I. Le problème de la Providence
Nrous ne traiterons ici que de la Providence dans Y ordre naturel (i).
i . Le dogme de la Providence, si consolant pour la nature humaine qui se plaît à voir un Père dans son Créateur, est Pun de ceux qui sont le mieux justifiés devant la raison et en même temps l'un de ceux qui sont le plus battus en brèche. Sans parler des athées qui, en écartant l'idée de Dieu, sont obligés de faire appel au hasard, un mot Aide de sens, ou de supposer des lois sans législateur, ce qui est une pure contradiction; sans parler aussi
i. BIBLIOGRAPHIE : saint Thomas, Sum. IheoL, I,Q. ciii-civ; Cont. gent., III; Bossuct, Traité du libre arbitre; de Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg ; Monsabré, Conférences, xix-xxn ; de Bonniot, Le problème du mal, Paris, 1888 ; Farges, L'idée de Dieu, Paris, 1896, Villard, La Providence, dans la Revue thomiste, 1896, p. 569-591, 1897, p. 195-212 ; Contestin, La Providence, 3e édition, Paris, 1895 ; Constant, Le mal, 5e édition, Paris, 1895 ; Gayraud, Providence et libre arbitre, Paris, 1892 ; Souben, La création, a* édition, Paris, 1903, p. 181-191 ; Folghera, Hasard ou Providence, 3e édit. Paris, 1904.
l'y 4 LE CATÉCHISME ROMAIN
des panthéistes qui, niant tout gouvernement du monde par une intelligence infinie et distincte, ont imagine révolution immanente et progressive de l'infini dans le fini, combien d'esprits, de nos jours, s'en tiennent encore à ridée fausse que se faisaient de la Providence les déistes des deux derniers siècles ? Dieu se serait contenté de créer le monde, de le doter une fois pour toutes de ce qui lui est indispensable et de l'abandonner ensuite à son propre sort, sans jamais plus intervenir dans le jeu des causes secondes, sans môme s'en préoccuper. De telle sorte que Dieu se trouverait relégué dans sa solitude, pleinement heureux sans doute, mais indifférent à la marche des événements. Il serait même lié en quelque sorte par ses propres lois, absolument intangibles, au point de ne pouvoir ni suspendre momentanément leur cours ni aller à leur encontre, et que dès lors il n'y a place ni pour le miracle, qui est ainsi interdit à sa toute-puissance, ni pour la prière de demande, qui n'a pas sa raison d'être chez une créature définitivement réglée.
2. D'autres, assurés par la raison que Dieu, à cause de sa science infinie, doit tout connaître, même les futurs libres, et à cause de sa volonté souverainement efficace, doit concourir à toutes les actions de toutes les créatures, même aux déterminations humaines ; assurés en outre que ses lois sont infaillibles et imprescriptibles, mais ne parvenant pas à s'expliquer comment ces vérités se concilient avec le libre jeu de la volonté de l'homme, avec l'existence du mal physique et du mal moral, qui sont des faits de conscience ou d'expérience, se laissent facilement déconcerter et se prennent à douter.