‹ Le catéchisme romainChapitre 222 sur 230 · LA VIE ÉTERNELLE · texte numérisé non relu

LA VIE ÉTERNELLE

le cas contraire, la crainte et l'anxiété deviendraient un tourment. »

3. Grandeur de la félicité. — « La félicité des élus, dans la patrie céleste, est immense. Seuls, ils peuvent la comprendre ; pour nous, c'est difficile, car elle dépasse toutes nos conceptions. Dès que, pour désigner un objet, on emploie des termes communs à plusieurs choses, c'est une preuve qu'il manque une expression appropriée pour désigner exactement ce dont il s'agit. Or le bonheur est exprimé ici par des mots qui ne s'appliquent pas plus nécessairement aux bons qu'à ceux qui vivront éternellement ; d'où l'on peut conclure que c'est une chose trop élevée et trop excellente pour qu'il soit possible d'en donner une idée adéquate, en le nommant par un nom propre. Aussi trouve-t-on dans l'Ecriture plusieurs expressions pour le désigner: royaume de Dieu, de Jésus- Christ, des deux ; paradis ; cité sainte; Jérusalem nouvelle ; maison du Père ; mais aucune n'en exprime exactement toute la grandeur. Raison de plus pour les pasteurs de saisir l'occasion, en expliquant ce que ce mot de vie éternelle comprend de biens et de récompenses, d'exciter les fidèles à la piété, à la justice, à la pratique de toutes les vertus chrétiennes. La vie est le plus grand bien que nous puissions naturellement désirer. Or, le bonheur nous est présenté sous cette idée, quand on l'appelle la vie éternelle. D'autre part, si l'on n'aime rien tant que cette vie si courte et si misérable, si sujette à tant de maux, qu'on devrait l'appeler plutôt une mort, si l'on ne trouve rien de plus précieux et de plus agréable, avec quel zèle, avec quelle ardeur ne faut-il pas rechercher cette vie éternelle, exempte de tous les maux et possédant la plénitude parfaite et absolue de tous les biens ? »

2° Nature du bonheur éternel. — i. Exemption de tous les maux. — « D'après les saints Pères, le bonheur de la vie éternelle comprend à la fois la délivrance de tous les maux et la jouissance de tous les biens. Sur l'exemption de tous les maux, l'Ecriture renferme des textes aussi clairs que possible. Nous lisons dans Y Apocalypse : « Les élus n'auront plus *a;~ ils [n'auront plus

soif ; V ardeur du soleil ne les accablera plus, ni aucune chaleur brûlante (i)... Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il ny aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu (2). »

2. Jouissance de tous les biens. — « Les bienheureux jouiront d'une gloire immense, de tous les genres de joie et de délices. Impossible ici-bas de comprendre l'immensité de la gloire, d'en concevoir la moindre idée. Aussi, pour satisfaire pleinement le désir de notre âme, est-il nécessaire d'entrer dans la joie du Seigneur et d'y être plongé. Il est bien plus facile, dit saint Augustin, d'énumérer les maux dont nous serons alors délivrés que les biens et les voluptés dont nous jouirons. Il faut cependant que les pasteurs essaient d'expliquer clairement et brièvement ce qu'ils jugeront propre à exciter, chez les fidèles, le désir d'acquérir cette souveraine félicité. »

3. Béatitude essentielle. — « Il convient de distinguer, avec les auteurs ecclésiastiques les plus graves, deux sortes de biens qui composent le bonheur éternel : ceux qui en constituent l'essence et ceux qui sont accidentels. La vraie béatitude, celle qu'on peut appeler essentielle, consiste dans la vision de Dieu et la jouissance de sa beauté, principe et source de toute perfection et de tout bien. Notre Seigneur a dit : « La vie éternelle, c'est quils vous connaissent, vous, le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ (3). » Saint Jean semble expliquer cette parole, quand il dit : « Mes bien aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons un jour n'a pas été encore manifesté; mais nous savons qu'au temps de cette manifestation, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est (4). » Il nous fait entendre, en effet, que la béatitude consiste en deux choses : à voir Dieu tel qu'il est en lui-même et dans sa propre nature, et à devenir comme des dieux. Ceux qui jouissent de Dieu, conservent toujours, il est vrai, leur propre substance ; cependant ils reçoivent en

1. Apoc, vu, 16. -* a. Apoc, xxi, 4. — 3. Joan., xvn, 3. — i. I Joan.9 ta, 2*

Page 1