Job., xiv, 4. — a. Ps.t l, 5. — 3. Rom., v
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des difficultés ; cependant il en ressort assez clairement que la mort y est considérée comme le châtiment du péché, non pas exclusivement la mort spirituelle, mais aussi et surtout la mort corporelle, dont le péché est la cause; et ce péché n'est pas le péché actuel, puisque la mort frappe même ceux qui sont incapables de le commettre, comme les enfants, mais le péché de la nature, celui que chacun apporte en naissant. Comment ce péché se trouve-t-il en nous ? Là est le mystère, dans cette participation au péché d'Adam, aussi réelle que difficile à expliquer. En tout cas, ce passage de l'apôtre légitime Pusage de l'Eglise, dès Tâge apostolique, de baptiser, et d'exorciser les enfants, non seulement les enfants des païens mais encore ceux des chrétiens, car la justification personnelle des parents n'est pas regardée comme un titre à l'exemption de la tâche originelle.
2° Le témoignage de la tradition. — Sur ces données scripturaires et conformément à cette pratique liturgique, les Pères de l'Eglise n'eurent pas de peine à prouver l 'existence du péché originel (i).
i. « Dans le premier Adam, dit saint Irénée, nous avons offensé Dieu en n'observant pas son commandement (2). )) « Nous mourons tous en Adam (3).»
Origène dit de son côté : « Il est prescrit dans la loi d'offrir, pour l'enfant qui vient de naître, uu
1. Cf. Petau, Dogm. theol, t. 1, X, 1 ; Seeberg, Lehrbuch der Dogmeiujescliickle, t. 1 ; Erlangen, 1895, A. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, 3 e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. ni ; Dornoi*, Augustinus. — Turmel, Histoire du dogme du péché originel, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuse, 1901 et 1902 ; Histoire de la Théologie positive , Paris, 1904 ; E. Porlalié, Saint-Augustin, dans le Diction, de ThéoL, t. 1, col. 2392-2398. — 2. Cont. haer., V, xvi, 3 ; Pair, gr., t. vu, col. 11G8. — 3. Ibid., 111, xxm, 8; col. 965.
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sacrifice de deux tourterelles ou de deux colombes, dont l'une doit être immolée pour le péché... Pour quel péché doit être sacrifiée cette tourterelle ? Estce que l'enfant qui vient de naître a pu pécher ? Il a cependant un péché pour lequel on offre un sacrifice, et il est écrit que personne n'est exempt de ce péché, pas même l'enfant d'un jour... C'est pour cela que l'Eglise a reçu des apôtres la tradition de donner le baptême aux enfants eux-mêmes (i). » « Voulez-vous savoir ce que les saints ont pensé de cette naissance ? Ecoutez ceUe parole de David : C'est dans l'iniquité que j'ai été conçu et c'est dans le péché que ma mère ma enfanté. Il nous apprend par là que toute âme, qui naît dans la chair, porte la tache de l'iniquité et du péché. C'est pour cela qu'il est écrit : Personne n'est exempt de souillure, pa$ même l'enfant d'un jour (2). »
Saint Cyprien se demande si l'homme peut être sans souillure et sans péché, et, appuyé sur le témoignage de Job et de David, il nous apprend que chacun de nous est souillé dès sa naissance. Il se demande si on peut arriver au ciel sans le baptême, et il répond négativement à cause du texte de saint Jean : Quiconque ne renaît pas de l'eau et de l'Esprit- Saint ne peut entrer dans le royaume de Dieu (3). Voici encore la réponse qu'il fait à Fidus sur la question de savoir s'il convient de baptiser les enfants : si l'on accorde la grâce du baptême à des adultes chargés de péchés, à plus forte raison faut-il la concéder au petit enfant, souillé seulement d'un péché auquel sa volonté n'a pas eu de part, c'est àdire de la contagion de l'antique mort contractée en Adam (4)<
1. In Rom., v, 9 ; Pair, gr., t. xiv, col. 1047. — 2. In Levit., vin, 3, Patr. gr., t. xn, col. 4q6. — 3. De test., ni, 54 ; Pair, lat., t. i\, col. 761. — 4. Conc.Carth., ni, 5; Patr. lat., t. ni, col. 1018.
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Mêmes sentiments dans Eusèbe de Césarie, parmi les grecs (i), et dans saint Hilaire, parmi les latins (2), ainsi que dans saint Ambroise (3). Si, avant eux, Clément d'Alexandrie déclare que les enfants n'ont rien fait (4), il s'agit de péchés actuels. Et si Tertullien prétend que les enfants nés de parents chrétiens sont purs, cela ne peut s'entendre que de toute faute consciente.
2. Les Pères ont aussi cherché à s'expliquer la transmission de cette faute mystérieuse. Tertullien, par exemple, sait fort bien qu'Adam coupable a contaminé toute sa race (5), que tout homme naît enfant de colère, enfant du démon, et reste exilé des cieux tant qu'il ne lui est pas donné de renaître par l'eau et le Saint-Esprit (6) ; mais il ne trouve à la transmission d'autre explication que le traducianisme.
Saint Ambroise, au sujet de la nature du péché originel, ne parle pas seulement de la peine ou de la douleur mais encore de la faute ou de la corruption morale. Nemo salvus esse possit, quicumque natus est sub peccato, quem ipsa noxiae conditionis haereditas adstrinxit ad culpam (7). Fuit Adam, et in illo fuimus omnes. Periit Adam, et in ilio omnes perierunt (8). Antequam nascamur, maculamur contagio (9).
L'Ambrosiastre commente ainsi le texte de l'épître aux Romains : « II est clair que tous ont péché en
1. InPs., l, 7; Patr. gr., t. xxm, col. 44o. — 2. In Ps., cxviii, 22, 6 ; Patr. lat., t. ix, col. 64 1. — 3. De pœnit. 1, i3 ; de Abrah., 11, 84- — 4. Strom., III, xvi ; Patr. gr., t. vni, col. 1200. — 5. De test, anim., m; Patr. lat., t. 1, col. Gi3. — C. De anima, xxxix, xl ; Patr. lat., t. 11, col. 719. — 7. In Ps.9 xxxvni, 29 ; Patr. lat., t. xiv, col. io53. — 8. In Luc., vin, 234 ; Patr. lat., t. xv, col. 1762.— 9. Apol. David, xi ; Patr. lat., t. xiv, col. 873.
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Adam, comme s'ils avaient formé un bloc avec lui. Quand notre père commun se fut souillé par le péché, tous ceux qu'il engendra naquirent sous la loi du péché (i). »
Ces divers témoignages prouvent la foi qu'on avait à l'existence du péché originel. Mais la question de sa nature et de sa transmission n'est pas encore pleinement élucidée. C'est que, d'un côté, les Pères grecs sont aux prises avec le gnoslicisme et le manichéisme, et l'accent de leur polémique se porte de préférence plutôt sur les forces naturelles de l'homme que sur la déchéance; mais ils n'en connaissent pas moins l'existence et la transmission de cette faute, car ils affirment que le genre humain a été condamné à cause de la chute d'Adam, qu'avec Adam nous avons tous mangé du fruit défendu et transgressé la loi, et que l'humanité est comme résumée en Adam. D'un autre côté, les Pères latins d'Afrique ont affaire au donatisme et au pélagianisme ; ceux-ci vont pousser plus à fond l'étude de la faute originelle eten dégager la notion. Ce péché différant essentiellement des autres fautes et n'exigeant pas un acte personnel de la volonté des enfants d'Adam pour qu'ils soient responsables de la faute de leur père, qui leur est moralement imputée, les grecs surtout insistent sur le côté pénal et afflictif qui frappe d'abord, tandis que les latins mettent l'accent sur le côté moral de la faute du genre humain en Adam ; et c'est à saint Augustin qu'on doit un progrès réel sur toutes les questions que soulève le problème de la faute originelle.
3. Saint Augustin est convaincu, comme tous ses prédécesseurs, que la faute d'Adam a sa répercussion dans l'humanité tout entière et que le genre humain
i. In Rom., v, 12 ; Pair. lat.t t. xvn, col. 9a.
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a participé au péché d'Adam. Mais, mieux qu'aucun autre, il distingue dans ce dogme de la déchéance la peine et la faute ; la peine, qui consiste dans la privation des privilèges préternaturels et surnaturels ; la faute, qui consiste dans une participation au péché d'Adam par une imputation de ce péché à toute créature humaine en vertu de l'union morale ou de la solidarité que Dieu avait établie entre Adam et ses descendants. Et s'il en vient à préciser sa pensée, c'est devant les objections des pélagiens.
Ceux-ci lui disaient : Ce que vous appelez péché originel n'est qu'une imitation de l'exemple d'Adam ; le royaume du ciel est fermé à quiconque ne reçoit pas le baptême, mais il a du moins pour récompense la vie éternelle. L'évêque d'Hippone de répliquer : Le texte de saint Paul et la réponse de Notre Seigneur à Nicodème vous condamnent Fun et l'autre. « C'est bien l'origine, la postérité, la descendance, que saint Paul a en vue quand il dit en parlant d'Adam : in quo omnes peccaverunt (i). » « Qui ne se moquerait de toi, dit-il en s'adressant à Julien d'Eclane, quand tu prétends nous faire croire que, dans le texte per unum hominem, l'apôtre vise, non la génération, mais l'exemple du péché (2)? » « Si le péché lui-même ne s'était pas propagé d'Adam à sa postérité, l'homme ne naîtrait pas avec la loi du péché dans les membres... le péché s'est donc transmis avec la mort. Que viens-tu nous parler d'une transmission de la mort sans le péché (3) ? » Le in quo peccaverunt prouve que nous avons péché en Adam parce que nous étions en lui au moment où il a péché (4). Quant à la distinction entre le royaume
1. Serm. ccxciv, i5 ; Patr. lat.9 t. xxxviii, col. i344- — a. Op. imp., 11, 47 ; Patr. lat., t. xlv, col. 1161. — 3. Ib id., nf 63 ; ibid.y col. 1169. — 4- Cont. Jul.t vi, 75 ; Patr. lat.t t. xliv, col. 868.
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du ciel et la vie éternelle, elle est fausse ; car, après le jugement général, il n'y a pas de séjour intermédiaire, il n'y a que le ciel et l'enfer ; et les enfants morts sans baptême seront en enfer. « Ces enfants ne pourraient évidemment pas être damnés s'ils n'avaient pas de péché. Or, ils sont absolument incapables de commettre une faute personnelle. Reste donc qu'ils ont contracté un péché originel. Voilà ce que nous devons comprendre ou, du moins, croire (i). »
A ces diverses objections, Julien d'Eclane ajoutait les témoignages patristiques qu'il prétendait déposer en sa faveur, notamment celui de saint Jean Chrysostome. Saint Augustin qui jusqu'alors n'avait cité que certains passages des Pères, très peu nombreux, empruntés à saint Cyprien, à saint Ambroise et à saint Jérôme, recueille avec soin les témoignages qu'il peut se procurer et cite, parmi les latins, Cyprien, Ililaire, Ambroise, Jérôme, Reticius d'Autun et Olympius d'Espagne, et, parmi les grecs, Irénée, Grégoire de Nazianze, Basile, les Pères du concile de Diospolis (2). Puis il discute le texte de Chrysostome ; ce texte, dit-il, ne parle que de l'exemption du péché actuel ; il en est d'autres du même Père sur le péché originel qu'il signale à son. fougueux adversaire (3).
La doctrine de l'évêque d'Hippone sur la nature et la transmission du péché originel ne sera pas perdue. Il a pu hésiter sur le mode de transmission,, il n'a pas hésité sur le fait; il a aussi saisi l'essence intime de cette faute ; seul son langage, quelquefois trop fortement accentué, pourra donner le change
1. De pec. merit.y m, 7; Pair, lat., t. xliï, col. 189. Nous aurons à revenir sur cette opinion relative au sort des enfants morts sans baptême. — 2. Cont. Jul., I, vi-vi ; Pair, lat., t.. xliv, col. 644-646. — 3. Ibid., I, xxii-xxvi ; ibid., col. 655-658.»
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à des esprits inatteniifs ; mais sa pensée sortira nette d'un examen complet de sa doctrine.
4. Lorsque, au moyen âge, les scolastiques entreprirent la systématisation de l'enseignement théologique, ils ne s'en tinrent pas, sur la question présente, à prouver l'existence du péché originel, c'était là une vérité trop manifeste pour y insister ; mais ils étudièrent de préférence sa transmission et sa nature, en s'inspirant des données traditionnelles et en s'aidant da raisonnement théologique.
Au sujet de la transmission, ils s'appuyèrent sur le témoignage du Defide ad Petram, qu'ils croyaient de saint Augustin, et qui est de saint Fulgence de Ruspe (f 533) : Peccatum in parvulos non transmiltit propagatio sed libido. L'auteur de la Somme des sentences, Pierre Lombard et Roland regardèrent tous trois la concupiscence qui préside à l'acte conjugal comme la cause qui souille l'organisme, lequel à son tour souille l'âme, en sorte que reniant naît dans le péché, non parce qu'il descend d'Adam, mais parce qu'il est conçu dans la concupiscence (1). Saint Thomas modifie la formule; sans prétendre que la concupiscence soit étrangère à la propagation du péché, c'est dans la descendance d'Adam qu'il place la vraie raison de notre culpabilité (2).
Sur la nature de la faute originelle, ces scolastiques du xiie siècle invoquèrent le témoignage de saint Augustin. « Saint Augustin, dit Roland, enseigne que, avant la régénération, la concupiscence est un péché, le péché dit originel, mais que, après, elle cesse d'être péché et devient simple peine (3). »
1. Su/71, sent., III, xn ; Pair. lat., t. clxxvi, col. 108 ; P. Lombard, Sent., II, xm, xviii. — 2. Sum. theol., ia n35, Q. lxxxi, a. 4. — 3. Gictl, Die Sentenzen Roland's. Fribourg, 1891, g. i35.
Ll CATÉCHISME. — T. II. II
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Or, c'était là mal entendre saint Augustin ; cnr l'évoque d'IIippone n'a nullement identifié le péché originel avec la concupiscence ; la concupiscente est V effet du péché originel et non le péché originel lui-même (i). Sans doute, dans certains passages, il semble dire que la jouissance des sens est la condition nécessaire de la souillure originelle qui affecterait la chair avant môme d'infecter l'âme ; mais il faut tenir compte de l'ensemble de sa doctrine. À ses yeux, la concupiscence n'est qu'un des effets de la chute; elle est le péché originel, tout comme l'ignorance ou la mort, c'est une pure métonymie qui consiste à identifier les effets avec la cause. En fait, enseignc-t-il, elle reste après le baptême, et le baptême efface le péché originel, elle ne s'identifie donc pas avec lui. Or, il y distingue deux éléments, une réalité physique qui n'est que le penchant au mal, et Yimpulabi'.ilc morale qui fait que nous avons notre part de responsabilité dans une faute que nous n'avons pas commise personnellement. Il est très vrai que le péché 'appartient essentiellement à Tordre moral, que tout péché est dans la volonté, le péché originel comme les autres. Mais, observe saint Augustin, ce péché originel n'a existé dans sa réalité physique que dans la volonté d'Adam; quant aux fils d'Adam, ils sont impliqués dans sa culpabilité morale ; la concupiscence n'en est qu'un effet. « Il n'est point possible de dire ici qu'il s'agit de la concupiscence après le baptême, puisque Augustin explique précisément comment avant le baptême il peut y avoir un péché dans les enfants (2). »
Très précis sur l'existence du péché originel,
1. Cf. E. Portalié, Saint Augustin, dans le Dict. de ThéoL, t. I» col. 2395-2397. — 2. Ibid.9 col. 23q6.
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l'enseigement de la tradition l'était moins sur sa nature ; saint Paul avait fait ressortir le rapport étroit du péché originel et de la concupiscence, mais il restait à déterminer le sens exact et précis de ce rapport. Saint Anselme parle de la concupiscence comme saint Augustin, toutefois il ne l'identifie pas avec le péché originel ; il place le péché originel dans la privation de la vie surnaturelle, de la grâce sanctifiante ; et saint Thomas, mettant les choses au point, partage la manière de voir de saint Anselme, mais indique la place qu'occupe la concupiscence dans le péché originel (i).
Avec Luther, l'enseignement de l'Eglise est battu en brèche ; il déclare que c'est notre nature même qui a été viciée par le péché originel, qu'elle est devenue péché. Baïus vient ensuite qui identifie le péché originel avec la concupiscence. Et par là, s'affirment les idées les plus inexactes, les erreurs les plus condamnables.
5. Il existait pourtant des données conciliaires suffisamment fermes et claires qu'il n'était permis ni d'oublier ni de méconnaître. Voici, en effet, ce que l'Eglise d'Afrique avait décrété au second concile de Milève d'abord, puis au concile plénier de Carthage en 4i8, contre les Pélagiens : Canon 1 : Quiconque dit qu'Adam, le premier homme, a été créé mortel de façon que, soit qu'il péchât, soit qu'il ne péchât pas, il devait mourir dans son corps, non pas en punition du péché, mais par nécessité de nature, qu'il soit anathème I — Canon 2: Quiconque nie que les enfants, qui viennent de naître, doivent être baptisés ou dit qu'on les baptise, il est vrai, en rémission des péchés, mais qu'ils ne tiennent d'Adam rien qui
i. Sam. theol, I» II», Q. lxxxi-lxxxiii.
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sait péché originel à expier par le bain de la régénération, d'où il suit que la forme du baptême ; pour la rémission des péchés n'a pas de sens véri- ! table, qu'il soit anathème!... C'est par la môme règle de foi que les enfants, qui n'ont pu encore commettre une faute par eux-mêmes, reçoivent vraiment le baptême pour la rémission des péchés, afin que la régénération purifie en eux la tache qu'ilsont contractée par la génération (i). Innocent I avait approuvé le concile de Milève, Zosime approuva celui de Carthage.
Plus tard, en 629, le concile d'Orange porte le canon suivant: « Si quelqu'un dit que la prévarication d'Adam n'a nui qu'à lui seul et non pas aussi à sa postérité, ou s'il tient que la mort seule du corps, laquelle est le châtiment du péché, mais non pas le péché qui est la mort de l'àme, est passée au genre humain tout entier par un seul homme, il fait Dieu injuste et contredit l'apôtre. » Ce concile fut confirmé par Boniface II (53o-53'i) (2).
Enfin le concile de Trente, dans sa session v\ a encore insisté sur la nature du péché originel et sur sa transmission. Sur sa nature, en définissant par le canon 1 que, par son péché, Adam a perdu la sainteté et la justice dans laquelle il avait été constitué, a encouru la colère et l'indignation de Dieu, mérité la mort, subi la captivité du démon, au point d'avoir été transformé totalement, et quant au corps et quant à l'âme, dans une condition pire; en déclarant, au canon 5, que la concupiscence persiste après le baptême à titre d'épreuve et de lutte. « Et si l'apôtre désigne quelquefois la concupiscence sous le nom de péché, l'Eglise n'a
1. Denzinger, Enchir., n. 65. — a. Denzinger, Enchir., n. i45.
jamais pensé qu'il entendit par ce terme une véritable faute existant dans l'homme régénéré ; mais il l'appelle de ce nom parce qu'elle vient du péché et porte au péché. » Sur sa transmission, par ce canon 2 : « Si quelqu'un dit que la prévarication d'Adam n'a nui qu'à lui seul et non pas aussi à sa race, et qu'en perdant la sainteté et la justice qu'il avait reçue de Dieu, il l'a perdue pour lui seul et non pas aussi pour nous ; ou que, souillé par le péché de désobéissance, il a transmis à tout le genre humain la mort seule et les peines temporelles, mais non le péché, qui est la mort de l'âme, qu'il soit anathème 1 » Par le canon 3, il a déclaré que ce péché, un dans son origine, en se répandant par propagation et non par imitation, devient inhérent et propre à chacun de nous.
6. A la lumière de ces principes et de cet enseignement de l'Eglise, il est permis de voir ce que n'est pas le péché originel : il n'est ni une corruption de la substance même de l'âme, ni une infection radicale de toutes nos facultés, ni un virus mêlé aux éléments de la génération, ni la concupiscence, ni une imputation de l'acte d'Adam, ni un acte propre de notre volonté. Qu'est-il donc ? Il est un état, un état de désordre provenant de la dissolution de l'harmonie primitive, qui était la raison même de la justice originelle ; désordre qui de l'essence de l'âme s'étend aux facultés et se fait principalement sentir dans les régions inférieures de la nature.
A considérer cet état au point de vue physique, rien ne manque à l'homme de ce qu'il est en droit d'avoir comme homme ; il possède la raison et reste capable de discerner le vrai du faux, de faire des découvertes et de progresser ; il possède libre arbitre ; sa nature n'est ni corrompue ni amoindrie ; il la reçoit telle qu'elle est demeurée dans Adam après
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la perte de ses privilèges. Tout qualificatif qu'on lui applique, dans un sens péjoratif, doit s'entendre par comparaison avec l'état primitif et privilégié, qui fut historiquement celui d'Adam. C'est, en effet, cet état privilégié qui manque aujourd'hui à l'homme conçu dans le péché : ni dons surnaturels, ni dons préternaturels ; privé de tout ce qui est communication de la vie et de la nature divine, il n'est ni enfant de Dieu, ni son héritier, ni son ami; privé des dons préternaturels d'intégrité, d'impassabilité et d'immortalité, sa raison hésite, sa volonté faiblit, il a une grande facilité pour le mal : son état <3st un état de privation. Or, à ce titre de privation, le péché originel peut être très légitimement qualifié, et on voit dans quel sens, de mort, de maladie, de souillure, de blessure de la nature, d'affaibliscment du libre arbitre, etc.
A considérer cet état au point de vue moral, l'homme naît pécheur, enfant de colère. Comment ? En sortant d'une source déjà contaminée, en appartenant à une race déjà pécheresse. Là gît le mystère, dans cette imputabilité du péché, dans cette participation à une faute qu'on n'a pas commise, dans cette solidarité qui étend la faute en môme temps que la peine. Dans le péché originel, en effet, il n'y a pas d'acte coupable, point de péché actuel commis par l'enfant naissant. L'enfant qui naît ne commet pas le péché originel, il le contracte ; il vient à la vie dans un état de péché, sans grâce ; il ne possède pas ce qu'il devrait posséder d'après le plan divin ; il ne le possède pas par la faute d'Adam. D'où lui vient donc l'imputabilité ? Elle lui vient de ce qu'il est en quelque sorie identifié avec Adam, dans l'unité de nature, dans une étroite solidarité. Adam, chef de la race, a péché personnellement ; son vouloir a été celui de tous ses descendants. C'est une
application de la loi d'hérédité, en vertu de laquelle un être ne transmet que ce qu'il est, que ce qu'il a ; une application aussi de la loi de solidarité : Adam fidèle aurait transmis sa nature surélevée ; infidèle, il n'a transmis que sa nature seule. Encore une fois c'est là qu'est le mystère ; mais, dans ce mystère, il n'y a rien qui soit contre la justice, la sagesse ou la bonté de Dieu, puisque l'homme, en définitive, s'il n'est privé que des dons surnaturels et prêternaturels, n'y a aucun droit, attendu qu'ils sont essentiellement gratuits, et qu'il reçoit tout ce qui constitue la nature humaine.
7. Aussi, pour répondre aux objections tirées d'une fausse notion du péché originel ou du sort des enfants morts sans baptême, suffit-il de reproduire ces quelques remarques du P. Bainvel. — i. Rien ne manque à la nature déchue de ce à quoi elle a droit : donc pas d'injustice, mais moins de libéralité de la part de Dieu. — 2. Dieu ne punit pas l'innocent pour le coupable ; car au sens où il y a punition, il n'y a pas innocence, et au sens où il y a innocence, il n'y a pas punition. — 3. On ne met pas le péché où il n'y a pas volonté ; le péché originel n'atteint les personnes que par la nature. Et on ne suppose pas une préexistence chimérique des volontés humaines en Adam, Adam a péché volontairement, mais en lui de plus la nature humaine a été coupable. — 4. La concupiscence n'est pas un péché. Que saint Paul et saint Augustin l'aient appelée ainsi, le concile de Trente a dit dans quel sens, c'est parce qu'elle vient du péché et mène au péché.— 5. Le péché originel ne damne pas les enfants, si par damner on entend les peines éternelles de l'enfer, mais il les prive simplement de la vision béalifique. Et si, au sentiment de saint Augustin et de saint Anselme, les enfants morts sans baptême ont à
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souffrir d'une peine si légère que la somme de leur joie dépasse celle de leur peine, saint Thomas estime, et c'est l'opinion commune, qu'il n'y a même pas de peine pour eux, car Dieu leur accorde un bonheur d'ordre naturel, qui ne diffère pas physiquement de ce que serait la béatitude pour des enfants de leur âge, si Dieu avait créé l'homme dans l'état de nature (i).
i. La Chute. — « Cette fallacieuse promesse : Vous serez connue des dieux, a promptement porté coup ; l'orgueil s'éveille dans l'âme innocente de notre mère. Eprise des beautés intérieures qu'elle n'avait jusque là regardées que d'un œil reconnaissant, elle oublie que l'on accuse son Dieu de basse jalousie et d'indigne mensonge; et bien qu'elle ne se berce pas de l'absurde espoir d'égaler sa nature, elle croit qu'elle va trouver en elle-même la source de toute vérité, la loi de la vie, les secrets de l'avenir et le pouvoir d'atteindre la suprême félicité à laquelle elle aspire.
« Vous me direz peut-être qu'il y a là une incroyable extravagance, et pourtant c'est la vôtre, ô fille d'Eve. La parole de l'ange déchu a traversé les siècles, soulevant partout des tempêtes de superbe ; toutes les générations en ont été troublées, et la nôtre ne le cède à aucune en agitations insensées. Philosophes, savants, politiques, grands et petits sont mordus de cette tarentule diabolique : Vous serez comme des dieux.
u Celui-ci confond systématiquement tous les êtres dans une substance unique afin de pouvoir prendre sa part de l'infini. Celui-là veut que la raison répudie l'inspiration et l'assistance d'un esprit supérieur, et tire indéfiniment de son propre fond toutes les connaissances à l'aide desquelles elle doit construire un jour la synthèse du vrai. Le savant s'imagine qu'il va surprendre les secrets de
i. Nous aurons à revenir sur cette question des enfants morts sans baptême, quand nous traiterons du sacrement de Baptême. Voir Le Bachelet, Le péché originel, Paris, 1900, P. 11, p. 30-43.
l'univers, s'emparer des forces de la nature et les soumettre à sa volonté après les avoir assujetties à ses calculs. Les hommes du pouvoir ne croient qu'à leur droit et prétendent gouverner les consciences comme ils administrent les affaires publiques. Et les peuples eux-mêmes, lassés de l'honnête obscurité d'une vie laborieuse, flattés par les pontifes de la révolution, espèrent devenir bientôt les maîtres absolus de leurs doctrines. Bref, ne vouloir trouver qu'en soi et par soi ce qu'il faut croire et ce qu'il faut faire pour être heureux et parfait, n'est-ce pas la folie de notre orgueil ? Le châtiment est près du crime. Nous voulons nous grandir : mais notre raison affaiblie par ses excès ne sait plus commander aux appétits grossiers, nous tombons honteusement dans la fange du matérialisme. » Monsabré, conf. xxvn0.
2. La mort. — « Adam et Eve ont tout perdu; mais il y a encore tant de sève dans leur jeune nature qu'ils ne comprennent pas bien l'étendue de leur châtiment. Qu'est-ce que la mort ? Cette douloureuse question les agite. Ils suivent, d'un œil attristé, la chute et les frissons de la feuille desséchée que le vent emporte devant eux. Ils écoutent, avec stupeur, les plaintes des animaux expirants, et contemplent avec effroi leur corps sans mouvement. 0 mon Seigneur, demande la femme d'une voix émue, est-ce là la mort? Et Adam ne peut lui répondre que par un peut-être. Mais à quelque temps de là le bourreau a commencé cet universel carnage qui ne doit cesser qu'avec les siècles ; Gain vient de tuer son frère Abel. Quand la mère du genre humain vit à ses pieds le corps sanglant de son bien-aimé, elle fut glacée d'épouvante, puis elle éclata en gémissements et en sanglots. Elle s'assit, et prenant sur ses genoux la dépouille inanimée de son Abel, elle le couvrit de baisers. Mon fils, disait-elle, je suis ta mère, est-ce que tu ne m entends pas ? Ouvre tes beaux yeux, regarde-moi, réponds-moi. Mon Dieu, il ne voit plus, il ne parle plus, il ne respire plus, il est insensible et froid. Abel ! Abel ! — Et tout près de la mère, la voix grave et tremblante du père se fit entendre : Femme, Dieu l'avait dit : voilà la mort. » Monsabré, ibid.
3. L'homme déchu. — « Son état en lui-même est exactement semblable à celui de l'homme que Dieu aurait pu créer sans la grâce de justice et d'intégrité. L'homme déchu n'a plus que les éléments et les facultés qui conviennent essentiellement à un être humain, ainsi l'homme de la pure nature. L'homme déchu est sujet à l'ignorance et à l'erreur, ainsi l'homme de la pure nature. L'homme déchu doit sentir, combattre et vaincre les révoltes de la concupiscence, ainsi l'homme de la pure nature. L'homme déchu subit dans son corps le choc des forces ennemies de son repos et de sa santé, et se courbe sous le joug humiliant et terrible de la douleur, ainsi l'homme de la pure nature. L'homme déchu, meurtri, blessé, rompu par la lutte et la souffrance tombe aux bras de la mort pour y être étouffé, ainsi l'homme de la pure nature. Ce qui leur manque à tous deux, et ce qu'ils endurent du côté de la nature, est l'immédiate conséquence de l'union de l'âme avec une chair corruptible dont les appétits ne sont pas asservis. Mais l'homme déchu n'est ni plus faible pour le bien, ni plus incliné au mal que l'homme de pure nature. Le péché originel le prive de ce qui eût fait sa gloire et sa force ; il n'ajoute aucune qualité vicieuse aux principes constitutifs de son être. » Monsabré, Conf.
XXVIIIe.
4. Le péché originel. — « Je vois la philosophie varier et se diviser quand elle veut expliquer le misérable état de l'homme sur cette terre. Les uns invoquent un principe éternel, essence mauvaise, qui s'applique à produire en moi sa ressemblance et qui confond les idées que je me fais de l'infinie perfection d'une cause première. Les autres me transportent dans une vie antérieure dont je n'ai aucun souvenir, veulent que j'expie les fautes d'une préexistence sur laquelle ma conscience se tait, et me condamnent à l'immorale nécessité de n'avoir aucune pitié pour le malheur, parce qu'il doit être la juste punition d'un passé oublié, d'adorer le succès quand même, parce que j'y dois voir la juste récompense d'une existence obeure qui a précédé l'existence terrestre. Ceux-ci m'abreuvent de dégoût en me représentant toutes les passions
comme pures et saintes, et en me prêchant qu'elles ont droit à leur libre développement ; ceux-là, en m'affirmant que l'homme a été créé tel qu'il est, pour l'exercice et l'épreuve de sa liberté, me laissent presque sans lumières sur un profond et redoutable mystère de providence où je voudrais voir clair. Je ne sais à quoi m'en tenir au milieu de ces variations et de ces divisions. Ma raison demande la constance et l'unité, et je ne les trouve que dans la doctrine catholique. » Ibid.
5. Le péché originel et les analogies. — « Toutes les analogies sont imparfaites, mais il faut les prendre pour ce qu'elles valent, et s'en servir pour éclairer le côté de la question qu'elles peuvent mettre en relief. Les analogies empruntées à l'ordre physique tendent à expliquer qu'en général il peut y avoir transmission de père à fils, soit d'une qualité positive, soit d'une simple privation, en vertu de la loi de solidarité physique. Les analogies tirées de l'ordre moral visent davantage à mettre en relief la loi de solidarité juridique et morale. Mais aucune ne montre et ne peut montrer la transmission d'un état qui soit péché proprement dit, par la simple raison qu'en dehors de la grâce sanctifiante il n'y a rien qui soit principe de justice spirituelle et dévie surnaturelle, et que, par suite, la seule privation de la grâce sanctifiante peut constituer un véritable état de péché. Aussi faut-il, dans tout ce problème, distinguer soigneusement trois questions. Demande-t-on : pourquoi Adam, perdant les dons de la justice originelle, les perd-il pour nous comme pour lui ? il suffit de faire appel à la loi de solidarité physique qui existait entre Adam et ses descendants, étant donnée la manière dont le premier homme avait reçu ces dons de la main du Créateur. Si l'on ajoute : pourquoi et comment la privation de ces dons demeurc-l-elle coupable et volontaire dans les individus qui naissent d'Adam ? Ce n'est pas la seule solidarité physique qu'il faut invoquer, c'est surtout la solidarité juridique et morale qui existe entre Adam et ses membres ; Adam, chef de la grande famille humaine* perd par son péché le patrimoine familial dont le genre humain avait été gratifié en sa personne. Demande-t-oiv
enfin : mais pourquoi, dans la perte des divers dons de la justice originelle, seule la privation de la grâce sanctifiante constitue-t-elle un véritable état de péché ? La réponse alors ne peut-être que celle-ci : cela tient à la nature même de la grâce sanctifiante, au rôle qu'elle joue dans Téconomie de notre salut, comme principe interne et permanent de la justice spirituelle et de la vie surnaturelle en nos âmes. » Le Bachelet, Le péché originel, 5e édit., Paris, 1900, t. 11, p. 35-36.
Leçon XXIVe De la Providence
I. Le problème de la Providence. — II. Nature et existence de la Providence. — III. Son rôle. — IV. Objections.