‹ Le catéchisme romainChapitre 5 sur 230 · DIEU, AUTEUR DU MONDE · texte numérisé non relu

DIEU, AUTEUR DU MONDE

a Bénissez toutes le Seigneur, œuvres du Seigneur ! Louez-le et exaltez-le à jamais ! (i) »

Mais que la louange reste anonyme et inconsciente comme celle des êtres inanimés ou des êtres vivants mais privés de raison, qu'elle soit chantée par des êtres intelligents depuis la créature raisonnable jusqu'au Séraphin le plus élevé dans la hiérarchie céleste, ce n'est là, pour Dieu, qu'une gloire purement accidentelle qui n'ajoute rien à sa gloire essentielle. En créant le minéral, le végétal, l'animal, l'homme, Fange, Dieu n'a pu avoir en vue sa gloire interne objective ou formelle, puisque celle-là c'est sa gloire intime qu'il possède, connaît et loue pleinement lui-même, toujours infinie, toujours immuable, et que rien ni personne n'est capable d'augmenter ou de diminuer. Mais ce qu'il a voulu c'est sa gloire externe, et, en la voulant, il a lié intimement le bonheur et la félicité de la créature raisonnable à cette glorification. Libre à l'homme de se refuser à un tel acte : son abstention, qu'elle soit un effet de l'oubli et de la négligence, ou qu'elle ait le mépris et l'ingratitude pour mobile, ne saurait en rien atteindre Dieu ; mais à coup sûr elle atteint l'homme lui-même qui par là renonce au bonheur et à la félicité auxquels sa louange lui aurait donné droit.

4° La Trinité et la Création. — Dieu est la cause efficiente, exemplaire et finale de la création. Mais l'acte créateur n'est pas une évolution de sa substance, ni une transformation ou organisation d'une substance déjà existante. Rien ne préexiste au monde que sa cause qui est Dieu, et dans cette cause son type éternel, son exemplaire divin, que

i. Dan., m, 57-88.

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la toute-puissance réalise dans tout ce qui le constitue et le conditionne, par un acte sans effort, par une parole sans bruit; lequel acte étant posé, il y a du nouveau hors de Dieu, sans que son être en soit altéré ou modifié.

Mais la création est un attribut essentiel, puisqu'elle est un acte ad extra ; elle n'appartient donc pas à telle ou telle personne divine ; elle est l'œuvre collective de la Trinité. Les trois personnes en sont le seul et unique principe; elles agissent par leur commune nature, par l'intelligence et la volonté. L'intelligence fournit les prototypes des êtres, la volonté les fait passer à l'acte par la toutepuissance, de l'ordre idéal à l'ordre réel. C'est ce que saint Thomas explique en interprétant le texte de saint Paul : « De lui, par lui et pour lui sont toutes choses (i), » où le Dieu trine et un, l'alpha et l'oméga, est clairement désigné comme cause efficiente, exemplaire et finale, mais que par le principe d'appropriation on peut attribuer à chacune des trois personnes divines; délai, indiquant la première cause efficiente par la puissance qui est attribuée au Père ; par lai, indiquant la cause exemplaire par la sagesse qui est attribuée au Fils ; poar lai, indiquant la cause finale par la bonté qui est attribuée au Saint-Esprit. « Le Verbe, dit le P. Souben, est pour ainsi dire le lieu des idées, des formes intelligibles ; il émane du Père non seulement par la connaissance que le Père a de lui-même, mais encore par la connaissance qu'il a des choses avant qu'elles ne soient, par la connaissance des possibles ; c'est donc dans le Verbe que le Père a l'idée des choses qui sont susceptibles d'être créées à l'imitation de l'essence divine, et, par conséquent, le

t. Rom., xi, 36;

DIEU, AUTEUR DU MONDE Ig

Verbe devait coopérer à l'acte créateur. D'autre part,. la création est un acte d'amour efficace; Dieu a Voulu poser hors de lui des êtres sur lesquels sa bonté pourrait librement s'épancher. Mais qui ne voit dès lors quel'Espritd'amour est nécessairement intervenu dans cet acte d'amour (i) ? »

C'est ainsi que la création, œuvre de la Trinité tout entière, convient cependant à chacune des trois personnes sous des rapports différents. Mais elle appartient exclusivement à Dieu, c'est un privilège incommunicable. Sa créature, à raison de sa nature contingente ne saurait même pas servir de cause instrumentale, comme le prouve saint Thomas contre Avicenne et Pierre Lombard.

D'autre part, Dieu est éternel ; mais sa volonté, cause des choses, ne les produit pas nécessairement de toute éternité. En fait, la création a commencé avec le temps, selon ce mot de la Genèse : « Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre. » Mais ce mot au commencement a été entendu dans trois sens différents, selon les adversaires que l'on avait à combattre. Contre ceux qui soutenaient que le monde est éternel, on y a vu le commencement, l'origine du temps, le principe de la durée. Contre ceux qui professaient le dualisme, on y a vu le Principe, le Fils, la Sagesse, selon ces mots du prophète :

« Que tes œuvres sont nombreuses, ô Jéhovah ! Tu les a toutes faites avec sagesse (2). »

et ces autres mots de l'apôtre : « Cest en lui (dans le Fils) que toutes choses ont été créées, celles qui sont dans les deux et celles qui sont sur la terre, les choses

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