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III. Le monde organique : la vie

En dehors de la matière inorganique, il y a des êtres organisés, des êtres vivants, les plantes et les animaux. Ils vivent : qu'est-ce à dire ? A en croire un physiologiste éminent, Claude Bernard (f 1878) la physiologie moderne est impuissante à définir la vie et doit se contenter, faute de mieux, de distinguer les êtres vivants des corps bruts par certains traits caractéristiques : ils sont organisés, ils se nourrissent, ils se développent, ils se reproduisent. Or, pour eux comme pour la matière, se pose la double question : d'où viennent-ils ? comment ont ils paru sur la terre ? une question d'origine, une question de développement.

i° Question d'origine des êtres vivants. — i.D'oùvientla vie ? L'enseignement révélé répond : du Dieu vivant ; Dieu est l'auteur de la vie.

Que répond la science? Elle constate un fait, c'est que la vie, au témoignage positif de la géologie et de la paléontologie, n'a pas toujours existé sur notre globe ; car, dans la série des couches terrestres qui se sont succédées, on découvre celles qui sont primitives et qui ne portent pas la moindre trace d'un être vivant, plante ou animal. Impossible, par conséquent, de recourir ici comme pour l'atome, la force et le mouvement, à l'hypothèse de l'éternité. Mais la science proclame en outre une loi, prouvée

par l'expérience, c'est que tout être vivant vient d'un être vivant. On a beau remonter tant qu'on voudra, force est de recourir, en dehors et au-dessus de la série des êtres vivants, à la cause de la vie, au vivant par excellence, à Dieu, et d'accepter le dogme de la création de la vie. Et par là la science vraie résout la question tout comme la foi.

2. Aussi les plus intrépides matérialistes sont-ils déconcertés par l'apparition de la vie sur notre globe. Et, en face de ce problème, qu'ils sont absolument impuissants à résoudre, les plus sincères, par exemple Tyndall (f i8g3), Huxley (f 1895), Dubois-Reymond (y 1896), Virchow (f 1902), déclarant qu'il y a là un mystère qui les dépasse. On se contente donc de relever, dans l'étude des couches terrestres, les traces des êtres vivants et d'en dresser minutieusemeut les textes.

3. Les partisans de la nébuleuse primitive s'appliquent à expliquer les changements successifs qui ont rendu possible l'apparition de la vie. a Les débuts de la vie continentale, dit M. de Lapparent, ont été caractérisés par le règne à peu près exclusif des végétaux, dont rien ne contrariait la croissance, se développant par une température simplement tropicale, au sein d'une atmosphère humide, sans doute chargée de nuages, qui ne laissaient arriver à la terre que des rayons diffus. Les seuls animaux terrestres que cette végétation ait abrités sont ceux dont les congénères actuels recherchent l'ombre, ^t l'éclat des couleurs qui fait aujourd'hui le charme de la nature n'avait, à cette époque, aucune raison de se manifester (1). » « L'étude de la flore des Jtemps primitifs prouve que, jusqu'au milieu de

~i. De Lapparent, loc. cit., p. i5g5 ; cf. Saporta, Le monde 'des plantes, p. 170 sq ; Gontejean, Géologie et Paléontologie, p. 579 sq.

l'époque secondaire, une végétation essentiellement tropicale a régné sur la terre, de l'équateur aux pôles, à la faveur d'une température uniforme de vingt à vingt-cinq degrés. Aux époques reculées, il n'y avait ni saisons ni climats (i). » C'est dans la première partie de cette période, ajoute M. Faye, que « le soleil prend figure et grandit ; la terre s'en rapproche de plus en plus, et la durée de sa révolution diminue rapidement. La radiation solaire, devenue plus intense, commence à compenser la diminution progressive de la chaleur centrale. Dans la seconde partie de cette période (secondaire), les saisons font sentir leur influence. Les climats commencent à se dessiner et à modifier puissamment la faune et la flore secondaires (2). » « Le soleil est près d'arriver à sa forme actuelle. L'atmosphère, purifiée par la végétation carbonifère, permet également à la lune et aux étoiles d'être aperçues de la terre. Et la science avec la Bible peut déjà dire que le soleil, la lune et les étoiles sont devenus des signes pour les saisons, pour les jours, pour les années (3). »

Dès le début de la période tertiaire, que caractérise, d'après M. Faye, la pleine illumination solaire, le soleil aura atteint son maximum d'activité. Il ne recevra plus d'accroissement dans sa masse, et il sera entouré d'une photosphère complète (4). Quant à la terre, purifiée par la végétation, elle est prête à recevoir de nouveaux animaux : ce sont les reptiles. Durant l'époque secondaire, « les vertébrés de la famille des reptiles ont régné en maîtres à la surface du globe ; c'est à peine si l'on retrouve

1. Faye, loc. cit., p. 282. — 3. Faye, loc. cit., p. 290. — 3. Robert, La création d'après la Genèse et la science, dans la Revue biblique, Paris, 1894, t. III, p. 3Q3. — 4. Faye, loc. cit., p. 290.

les vestiges des quelques mammifères inférieurs, précurseurs de l'âge à venir ; et les oiseaux, qui ont apparu vers la fin de cette division des temps géologiques, possèdent des caractères mixtes qui les rapprochent beaucoup des reptiles (i). » La paléontologie constate, à cette époque, l'existence de grands monstres marins de la famille des reptiles, et celle de quelques reptiles volants.

Vient alors l'époque tertiaire ; c'est l'époque où « les mammifères, longtemps atrophiés, se développent avec une vigueur extraordinaire et prennent possession du globe (2). » A la suite de ces apparitions successives des diverses espèces qui constituent la flore et la faune des premiers âges, la présence de l'homme est constatée : c'est l'ère actuelle. (( L'ère moderne ou quaternaire, dit M. de Lapparent, est caractérisée par l'apparition de l'homme sur le globe (3). »

Comme on le voit, la science, appuyée sur la géologie et la paléontologie, relève dans la série des eouches terrestres l'apparition successive des êtres vivants; c'est un fait positif qu'elle constate. Mais elle se garde bien de trancher une question qui n'est pas de sa compétence, celle de l'origine de ces divers êtres vivants, plantes et animaux ; car ici c'est à la métaphysique de se prononcer où à la foi d'intervenir.

i [\. Une aussi sage discrétion n'a pas été universellement observée. Il est des savants, en effet, qui s'obstinent, en dépit de l'évidence, à vouloir expliquer Fapparition de la vie sur le globe sans aucune intervention divine ; ils sont ainsi forcés de prêter à la matière inorganique une force créatrice, qui

1. De Lapparent, loc. cil., p. 909. — 2. De Lapparent, loc. cit., p. 121 1. — 3. De Lapparent, loc. cit., p. i338.

rend le mystère plus insondable encore et plus répugnant pour la raison, car le plus ne saurait sortir du moins, ni la vie de ce qui ne la possède pas et en est la négation ; en fin de compte ils doivent recourir à l'hypothèse, démontrée fausse, de la génération spontanée. Cette hypothèse fût-elle vraie, du reste, qu'elle ne supprimerait pas l'action de Dieu. Mais, en fait, elle ne repose sur aucune preuve d'expérience, et Pasteur en a fait justice, il y a près d'un demi-siècle, par ses célèbres expériences sur les ferments. Et dès lors le passage de l'inorganique à l'organique, de la matière brute à la matière vivante reste à trouver : scientifiquement il est inexplicable.

« On pourrait faire un livre, dit à ce sujet Mgr Duilhé, d'un intérêt piquant sous ce titre : Un matérialiste à la recherche d'une transition naturelle de Vinorganique à l'organique. Jamais odyssée ne fut plus féconde en péripéties de toute sorte. Il serait aussi curieux qu'instructif de raconter sur ce sujet, les illusions, les déceptions, les mystifications du monisme, depuis les débats sur l'hétérogénie jusqu'à la faillite de la Société Carbone et Cio, reconnue incapable de donner naissance à la première plastidule ; depuis VEozon canadense, au nom si poétique et d'une existence si problématique, jusqu'à l'infortuné Bathybius Hoeckelii, si pompeusement annoncé au monde savant, si cruellement renié plus tard (i). » Le Bathybius, en effet, a été désavoué, dès 1879, par son premier inventeur Huxley, à Sheffield, et condamné définitivement, en 1882, par Milne-Edwards en pleine séance publique de l'Institut de Paris. Et quant à la faillite de la

1. Duilhé, Apologie scientifique, édit. Senderens, Paris, 190S i33.

Société Carbone et Cîe, elle a été formellement déclarée par l'un de ses plus grands prôneurs, Virchow. « On ne connaît pas, dit-il, un seul fait positif qui établisse qu'une masse inorganique, même de la Société Carbone et Cie, se soit jamais transformée en masse organique. Et pourtant, si je ne veux pas croire qu'il y ait eu un créateur spécial, je dois recourir à la génération spontanée ; la chose est évidente, tertium non datur. Quand une fois on dit: je n'admets pas la création et je veux une explication de l'origine de la vie, on émet une première thèse ; mais il faut arriver, bon gré, mai gré, a la seconde : ergo, j'admets la génération spontanée. Mais nous n'en avons aucune preuve ; personne n'a vu une production spontanée de matière organique ; ce ne sont pas les théologiens, ce sont les savants qui la repoussent... Il faut opter entre la génération spontanée et la création. A parler franchement, nous savants nous aurions une petite préférence pour la génération spontanée. Ah ! si une démonstration quelconque venait à surgir... Mais je pense que nous avons encore le temps d'attendre... Avec le Bathybius a disparu une fois de plus l'espoir d'une démonstration (i). »

20 Question du développement de la vie. — La vie a fait son apparition sur le globe et elle ne peut avoir pour origine que la cause première, Dieu créateur. Comment s'est-elle développée ? Comment ont paru les espèces différentes? Naissentelles les unes des autres ou sont-elles distinctes dès leur origine ?

La foi n'impose rien sur ce point particulier ; elle

i. Revue scientifique, 8 décembre 1S77.

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