‹ Le catéchisme romainChapitre 56 sur 230 · Ibid.> élév. iv. — a. I Tim · texte numérisé non relu

Ibid.> élév. iv. — a. I Tim

se place, qu'on la considère soit du côté de l'objet, soit du côté de l'agent, soit du côté des circonstances. Elle était commise en pleine connaissance de cause, dans Fentière possession du libre arbitre, et au milieu de tous les secours de la grâce. « Qui pourrait dire combien énorme a été le crime d'être tombé, en sortant tout récemment des mains de Dieu, dans une si grande félicité, dans une si grande facilité de ne pécher pas? Voilà déjà deux causes de l'énormité : la félicité de l'état d'où tout besoin était banni ; la facilité de persévérer dans ce bienheureux état, d'où toute cupidité, toute ignorance, toute erreur, toute infirmité était ôtée. Le précepte n'était qu'une douce épreuve de la sujétion, un frein léger du libre arbitre, pour lui faire apercevoir qu'il avait un maître, mais le maître le plus bénin, qui lui imposait par bonté le plus doux et le plus léger de tous les jougs. Il est tombé néanmoins, et Satan a été le vainqueur... A ces deux causes de l'énormité du péché d'Adam, ajoutons-y l'étendue d'un si grand crime qui comprend en soi tous les crimes, en répandant dans le genre humain la concupiscence qui les produit tous ; par lequel il donne la mort à tous ses enfants qui sont tous les hommes, qu'il livre tous au démon (i). »

2. Eve pécha la première ; sa faute est grave, mais elle n'entraine que sa propre déchéance ; et si Adam n'avait pas péché comme elle, il est à croire que la faute d'Eve n'aurait pas eu la répercussion du péché originel ; cette répercussion est due à la faute d'Adam, c'est-à-dire à la faute de celui qui portait en ses flancs le germe actif des futures générations. De ce que le père fournit le principe actif de la génération, tandis que la mère ne donne que la

i. Bossuet, Elévations, Yie sem., éléy. yii*.

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matière, saint Thomas conclut que ce n'est pas la mère, mais le père, qui transmet le péché originel ; il conclut en outre que si Eve avait prévariqué seule, ses enfants n'auraient pas contracté le péché originel, et que si Adam avait prévariqué seul, il aurait transmis le péché originel à ses descendants (i). Le péché de nos premiers parents a donc eu une exceptionnelle gravité ?

3. A la question de savoir s'il l'emporte en gravité sur les autres péchés, voici la sage réponse qu'y fait l'Ange de l'école. On peut distinguer deux sortes de gravité dans un péché : l'une qui vieut de l'espèce même du péché ; c'est ainsi, par exemple, que l'adultère est plus grave que la simple fornication ; l'autre qui tient à quelque circonstance de lieu, de personne, de temps. La première est essentielle et plus importante ; aussi rend-elle le péché plus grave que la seconde. D'après ce principe, le péché du premier homme ne fut pas, dans son espèce, plus grave que les autres péchés humains. Car, quoique l'orgueil ait dans son genre une supériorité de malice, l'orgueil qui porte à nier Dieu ou à le blasphémer est cependant plus coupable que celui qui fait désirer d'une manière déréglée la ressemblance avec Dieu ; et c'est de cette dernière sorte que fut l'orgueil de nos premiers parents. Mais si l'on considère la condition de la personne qui pèche, comme l'état de nos premiers parents était parfait, leur péché eut à cause de cela une grande gravité. On doit donc dire qu'il fut plus grave relativement et non absolument parlant (2).

4. Saint Thomas demande encore si le péché d'Adam fut plus grave que celui d'Eve (3). Voici $a

1. Sum. theol, Ia II» , Q. lxxxi, a. 5. — 2. Sum. theol, II* II?, Q. clxiii, a. 3. — 3. Sum. theol, 11» II» , Q. clxiii, a. 4.

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réponse. La gravité qui tient à l'espèce du péché l'emporte sur celle qui vient des circonstances. Or, à considérer la condition des deux coupables, le péché d'Adam était plus grave parce qu'il était plus parfait qu'Eve : à considérer le genre du péché, il est le même chez tous les deux, puisque c'est dans l'un et l'autre un péché d'orgueil ; mais à considérer l'espèce de l'orgueil, la femme fut plus coupable pour trois raisons. D'abord son orgueil fut plus grand que celui d'Adam ; car elle crut vrai ce que lui disait le serpent, à savoir que Dieu leur avait défendu de manger de ce fruit dans la crainte qu'ils ne devinssent semblables à lui. En mangeant donc de ce fruit pour ressembler à Dieu, son orgueil lui persuada qu'elle obtiendrait ce privilège malgré la volonté divine. L'homme ne se laissa point tromper ainsi ; il ne voulut pas obtenir malgré Dieu la ressemblance divine, mais il pécha par orgueil en espérant J'obtenir par ses propres forces. De plus Eve fut plus coupable, parce qu'elle fut la cause de la chute de son mari, en sorte qu'elle pécha contre Dieu et contre le prochain . Et enfin la faute d'Adam fut diminuée par sa bienveillance envers Eve.

3° Les effets de la faute. — Dieu avait dit à

Adam : « Le jour oà tu mangeras de ce fruit, ta mourras certainement (i). » Adam venait d'enfreindre Tordre divin, la mort devait le châtier.

i. Les effets de la désobéissance ne tardent pas à se faire sentir dans les coupables eux-mêmes : ce sont leurs yeux qui s'ouvrent, comme dit l'Ecriture, et aperçoivent un spectacle qui les fait rougir de honte. Cette lion le qu'ils ne connaissaient pas vient de l'éveil brutal de hur concupiscence, de la révolte

i. Gen., ii, 17.

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de leur chair. Au moyen de quelques feuilles de figuier ils parviennent à se cacher à eux-mêmes et ils cherchent à se dérober au regard de Dieu ; ils le redoutent donc maintenant comme un juge.

2. Quelle sentence va être la sienne? Une sentence de mort, ils le savent ; mais quelle mort ? Délibérément ils ont désobéi à Dieu, rompant ainsi l'union intime, surnaturelle, qui les unissait par des liens si étroits à leur Créateur ; et maintenant c'est fini de la grâce, de l'amitié divine, des perspectives de la gloire dans la vision béatifique et le bonheur éternel 1 Leur élévation à Tordre surnaturel est détruite !

3. Mais, en même temps et du même coup, c'est fini des biens préternaturels I leur révolte contre Dieu vient déjà de susciter la révolte de leur propre chair contre l'esprit et d'allumer ce triste foyer de la concupiscence qui va exercer son despotisme tyrannique; plus d'équilibre harmonieux, de hiérarchie dans leurs facultés spirituelles et organiques I L'intelligence sera obscurcie; la volonté aifaiblie ; leurs facultés naturelles seront désormais aux prises avec toutes sortes de difficultés qui paralyseront leur jeu. Plus d'immortalité I à la mort spirituelle, qui aurait été, sans la miséricorde de Dieu, une mort définitive comme pour les anges rebelles, s'ajoute la mort naturelle ; et bientôt le cadavre d'Abel leur livrera le terrible secret et la mystérieuse épouvante de ce qu'est cette mort naturelle.

4. Cette perte de la vie surnaturelle, ce dépouillement des privilèges, est-ce tout ? Et y a-l-il assez de ruines pour traduire la culpabilité de leur acte? Non, pas encore. L'homme, en particulier, est condamné à un travail continu, qui ne sera plus un exercice agréable, mais une corvée, une fatigue, une peine : il devra entrer dans une lutte sans trêve ni repos,

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contre une terre ingrate et des forces contraires ; il ne mangera plus son pain qu'à la sueur de son front. Quant à la femme, dans ce qui n'aurait été pour elle qu'un honneur et une gloire, sa fécondité sera son supplice : sa gestation sera laborieuse, son enfantement douloureux, sa maternité une menace pour elle et pour le fruit de ses entrailles.

En un mot, c'est la suppression de tous les privilèges préternaturels et surnaturels, et le retour ou plutôt l'abandon à la condition purement naturelle, condition en soi fort honorable, mais combien amoindrie, comparativement à ce qu'elle avait été, grâce aux libéralités divines, et à ce qu'elle aurait pu être, grâce au triomphe de l'épreuve ! Adam et Eve sortent de la chute indemnes quant à leur nature, mais les infirmités inhérentes à cette nature portent désormais avec elles le caractère indéniable d'une pénalité, dont plus que nous ils furent à même d'expérimenter les rigueurs, puisqu'ils purent comparer ce qui était avec ce qui fut.

Par sa désobéissance, Adam commet une faute personnelle qui entraîne, comme punition, la perte de tous les biens préternaturels et surnaturels, dont Dieu l'avait libéralement doté. Réduit à la possession exclusive de la nature humaine, demeurée intacte au milieu de tant de ruines, il ne peut donc transmettre à sa postérité, comme chef du genre humain et source de la vie, que ce qui lui reste, c'est-à-dire la nature humaine souillée par le péché et dépouillée de ses privilèges. De telle sorte que ce qui était, en lui, une faute personnelle, une privation de tous les biens gratuits,

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passe, par voie d'héritage, et comme faute et comme privation, à chacun de ses descendants. C'est là ce que renseignement chrétien appelle le péché originel ; péché mystérieux, dont l'existence, la nature et la transmission constituent l'un des dogmes les plus importants du catholicisme, et contre lequel on ne cesse de proposer les objections les plus spécieuses, les plus délicates et aussi les plus injustifiées. Car incrédules et rationalistes en méconnaissent la nature et prêtent à l'Eglise une doctrine, qui n'est pas la sienne, et dont l'absurde grossièreté passe hélas ! aux yeux d'un trop grand nombre pour l'expression de la vérité. Tout autre, est-il besoin de le dire, est l'enseignement catholique.

Voici comment le formulait le Catéchisme romain: m II faut se rappeler la perte que firent nos premiers parents de l'état heureux dans lequel ils avaient été placés. Dieu, en permettant à Adam l'usage de tout ce qui était dans le paradis terrestre, lui avait pourtant défendu de manger du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, sous peine de mourir le jour même où il en mangerait. Mais Adam n'ayant pas laissé que de lui désobéir et de transgresser sa défense, il tombe dans ce malheur affreux de perdre la sainteté et la justice, dans laquelle il avait été constitué, et devint sujet à une foule de maux, que le saint concile de Trente a expliqués fort au long. Mais il est certain que le péché et la peine du péché n'ont pas été bornés à Adam seul, et qu'Adam a été comme une source et comme un principe d'où ces deux choses ont passé avec justice à toute sa postérité (i), »

i° Les données scripturaires. — Que le péché

i. Cat. ronx.y I, a. n, a.

l5/| LE CATÉCHISME ROMAIN

originel existe, c'est ce que l'Ecriture Sainte ne permet pas de révoquer en doute. L'Ancien Testament y fait allusion. Job, d'après les Septante., prétend que personne n'en est exempt, pas même l'enfant d'un jour, ou, d'après l'hébreu, que personne ne saurait tirer le pur de l'impur (i). David s'écriait :

a Je suis né dans l'iniquité,

Et ma mère m'a conçu dans le péché (2). »

Quant au Nouveau Testament, il serait incompréhensible sans la croyance à l'existence d'une telle faute. Saint Paul en offre un texte classique d'une évidence inéluctable : ce Ainsi donc, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort. El ainsi la mort a passé dans tous les hommes, parce que tous ont péché... Mais Un en est pas du don gratuit comme de la faute. Car si, par la faute d'un seul, tous les hommes sont morts, à plus forte raison la grâce de Dieu et le don se sont, par la grâce d'un seul homme, Jésus-Christ, abondamment répandus dans tous les hommes. Et il n'en est pas du don comme des suites du péché d'un seul ; car le jugement a été porté à cause d'une seule faute pour la condamnation, tandis que le don amène la justification de beaucoup de fautes... Ainsi donc, comme par la faute d'un seul la condamnation est venue sur tous les hommes, ainsi par la justice d'un seul vient à tous les hommes la justification qui donne la vie. De même, en effet, que par la désobéissanced'un seul homme tous ont été constitués pécheurs, de même par l'obéissance d'un seul tous ont été constitués justes (3). »

L'interprétation de ce texte n'est pas sans offrir

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