‹ Le catéchisme romainChapitre 21 sur 230 · De princ, 1, 5, 6 ; 11, 3 ; Patr gr.,t. xi · texte numérisé non relu

De princ, 1, 5, 6 ; 11, 3 ; Patr gr.,t. xi

Une théorie aussi suspecte fut réprouvée par Méthodius, Epiphane, Théophile d'Alexandrie et d'autres ; mais elle laissa quelques traces dans Didyme et les Pères cappadociens. Didyme la communique à saint Jérôme et saint Basile à saint Ambroise. L'opinion d'Origène est fortement atténuée ; mais ces derniers croient à la faillibilité des anges. Seul, parmi les latins, saint Hilaire regarde les anges comme inaltérablement fixés dans le bien (i).

Avec saint Augustin, la question change de face. Nettement l'évèque d'Hippone se prononce pour l'immutabilité des anges dans le bien ; car ils jouissent de la vision intuitive, de la félicité céleste, récompense de leur fidélité (2). Que l'on discute tant qu'on voudra, dit-il, mais à la condition que, dans les limites de la règle de foi, on regarde les anges comme absolument assurés de leur bonheur éternel (3). Et c'est ce sentiment qui prévaut définitivement (4).

5° Nombre, ordres, hiérarchie. — 1. Nombre des anges. Daniel avait écrit : « Mille milliers (d'anges) le servaient et une myriade de myriades se tenaient debout devant lui (5). » La plupart des Pères en conclurent que le nombre des anges est très considérable, mais impossible à fixer. Ils essayèrent pourtant d'en donner une idée, en prenant pour base de leur supputation la parabole des brebis. Les quatre vingt dix-neuf, qui sont restées fidèles, représenteraient le nombre des anges, tandis que la

1. In Psal.t cxviii, 10 ; Patr. lat., t. ix, col. 522. — 2. De civ. Dei, xi, i3, 24 ; xxn, 1 ; Patr, lat., t. xli, col. 329, 338, 702. — 3. De civ. Dei, xi, 32 ; ibid., col. 346. — 4- Cf. Fulgence de Ruspe, De fide ad Petr.9 ni, 3i ; de Trinit., vin; Patr. lat.t t. lxv, col. 687, 5o5 ; Gennade De eccl. dogm.t 62; Patr. laL> t. lviii, col. 996. — 5. Dan. vu, 19.

HIÉRARCHIE DES ANGES t\§

brebis égarée représenterait l'humanité. De la sorte la proportion numérique des anges aux hommes serait de quatre vingt dix-neuf à un.

Mais quelques Pères, entre autres saint Hilaire(i), ont pensé que les élus étaient appelés à occuper la place laissée vide dans le ciel par les anges déchus. S'il ne s'agit que d'une simple compensation numérique, il s'ensuivrait que le nombre des anges serait inférieur à celui des hommes, parce que, d'un côté, il n'y aurait d'après V Apocalypse qu'un tiers des anges qui auraient prévariqué et que, d'autre part, le nombre des élus serait loin d'égaler le tiers du genre humain. Cette conséquence n'est pas sans doute admise par l'évêque d'Iïippone, puisqu'il interprète la parabole des brebis dans le sens précité (2).

Ce sont là, du reste, des tentatives de solution sans donnée certaine et positive. Le mieux est de dire avec le pseudo-Denys (3) que le nombre des anges reste le secret de Dieu ; d'autant que la fantaisie peut se donner libre jeu en pareille matière ; et nous savons que du même texte (4), l'auteur des Questions à Anliochus (5) conclut à l'égalité numérique des anges et des hommes, tandis que saint Grégoire le Grand en conclut l'égalité numérique des élus et des anges restés fidèles (6).

2. Les ordres, la hiérarchie. La Bible se servant,, de plusieurs termes pour désigner les esprits célestes, cette question devait naturellement se poser : Pourquoi ces termes différents ? Indiquent-ils des différences de nature ou de fonctions ? L'Ecriture et la

i. In Matth., xvm, 6 ; Pair, lat., t. ix, col. 1020. — 2. ColL cum Max., 9 ; Pair. lat.y t. xlii, col. 727. — 3. Coel. hier., vi, 1; Patr. gr.y t. m, col. 200. — 4- Dent., xxxn, 10. — 5. Pair, gr., t. xxviii, col. 602. — 6. In Evang., homil. xxxiv ; Patr. lat.> t. lxxvi, col. 12 52

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tradition n'y répondaient pas clairement. Et tandis que les gnostiques se livraient à une vraie débauche d'imagination dans leurs théogonies, les catholiques se montrèrent plus réservés. Saint Cyrille de Jérusalem était stupéfait de l'audace des ariens qui, sans pouvoir parvenir à comprendre ce que sont les Trônes, les Dominations, les Principautés et les Puissances, œuvres du Christ, se mêlaient de scruter le Créateur lui-même (i). Saint Augustin écrivait ingénument à Orose : a Qu'il y ait dans le ciel des Sièges, des Dominations, des Principautés, des Puissances, je le crois fermement ; qu'ils diffèrent entre eux, je n'en saurais avoir le moindre doute. Mais quant à dire ce qu'ils sont et en quoi ils diffèrent, dussiez-vous me mépriser, moi que vous traitez de grand docteur, j'avoue Fignorer (2). »

Toutefois la question de savoir si la distinction des vocables repose sur une distinction de nature ou de fonction fut résolue en deux sens. Pour les alexandrins Clément, Origène et Didyme, et pour les cappadociens Basile et les deux Grégoire, tous les esprits célestes n'ont qu'une seule et même nature ; la différence des noms provient de la différence des fonctions et de l'inégalité des mérites. Saint Jérôme, grâce à Didyme, pensa de même.

Mais cette opinion sur l'unité spécifique des anges fut combattue par Méthodius, qui se prononça pour une différence spécifique. Et ce fut le sentiment de saint Athanase et de saint Epiphane.

En Occident, la question ne fut pas agitée. Le seul qui la pose, la laisse sans réponse, c'est saint Augustin : il ne sait qu'en dire. Cassien prétend qu'il n'y a qu'une opinion à cet égard, c'est que les

t. Cal., xv, 12 ; Pair. gr.y t. xxxm, col. 705. — 2. Contra Pries., xiv ; Patr. lat.t t. xlii, col. 678.

HIÉRARCHIE DES ANGES 5l

vocables évangéliques ont leur raison d'être et qu'ils sont l'expression de l'office, du mérite ou de la dignité. Il ignorait donc la solution contraire (i).

La question du nombre exact et de la place respective des ordres angéliques dans la hiérarchie fui loin d'être résolue pendant les quatre premiers siècles. On n'admit d'abord que les cinq ordres désignés par saint Paul, auxquels on adjoignit ceux des anges et des archanges. On soupçonna bien que cette liste était incomplète ; on ne prit pas assez garde que plusieurs termes pouvaient servir à désigner le même ordre, et l'on dressa en conséquence des listes de huit, de neuf, de dix et même de onze ordres angéliques. Le nombre de neuf finit cependant par prévaloir, grâce à saint Cyrille de Jérusalem et à saint Chrysostome, et c'est celui qu'ont consacré le pseudo-Aréopagite et le pape saint Grégoire sans toutefois conserver à chaque ordre la même place respective.

C'est le pseudo-Denys qui dresse le tableau de la hiérarchie des anges. Il a imaginé une organisation du monde angélique, harmonieusement hiérarchisée selon une échelle descendante qui va des séraphins aux anges. Tous les esprits célestes, croit il, sont de même nature et ne diffèrent que par la place qu'ils occupent. Or, cette place leur a été assignée à raison de l'ordre sacré dont ils sont revêtus, de la science qu'ils possèdent et de l'action qu'ils exercent (2). Cela ressemble, observe son commentateur Pachymère, à la hiérarchie ecclésiastique. Le but de la hiérarchie étant la ressemblance et l'union avec Dieu aussi étroites que possible, chaque ordre doit, selon sa capacité, réaliser Fimitation de Dieu, se*

1. Coll. vin, i5 ; Pair. lat.$ t. xlix,co1. 747. — 2. Coel. hier^ m, 1 ; Pair. gr.9 1. ni, col. 164.

faire le coopérateur de Dieu et prouver en soi-même l'efficacité de l'action divine. Quant à la pureté, à Fillumination et à la perfection reçues de Dieu, chaque ordre en profite d'abord personnellement, puis les communique à l'ordre qui vient après, celui-ci au suivant, et ainsi de suite jusqu'au dernier (i). Sans expliquer la raison d'être de chacun des neuf ordres, le pseudo-Denys les divise en neuf chœurs et en trois hiérarchies superposées : la première, plus rapprochée de Dieu, plus intimement unie à l'être divin, se compose des Séraphins , esprits brûlants d'amour qui enflamment les autres, des Chérubins, remplis de la science divine dont ils illuminent les autres, et des Trônes, dont le nom indique un état suréminent. La seconde, qui sert d'intermédiaire, comprend les Dominations, esprits libres et sans crainte, qui dominent les autres, les Vertus, forces puissantes qu'ils communiquent aux autres, et les Puissances toujours invinciblement dirigées vers les choses de Dieu. La troisième, plus éloignée de Dieu et plus rapprochée de l'homme, compte les Principautés, les Archanges et les Anges. Ces trois hiérarchies et ces neuf ordres sont unis entre eux comme les anneaux d'une même chaîne. Chaque ordre, outre sa perfection propre, possède éminemment celle des ordres inférieurs ; et ceux-ci» sans pouvoir atteindre à la perfection des ordres plus élevés, s'appliquent cependant à l'imiter du mieux qu'ils peuvent (2).

Saint Grégoire range les neuf chœurs d'une manière différente, sans les classer méthodiquement en trois hiérarchies. Et, au lieu de scruter les propriétés ou les perfections intrinsèques de chaque chœur, il

1. Coel. hier., m, vu, ix; Pair, gr., t. m, col. i65 sq. — a. Ibid., ix, col. 257.

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