Cal. Rom., I, art. xi, i-i
fait appeler ainsi le bonheur souverain, c'est d'écarter complètement l'idée que la félicité puisse consister dans des choses matérielles, fragiles et passagères. Le mot bonheur n'exprimait pas assez ce dont il s'agit ici, parce qu'il s'est rencontré des hommes, enflés d'une sagesse vaine, qui ont placé le souverain bien dans la jouissance des choses sensibles. Tout cela vieillit et périt ; le bonheur, au contraire, n'est limité par aucune durée ; il dépasse par conséquent tous les biens terrestres, dont l'amour et la possession constituent le plus grand obstacle à la vraie félicité. Aussi est-il écrit : « N'aimez point le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est point en lui ; » et plus bas : « Le monde passe, et sa concupiscence aussi (i). » Voilà ce qu'il est à propos d'inculquer dans l'esprit des fidèles, pour leur inspirer le mépris des choses de la terre et les persuader qu'il n'y a pas de vrai bonheur en ce monde, où nous ne sommes que des passagers, et non des citoyens. Sans doute on peut dire que nous sommes heureux dans cette vie par 1 espérance, si nous renonçons à l'impiété et aux convoitises mondaines, si nous vivons dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété, en attendant la bienheureuse espérance et l'apparition glorieuse de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ (2). Mais beaucoup, qui passaient pour sages à leurs yeux, n'ont pas saisi cette vérité ; ils ont cru qu'il fallait chercher le bonheur sur la terre ; devenus insensés, ils sont tombés dans le dernier des malheurs. »
2. La vie éternelle est inamissible. — «Cette expression de vie éternelle nous avertit encore que le bonheur, une fois acquis, ne peut plus se perdre, quoi qu'en aient pensé quelques-uns, contrairement à la vérité ; car la félicité «omprend tous les biens, sans le moindre mélange de mal ; et, puisqu'elle doit remplir tous les désirs de l'homme, il faut qu'elle soit éternelle. Celui qui est heureux ne saurait s'empêcher, en effet, de désirer ardemment de jouir sans fin de ce qui constitue son bonheur. Dans