Denzinger, Enchir., n
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Alexandre VII, en i656 et i664, et par Clément XI, en 1705; de celles de Quesnel par Clément XI, en 1713(1); toutes ces erreurs, relatives à l'état du premier homme avant sa chute, ont été une fois de plus réprouvées, dans certaines propositions du synode de Pistoie, par le bulle Auctorem fidei de Pie VI en 1794 (2). Il est à regretter que le concile du Vatican ne soit pas revenu sur la question faute de temps, car il devait s'en occuper.
La vérité est qu'Adam et Eve ont été ornés gratuitement de dons préternaturels et qu'ils ont été élevés à l'ordre surnaturel. Que ces dons préternaturels, exemption de la maladie et de la mort, domination sur la concupiscence et empire sur les animaux, fussent ou non la conséquence de l'élévation à l'ordre surnaturel, toujours est-il que leur existence et leur transmission dépendaient du maintien de l'ordre surnaturel. L'ordre surnaturel étant conservé, ces dons préternaturels auraient été transmis par Adam à sa descendance. L'espèce humaine, comme l'enseigne saint Thomas (3), se serait perpétuée naturellement par voie de génération, mais sans la moindre trace de passion désordonnée ; l'enfant (4) aurait reçu la nature humaine avec tous les dons qui l'ornaient dans ses parents, notamment avec la justice et la grâce, sauf à être confirmé ensuite dans cet état après une épreuve légère. L'ordre surnaturel ayant été détruit en fait, tous ces dons ont été perdus pour Adam et pour ses descendants. Aujourd'hui que l'ordre surnaturel a été si magnifiquement restauré par le Christ, il se trouve que l'ordre préternaturel n'est pas encore relevé de ses ruines ; sa restauration est différée,
1. Denzinger, ibid., n. 1 249-1253. — 2. Denzinger, ibib., n» i379-i38o. — 3. Sum. theol., I, Q. xcvm. — 4. Sum. theol., I, Q. c, ci.
LA CHUTE l45
note le P. Souben (i), et toute créature soupire après l'heure où elle sera délivrée du joug du péché, où la mort sera détruite, où il y aura des cieux nouveaux et une terre nouvelle.
IL La chute
Le rationalisme sourit de l'histoire de la chute et la range volontiers parmi les fables propres à amuser les enfants ; procédé facile assurément, mais peu sérieux. L'hérésie, au contraire, a altéré la notion de la chute et en a exagéré les conséquences: c'est donc une raison d'en prouver l'existence et d'en bien définir la nature.
i° Le récit de la chute. — Comme source d'information, c'est à la Bible qu'il faut recourir, et, pour interpréter correctement le récit biblique, à l'Eglise.
Tout le monde connaît la page de la Genèse où se trouve racontée l'apparition, sur la terre, du mal moral et de son châtiment, le mal physique. Mais faut-il la prendre au pied de la lettre ou n'y voir qu'une expression symbolique ? Sur ce point particulier, l'Eglise n'a rien prescrit ; on sait que la réalité des faits n'exclut pas nécessairement toute image qui sert à les traduire, de même qu'un symbole n'exclut pas nécessairement la réalité des faits. Ici, quelle que soit l'exégèse que l'on préfère, il n'en reste pas moins qu'il est question de certains faits positifs, dont il importe de ne pas méconnaître la nature : l'épreuve, la tentation, la chute, le châtiment. « Voici, dit Bossuet, dans la faiblesse apparente d'un commencement si étrange du récit de
i. La création, p. 160.
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nos malheurs, la profondeur admirable de la théologie chrétienne. Tout paraît faible ; osons le dire, tout a ici en apparence un air fabuleux : un serpent parle ; une femme écoute ; un homme si parfait et très éclairé se laisse entraîner à une tentation grossière ; tout le genre humain tombe avec lui dans le péché et dans la mort : tout cela paraît insensé. Mais c'est ici que commence la vérité de cette sublime sentence de saint Paul : « Ce qui est en Dieu une folie (apparente) est plus sage que la sagesse des hommes ; et ce qui est en Dieu une faiblesse (apparente) est plus fort que la force de tous les hommes (i). »
Un personnage nouveau paraît en scène, c'est l'ange déchu, l'esprit des ténèbres, dans le premier acte de son rôle de tentateur, et sous la forme d'un serpent. « Sa malignité et sa jalousie le portent à détruire l'homme que Dieu avait fait si parfait et si heureux, et à subjuguer celui à qui il avait donné tant d'empire sur toutes les créatures corporelles ; afin que, ne pouvant renverser le trône de Dieu luimême, il le renverse autant qu'il peut dans l'homme qu'il a élevé à une si haute puissance (2). » Mais Thomme, bien qu'un peu au-dessous de l'ange, possède la plénitude de son intelligence et de sa liberté ; il est à Fabri de la concupiscence ; il est aidé par la grâce ; il a donc tout ce qu'il faut pour résister victorieusement à celui qui, privé de la grâce, n'a à son service que sa malice.
Pour attaquer l'homme « par l'endroit le moins fbrt et pour ainsi dire, le moins muni, » selon l'expression de Bossuet (3), Satan s'adresse à Eve de préférence. Ne pouvant rien sur l'appétit concupiscible de son être, qui est encore parfaitement sou-
1. 1 Cor., 1, 2 5 ; Bossuet, Elévations sur les mystères, \i9 sem., élév. 1. — 2. Ibid., éléy. n. — 3. Ibid.t éléy. u.