‹ Le catéchisme romainChapitre 3 sur 230 · DIEU, DISTINCT DU MONDE II · texte numérisé non relu

DIEU, DISTINCT DU MONDE II

absolue, il se distingue de tout être composé soit de matière, soit de puissance et d'acte, soit de genre et d'espèce. En lui, l'être, l'essence et la substance s'identifient, et il ne saurait avoir ni le même être, ni la même essence, ni la même substance que le monde. Enfin, par son immutabilité, il se distingue de tout être changeant et variable.

Pour mieux répondre aux erreurs, le concile déclare cette distinction réelle, essentielle, substantielle ; réelle, c'est-à-dire objective et non de simple raison ou virtuelle ; essentielle, c'est-à-dire que Dieu ne se distingue pas du monde comme un individu d'un autre individu de la même espèce, mais comme un être se distingue d'un autre être qui a une nature différente; substantielle, c'est-à-dire que la substance de Dieu n'est pas celle du monde. De plus, pour atteindre ceux qui regardent le monde comme un mode accidentel de la substance divine, le concile précise en disant que la substance de Dieu et du monde n'est pas unique et la même. Donc Dieu et le monde ne forment pas un composé substantiel; Dieu ne joue vis-à-vis du monde ni le rôlo de la forme vis-à-vis de la matière, ni le rôle de l'âme vis-à-vis du corps humain. Enfin il ajoute que cette distinction est infinie, car Dieu « bienheureux en lui-même et par lui-même est élevé indiciblement au-dessus de tout ce qui est et peut se concevoir en dehors de lui (i). »

2° Nature de la création. — Dieu et le monde étant absolument distincts, Pexistence du monde ne peut s'expliquer que par sa création. C'est ce que déclare le concile, en décrivant la nature, les caractères et l'objet de la création. « A cause de sa

i. ConsU Dei FUlus, c. i, J i,

bonté et par sa vertu toute puissante, non en vue d'augmenter sa béatitude, ni pour acquérir sa perfection, mais pour la manifester parles biens qu'il accorde aux créatures, ce seul Dieu véritable, par un dessein absolument libre, a fait de rien ensemble, au commencement du temps, la double créature spirituelle et corporelle, c'est-à-dire les anges et le monde, et ensuite la créature humaine, comme réunissant l'esprit et le corps dans sa constitution (i). »

A cet exposé doctrinal correspond le canon suivant : « Anathème à qui ne reconnaîtrait pas que le monde et toutes les choses qui y sont contenues, les spirituelles et les matérielles, ont été prochiites de rien par Dieu, dans la totalité de leur substance; ou dirait que Dieu a fait la création non par une volonté libre de toute nécessité, mais aussi nécessairement qu'il s'aime lui-même; ou nierait que le inonde a été fait pour la gloire de Dieu (2). »

Paragraphe et canon sont de la plus haute importance. Il convient d'y insister.

La création est une production ou l'acte d'une cause qui donne l'existence à un effet. Mais c'est une production d'ordre à part et unique, qui ne suppose rien qui précède l'être créé ou fournisse la matière dont il est fait. Créer ex nihilo ou de nihilo, selon les expressions du concile, c'est faire quelque chose de rien. Mais ce mot rien n'indique pas une cause matérielle. Créer c'est donc faire qu'une chose qui n'était point, soit; ce verbe exprime le passage du néant ou du non-être à l'être, à l'existence. Ce n'est donc pas une simple production de mode, mais une production de substance. C'est là ce qui différencie essentiellement l'acte du créateur de

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