LA VIE ETERNELLE 7O
même temps une forme admirable et comme divine, qui les fait paraître plutôt des dieux que des hommes. »
4. Mode de la vision béatijique. — ci Aucune chose ne peut être connue que par elle-même et par sa propre substance, ou par son image et par sa ressemblance. Or, il n'est aucune image ou ressemblance de Dieu qui puisse nous donner de lui une connaissance parfaite. Pour voir donc son essence et sa nature, il faut que cette divine essence daigne s'unir à nous. C'est ce que signifient ces mots de l'Apôtre : « Maintenant nous voyons dans un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face (i). » Par cette énigme, saint Augustin entend une image propre à nous faire connaître Dieu par la ressemblance. Saint Denys confirme cette vérité, quand il dit que les images des choses inférieures ne peuvent servir à faire connaître les choses supérieures. Par l'idée d'une chose matérielle, on ne peut concevoir la substance et la nature d'une chose spirituelle, parce qu'il faut que les idées soient moins grossières et plus spirituelles que les objets qu'elles représentent, comme il est facile de s'en convaincre par la connaissance que nous avons de chaque chose. Or, l'image d'une chose créée ne saurait être aussi pure, aussi spirituelle que Dieu lui-même ; par conséquent rien ne peut ici-bas nous donner une connaissance exacte de la nature divine.
u D'ailleurs toutes les créatures sont bornées et limitées dans leurs perfections ; Dieu, au contraire, est infini. Rien de créé ne peut donc représenter l'immensité divine. Et ainsi il ne reste qu'un seul moyen de le connaître dans son essence, c'est qu'il s'unisse à nous, qu'il élève notre esprit d'une manière incompréhensible au-dessus de lui-même, et qu'il nous rende par là capables de le contempler face à face.
« La lumière de gloire réalisera en nous cette vision lorsque, éclairés par sa splendeur, nous verrons Dieu, la vraie lumière, dans sa propre lumière (2). Eternellement les bienheureux verront Dieu présent ; ce bienfait,
i. I Cor., xiii, 12. — 2. Ps.t xxxv, 10,
le plus excellent et le plus admirable' de tous, les rendra participants de la nature divine et les mettra en possession du véritable solide bonheur. Telle est la félicité que nous devons croire et attendre en toute assurance de la bonté de Dieu, comme l'enseigne le symbole des Pères : « J'attends la résurrection des morts et la vie du siècle futur. » Choses vraiment divines, qu'il est impossible de comprendre et d'expliquer, mais dont on peut voir quelque image dans les choses sensibles. C'est ainsi que le fer que l'on met au feu, prend la forme de feu et paraît être du feu bien que sa substance ne soit pas changée ; de môme ceux qui sont introduits dans la gloire céleste, sont tellement enflammés par l'amour de Dieu que, tout en ne perdant pas leur nature, il diffèrent beaucoup plus de ceux qui vivent sur la terre que le fer brûlant diffère du fer froid. D'un mot, le bonheur souverain et absolu, que nous appelons essentiel, consiste dans la possession de Dieu ; car à qui possède le Dieu très bon et très parfait, rien ne manque pour le parfait bonheur. »
5. Béatitude accidentelle. — « D'autres jouissances, communes à tous les saints, s'ajoutent à ce bonheur ; étant plus à la portée de notre esprit, elles ont d'ordinaire plus de force pour toucher notre cœur et exciter nos désirs ; de ce genre sont la gloire, Vhonneur, la paix pour quiconque fait le bien (i), dont parle l'Apôtre aux Romains. Les bienheureux, en effet, jouissent non seulement de la gloire qui constitue la béatitude essentielle ou qui en est inséparable, mais encore de cette autre gloire qui résultera de la connaissance claire et distincte que chacun possédera du mérite et de l'élévation des autres.
u Ne sera-ce pas aussi un grand honneur pour les saints d'être appelés par le Seigneur, non plus ses esclaves, mais ses amis, ses frères, ses enfants? C'est pourquoi Notre Sauveur adressera à ses élus ces paroles pleines d'amour et très honorables : « Venez, les bénis de mon Père : prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès Vorigine du monde (2). » Ne sommes-nous pas en
i. Rom.f u, 10. — *. Matth., xxv, 34.