LES TROIS ÉGLISES
notre nuit en devient moins obscure ; que les conquêtes du Père sont le bien des enfants ; que pour être à Dieu davantage, nos saints n'en sont que plus à nous ; que dans la proportion même où ils s'élèvent par la sainteté, ils s'étendent par la charité ; qu'en somme toute mort chrétienne est un gain merveilleux ; non seulement pour Dieu à qui cette mort assure la possession parfaite d'une créature éternellement aimée et désirée, laborieusement cherchée, chèrement achetée ; non seulement pour cette créature élue, à qui sa mort livre pour jamais le souverain bien en jouissance; mais aussi pour nous tous qui, dans chaque bienheureux, acquérons un ami et un protecteur, un parent de grâce et un médiateur, un frère inséparablement uni, inaltérablement fidèle, incomparablement dévoué et un intercesseur zélé, infatigable, toujours écouté, toujours agréé, toujours efficace. Mori lucrum : il y a un gain dans la mort. » Gay, Conférences aux mères chrétiennes, Paris, 1877, t. 11, p. 4o2-4o3.
3. L'Eglise militante et l'Eglise triomphante. — « Armée du Christ, toujours en lutte contre les ennemis du salut, l'Eglise militante implore et attend de la patrie céleste, où elle doit triompher un jour, une nécessaire et efficace assistance. C'est son droit, puisqu'elle appartient au corps mystique qui remplit le ciel et la terre. Je me demande pour quel motif le protestantisme interdit au ciel de faire honneur à ce droit. Les saints ont-ils perdu la mélïioire ? La gloire, dont ils s'abreuvent, a-t-elle, comme le fleuve Léthé, l'étrange propriété de leur faire oublier la terre, où naguère ils combattaient dans nos rangs ? Non, nous savons que cette gloire est lumière et que, dans cette lumière, les saints voient Dieu et tout ce que Dieu aime, tous ceux à qui il s'intéresse. Ils connaissent nos besoins mieux que nous ne les connaissons nous-mêmes, et, avant qne notre prière arrive, Dieu les a préparés à l'entendre et à l'exaucer. Le pouvoir de leur amour était immense, lorsqu'ils vivaient au milieu des hommes, et pour satisfaire la fiévreuse ardeur de bienfaisance qui tourmentait leur cœur. Dieu leur communiquait sa toutepuissance. L'orgueil dompté s'humiliait sous l'autorité
de leur parole, les cœurs endurcis se brisaient sous la pression de leurs amoureuses objurgations, la nature docile se laissait manier et transformer par toutes sortes de merveilles, les maladies et les infirmités obéissaient à leurs ordres, et la mort elle-même leur rendait ses victimes. A qui fera-t-on croire, contre toute loi et toute raison, que, plus parfaits et aimés de Dieu, ils ont été répudiés par celui qui se servait ici-bas de leur ministère et sont devenus à jamais impuissants ? S'il est vrai que le pouvoir d'un être croît en raison de sa perfection, n'en peut-on pas dire autant de son bon vouloir ? Lorsqu'ils avaient à assurer leur éternel bonheur par une lutte sans merci, les saints ne songeaient qu'à répandre autour d'eux le bien, surtout le grand bien de la grâce et du salut. Et maintenant qu'il n'ont plus rien à perdre, plus rien à requérir pour eux-mêmes ; maintenant qu'ils peuvent se livrer, sans crainte de faillir, à tous les épanchements de l'amour, on voudrait qu'ils fussent indifférents aux besoins et aux prières de ceux pour qui ils se montraient naguère si bienfaisants ; on voudrait que les mœurs des saints, après avoir été ici-bas, des mœurs royales, devinssent dans le ciel, les mœurs de vulgaires égoïstes parvenus ? Non, non. Plus ils sont assurés de leur bonheur, plus ils ont de sollicitude pour notre salut. » Monsabré, Conf. lx6.
4. Les trois Eglises. — « L'âme justifiée entre, pour ainsi dire, dans la substance du ciel ; elle naît à la vie qu'on y mène... Cette âme est réellement en rapport avec tout. Il n'y a rien, dans cette patrie immense, qui lui soit étranger : il n'y a pas un seul être à qui elle soit indifférente. Elle prend comme une importance générale et une sorte d'état universel. Sa condition première est toute changée ; et ce changement, c'est une élévation inouïe, jointe à une dilatation qui n'a pas démesure... Devenue la fille du Père, en épousant le Fils dans l'unité du Saint- Esprit, elle se trouve d'abord liée à Dieu par des liens dont la force, l'intimité, et l'ardeur dépassent tout ce que nous pouvons concevoir : Mens de lumière, d'amour et de vie ; liens que Dieu a divinement formés à la resse-m-