitre 208 sur 230 · Monsabré, loc. cit · texte numérisé non relu

Monsabré, loc. cit

l'obstacle, la valeur de la grâce, la malice du péché, la fermeté de la loi, la profondeur de la passion de Jésus, la profondeur plus grande et l'invincible bonté de son cœur, le sens et le prix des croix, la nécessité du travail, la gravité de la vie, l'inanité de ce qui passe, l'inexplicable folie du monde, l'immense bonheur d'appartenir à la sainte Eglise catholique (i) I »

8. L'Eglise, par son incessante activité, produit un capital social considérable, composé de grâces, de bonnes œuvres et de mérites ; et ce capital, loin d'être immobilisé et sans emploi, circule sans cesse : les grâces, par voie d'intercession ; les bonnes œuvres, par voie d'exemple chez les uns et d'imitation chez les autres ; les mérites, par voie de réversibilité et de substitution. Nous ne pouvons, pour le moment, que nous borner à ces sommaires indications.

Les grâces ne sont pas seulement celles qui sanctifient ceux qui les possèdent; ce sont aussi celles qui sont données par Dieu à tel ou tel chrétien pour la sanctification des autres ; et combien nombreuses ne sont-elles pas ! Que de bienfaits dûs à l'intercession des saints, sollicités et obtenus par la prière I Quand nous prions Dieu, nous le prions pour nous, mais aussi pour les autres ; en nous adressant à lui, nous lui disons, non pas: Mon Père, mais : Notre Père ; nous demandons pour nous, mais aussi pour tous, le pain de chaque jour. Nous prions les saints pour nos frères comme pour nous et leur demandons un surcroît pour notre insuffisance personnelle (2).

1. Gay, De la vie et des vertus chrétiennes, t. m, p. 4o6. — 2. « Voilà qu'un mystérieux courant de désir et d'impétration s'établit, des profondeurs de notre misère aux abîmes de gloire qui avoisinent le trône de Dieu. Pressé par les sollicita-

A leur tour, les bonnes œuvres, si fructueuses pour ceux qui les font, sont encore fort utiles pour autrui : elles servent d'exemple à ceux qui en sont les témoins et aussi, mais sur une plus vaste échelle et à une portée beaucoup plus grande, à ceux qui en lisent le récit. Elles mettent l'Evangile en action et créent une source d'émulation féconde ; car le bien réalisé, c'est-à-dire la sainteté, devient contagieux (1). L'imitation des saints aide à l'imitation par excellence de Jésus-Christ, parce qu'elle est plus à portée de nos efforts et nous paraît plus facilement accessible. Dieu se prête ainsi admirablement à notre humaine timidité. « Soyez saints, nous recommande-t-il, comme moi-même je suis saint;» et saint Paul ajoute : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ. » Finalement, c'est à Notre Seigneur que remonte l'effort du chrétien dans son imitation des saints.

tions de la terre et du ciel, le Christ lui-même leur donne l'appui de son irrésistible intercession ; et, aussitôt, le trésor de la miséricorde divine s'ouvre, pour laisser tomber sur l'Eglise militante la toute-puissante vertu qui conjure les fléaux et guérit les infirmités humaines, la consolation qui soulage les cœurs affligés, la patience qui fait mériter les douleurs, la force qui soutient le chrétien dans les luttes de la vie» la lumière qui éclaire ses pas à travers les ténèbres de l'erreur, l'onction qui calme ses trop vives passions, les saints désirs qui poussent à la perfection, et surtout les coups de grâce qui brisent les cœurs endurcis et les préparent au drame sacré du repentir et du pardon. » Monsabré, loc. cit.

1. «La sainteté est une contagion; la vie des saints est l'atmosphère qui la transmet le long des âges. Rien n'éclaire mieux, rien ne détache davantage, rien n'allume tant de bons désirs, rien ne fait aspirer plus généreusement et plus haut, rien ne jette dans des confusions plus profondes et plus salutaires, rien ne maintient dans une plus sincère humilité, et» par là même, rien n'encourage si puissamment, et n'ouvre l'âme à une plus grande confiance. » Gay, Iqc. cit., p. 385»

Quant au mérite, il est personnel sans doute, mais il peut être et est presque toujours suivi d'une vertu expiatoire. Souvent celte vertu est insuffisante pour solder à la justice divine toute la peine du péché; souvent aussi, dans Fà-me des justes, elle es> surabondante. Etant alors sans utilisation personnelle, puisque les saints ont fort peu à expier à cause du petit nombre ou de la légèreté de leurs fautes, elle reste disponible et communicable, elle entre dans le capital social du corps de l'Eglise; et l'Eglise en a la libre disposition ; d'où le rôle des indulgences, c'est-à-dire l'application rationnelle et légitime de la loi de solidarité et de réversibilité des mérites entre les membres de la même famille, du même corps mystique.

9. C'est Notre Seigneur, chef de cette famille et de cette société, principe vivant de son unité, qui préside à la circulation vitale de ces trésors spirituels. Tout se rattache à sa nécessaire médiation, tout s'impreigne de ses mérites, tout participe à sa plénitude : il est le centre physiologique de la vitalité surnaturelle ; c'est lui qui communique la vie, l'entretient, la répare, la perfectionne en chacun de nous ; il prie, il lutte, il expie avec l'Eglise militante; il intercède avec l'Eglise triomphante en faveur de l'Eglise souffrante et militante. Bref, à tous les points de vue, dans toutes les manifestations de la piété, l'adoration, l'action de grâces, la demande, la satisfaction doivent passer par lui, s'unir à lui, s'enrichir de lui ; et c'est là ce que marque si bien FEglise dans ses prières : .elle les adresse à Dieu par Notre Seigneur Jésus- Christ.

10. Comprendre cette admirable doctrine de la communion des saints, la pratiquer par une vie réfléchie et consciente, est un devoir pour tout

chrétien, c'est aussi un honneur et une gloire. C'est parla que les grands mystères de notre foi s'appliquent, dans le corps social de l'Eglise, avec une inépuisable fécondité. Et c'est aussi ce qui explique la « folie » des saints, dans l'émulation qu'ils mettent à reproduire, autant qu'ils le peuvent, la passion du divin Maître ; « folie » étrange, comme disait saint Paul, aux yeux des humains, mais « sagesse » admirable, aux yeux de Dieu. Et, certes, Dieu a bien le droit de se susciter, sur la terre, d'héroïques imitateurs et de consacrer, dans le ciel, par la communication de sa puissance, l'héroïsme de leurs vertus, en faveur des âmes du purgatoire et des membres de l'Eglise militante. En vérité, qu'imaginer de plus consolant et de plus beau que ce dogme de la communion des saints ? En le niant, le protestantisme n'a pas seulement défiguré le christianisme, il l'a amoindri misérablement, il l'a ruiné (i).

1. L'Eglise militante. — « C'est une guerre plus qu'inique (la guerre qu'on fait à l'Eglise), plus qu'ingrate, plus qu'insensée ; mais en outre, c'est une guerre systématiquement déloyale, une guerre incessante, universelle, acharnée, implacable. C'est quelque chose d'unique au monde, et qui, naturellement, ne saurait s'expliquer. C'est une histoire à part dans l'histoire : l'humain y est partout dépassé. Ajoutez que chaque coup que l'on porte à cette mère du genre humain, retentissant d'abord dans le cœur de Dieu qu'elle aime tant, et qui en serait blessé s'il était vulnérable, retombe ensuite inévitable-

i. Logiquement, c'est à la suite de ces leçons sur l'Eglise qu'il faudrait traiter des sources de la révélation, c'est-à-dire de l'Ecriture et de la Tradition ; nous en renvoyons l'examen détaillé au commencement de la seconde partie, où il sera question du surnaturel, de la révélation, de la grâce et des sacrements.

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ment sur le malheureux qui l'a porté ; et que, s'il ne le tue pas, il lui fait toujours une blessure. Cette mère sait cela, elle voit cela ; il n'y a pour elle ni un lieu ni une heure où il lui soit possible de se sous traire à ce spectacle. Et même ceux que, par la force de sa grâce, elle a déjà gagnés dans le combat, ceux même qu'elle n'a pas eu à conquérir parce qu'ils n'ont pas cessé d'être à elle, ses fidèles, ses soldats, ses chefs et jusqu'à ses héros, ceux qui l'ont honorée par mille exploits et couronnée de cent victoires, ils restent toujours fatalement pour elle l'objet d'une vive et douloureuse sollicitude. Lorsque les mères ont enfanté, elles ont tant de joie, dit l'Evangile, qu'elles en oublient toutes leurs angoisses. Ce n'est pas absolument vrai pour l'Eglise ; ou, du moins, c'est une joie qui ne lui est pas promise pour ce monde ; car elle n'a jamais fini d'enfanter. La vraie naissance de tous ces fruits qu'elle porte en ses entrailles, c'est seulement leur mort, quand elle est sainte. Il n'y a pas un instant où ses plus fermes colonnes ne puissent être ébranlées, ses étoiles tomber du ciel, ses vierges se souiller, ses prêtres prévariquer, ses évêques la trahir. Ses papes eux-mêmes, infaillibles dans leur enseignement, demeurent faillibles dans leur conduite : de sorte que, pour ce qui est des individus, tout est toujours en train, toujours fragile, toujours menacé, et que, jusqu'à la fin, rien n'est sûr. Quant à elle, sans doute, elle ne s'égarera jamais, elle ne péchera jamais ; jamais elle ne mourra ; mais de tous ceux qu'elle porte et qu'elle aime, il n'y en a pas un seul qui ne puisse toujours pécher, et par là même toujours se perdre. » Gay, De la vie et des vertus chrétiennes, 6* édit., Paris, 1878, t. m, p. 417-418.

2. Gain de la mort. — « L'Eglise ordonne que l'entrée et le séjour des saints dans le ciel soient célébrés chez nous par une fête. Par là même, elle nous déclare que ce que Dieu nous ôte, il nous le prend sans jalousie et ne le garde point avec avarice ; que les surcroîts de lumière accidentelle que reçoit la cité d'en haut n'épaississent pas les ombres de la nôtre ; qu'au contraire, si un astre nouveau brille dans le firmament des âmes,

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