LA CHUTE
mis à l'empire de la raison, c'est aux facultés intellectuelles qu'il s'en prend. Par une insidieuse question, il pique sa curiosité et cherche à faire naître un doute dans son esprit. Eve a tort d'écouter et surtout de répondre. « Elle eût dû ne point parler du tout au tentateur, qui lui venait demander des raisons d'un commandement suprême, où il n'y avait qu'à obéir, et non point à raisonner (i). » Aussitôt Satan d'insinuer que Dieu avait attaché au fruit défendu une vertu divine, capable d'instruire sur le bien et sur le mal et de rendre parfait jusqu'à faire ressembler à des dieux ; après la curiosité indiscrète qu'il a excitée, c'est l'orgueil qu'il flatte- Eve regarde alors le fruit défendu avec complaisance ; elle veut satisfaire sa curiosité et son orgueil ; elle tend donc la main vers le fruit, le saisit et le porte à sa bouche : elle venait de désobéir à l'ordre formel de Dieu.
Mais elle donne de ce fruit à son mari qui en mange, et Adam se rend coupable de la même désobéissance. Sans doute, comme le remarque saint Paul (2), ce n'est pas Adam qui a été séduit, c'est la femme qui, séduite, est tombée dans la transgression ; mais si Adam a d'abord cédé à Eve plutôt par complaisance, il a fini par croire qu'il connaîtrait lui aussi le bien et le mal, qu'il serait un dieu. Et ainsi, pour la première fois, la faiblesse coupable s'imposait à la force et entraînait l'homme au mal, l'amour aveugle oubliait ses devoirs à la voix insinuante de la femme. La chute est consommée.
20 Gravité de la faute. — 1. La faute d'Adam «t d'Eve était grave, à quelque point de vue que l'on