LES ANGES
certains Pères d'après laquelle les anges auraient été créés avant la matière. Saint Thomas, qui connaissait le texte du concile de Latran, n'a vu dans le mot simul que l'expression de l'unité du plan de la création contre les origénistes. Il est certain que ce concile a eu en vue particulièrement les albigeois, qui attribuaient au démon la production de la matière et du corps humain, et il a marqué par l'emploi de l'adverbe simul que les anges n'ont pas été créés avant la matière. Mais il n'a point fait de la simultanéité de date un objet propre de sa définition; on doit en dire autant du concile du Vatican qui, en reproduisant le texte du concile de Latran, en a conservé le sens. Rien du reste ne prouve que les Pères du concile du Vatican aient voulu décréter la simultanéité de temps plutôt que la communauté d'origine. Toutefois l'emploi des mots ab initio temporis, qui suivent simul, laissent clairement entendre que les anges et les corps ont été créés les uns comme les autres, au commencement, c'est-àdire en même temps ; c'est donc une vérité que l'on peut regarder comme certaine.
3. La nature des anges se trouve nettement déterminée par les textes conciliaires. Les anges sont des esprits, c'est-à-dire des êtres intelligents et libres ; de purs esprits, c'est-à-dire des esprits sana corps. Dieu, disaient les symboles de Nicée et de Constantinople, a créé des êtres invisibles ; cette expression pouvait s'appliquer à l'âme ou à des corps très subtils. Pour couper court à toute difficulté, le concile du Vatican appelle les anges des esprits et les oppose aux corps, ce qui dénote des créatures spécifiquement différentes : les anges ne sont pas des corps. De plus, en les opposant aux hommes, qui sont composés de matière et d'esprit, il montre par là que les anges sont uniquement des
esprits, nullement destinés à être unis à un corps, et que s'ils apparaissent sous forme de corps c'est simplement pour se manifester à l'homme et non par une nécessité de nature. Par là se trouvent condamnées et l'opinion des Pères qui attribuaient aux anges des corps subtils, et l'opinion des platoniciens, des philosophes et des spirites contemporains qui attribuent aux anges la même nature que celle de l'âme.
k. Que les anges aient été élevés à V ordre surnaturel, c'est une vérité certaine, clairement indiquée par l'Ecriture et enseignée par les Pères, et qu'on ne peut rejeter. Qu'ils aient été élevés à cet ordre en môme temps que créés, c'est une opinion qui reste libre. En tous cas, la chute des mauvais anges est un dogme de foi catholique : « Diabolus, dit le concile de Latran, et alii daemones u Deo quidam natura creali sunt boni, sed ipsi per se facli sunt mali (i). » Quant à la nature de la faute qu'ils ont commise, il n'y a rien de défini. Ce qui est certain, c'est que leur chute est regardée comme définitive, et que l'opinion d'Origène à cet égard a été universellement réprouvée.
5. L'Eglise n'a rien défini touchant le nombre et le rang des ordres angéliques. Il y aurait témérité à repousser l'existence des neuf ordres, dont la mention se trouve dans l'Ecriture. Quant à la division de ces ordres en trois hiérarchies, elle est due uniquement à la spéculation humaine et se trouve autorisée par les plus grands noms de la théologie.
6. L'Ecriture renferme de nombreux passages relatifs aux fonctions angéliques, soit auprès de Dieu, soit auprès des hommes. Les anges remplissent des fonctions auprès de nous, rien de
i. Denzinger, n. 355.