Hœckel, Les énigmes de l'univers, p
lions tranchantes et de ses conclusions erronées ; mais en revanche son sectarisme antireligieux et anticatholique ne connaît pas de mesure et se donne libre carrière ; il fait penser à Homais faisant de l'anthropologie. « Car on a bien des spécialistes dans la famille de M. Homais. On peut faire de l'anthropologie, aussi bien que de la pharmacie, l'objet d'une compétence, que rien n'autorise à mettre en doute. Hors de cette compétence, on écrase l'infâme et on pourvoit au bonheur futur de l'humanité par la Science exclusivement. C'est là le caractère commun. D'autres caractères en découlent dont M. Hœckel nous offre également des exemples privilégiés, une incorrigible mégalomanie philosophique, une tendance incoercible à abuser d'une science qui méconnaît ses limites, l'habitude de voir gros et de parler fort, la passion des hypothèses aventureuses et simplistes, des mots sonores et des phrases brillantes, un imperturbable dogmatisme, un prurit de déchirer et de maculer les doctrines et les institutions, qui résistent ou qui dépassent(i). » Tout porte à croire qu'en écrivant Les énigmes de Uunivers, ce n'est pas seulement son testament philosophique que Hœckel a composé, mais encore Tépitaphe du Monisme.
IL Le Monde inorganique
Le monde inorganique existe, c'est un fait : d'où vient-il? comment s'est-il formé? Double question, question d'origine et question de formation, à laquelle il faut répondre.
i. Baudin, Une somme du monisme, p. 4C7.
ORIGINE DE LA MATIERE 8l
i° Question d'origine. — i. A cette question : doà vient le monde de la matière ? la foi répond : Dieu Va créé de rien. La philosophie traditionnelle et le rationalisme spiritualiste répondent de même. Le dogme de la création du monde matériel est inscrit à la première ligne de la première page de la Bible ; il fait partie du premier article du symbole et a été de nouveau formellement enseigné par le concile du Vatican (i). »
2. Que peut répondre la science positive? Rien, absolument rien ; car elle fait profession de ne rien décider que sur des preuves expérimentales. Or, comme l'avoue Littré, « l'expérience n'a prise aucune sur les questions d'essence et d'origine (2). » L'origine du monde inorganique échappe donc à son domaine et à sa compétence, puisqu'elle ne peut pas être constatée ou contrôlée directement par l'expérience.
3. Mais s'il est vrai qu'au nom de sa propre méthode la science positive ne peut rien répondre, il n'en est pas moins certain qu'elle a essayé d'y répondre quand même. Dans ce cas, elle s'est mise en contradiction avec elle-même, elle a péché par illogisme. Sortant de sa sphère, elle s'est prononcée au nom de la raison, mais nullement au nom de l'expérience ; et ce n'est pas en vertu de la méthode scientifique qu'elle a rejeté le dogme de la création, mais parce qu'il suppose l'intervention d'une volonté particulière, surnaturelle, miraculeuse, et parce que la science prétend ne pas pouvoir admettre le miracle.
4. Aussi qu'est-il arrivé? C'est que, pour rejeter le miracle de la création, elle est obligée de supposer
1. Gonst. Dei Filius, c. 1, S 2 et can. 5. — 2. Littré, La science au point de vue philosophique, Paris, 1873, p. 33a.
un miracle plus mystérieux encore, ou plutôt une impossibilité métaphysique, celle d'un monde ayant en soi la raison suffisante de son existence.
Ou le miracle de la création ou l'absurde, pas de milieu. Nous ne prétendons pas « expliquer le comment de la création ; nous avouons humblement qu'il y a dans le passage du non-être à l'être, dans la production des choses sans matière préexistante, un mystère impénétrable pour l'intelligence humaine. Mais là où la doctrine catholique propose un mystère, le panthéisme (matérialisme, positivisme, monisme) est réduit à placer, ce qui est pire sans doute, une contradiction et une absurdité palpable (i). » D'illustres savants, Kepler, NeAvton, Laplace lui-même, Leverrier, Faye, d'autres encore, ont reconnu loyalement que l'existence du monde de la matière ne saurait s'expliquer que par l'intervention divine, par la création. N'insistons pas.
2° Question de formation. — i. Le monde de la matière a été créé immédiatement par Dieu ; comment a-t-il été formé ? A cette question la foi ne fait pas de réponse: rien n'a été défini jusqu'ici. Par suite le champ est libre ; et les sciences cosmologiques, à la condition de rester fidèles à leur propre méthode, peuvent essayer de résoudre le problème ; tout conflit entre elles et la foi semble impossible. Nous verrons plus loin ce que renferme la première page de la Bible.
Voici, en attendant, ce que dit la science. Elle constate d'abord un fait, c'est que le monde en général et la terre en particulier n'ont pas toujours existé tels qu'ils sont actuellement. Ils ont passé
i. Freppel, Les Apologistes du II9 siècle, Réfutation du Monisme.