‹ Le catéchisme romainChapitre 59 sur 230 · Il n'est même pas rare de rencontrer des chré · texte numérisé non relu

Il n'est même pas rare de rencontrer des chré

PROBLÈME DE LA PROVIDENCE l*]b

tiens qui insuffisamment avertis ou timorés à l'excès, prêtent l'oreille aux objections courantes. L'inégale répartition des biens et des maux, la prospérité insolente dos méchants ou l'accablement injustifié des bons, le triomphe du mal et l'insuccès du bien, les effraie, les irrite ou les révolte.

[\. De tout temps l'homme, jugeant Dieu d'après la nature humaine étroite et bornée, a ainsi conçu des soupçons contre la Providence et formulé des griefs et des accusations. De tout temps aussi des philosophes, mieux renseignés ou moins aveuglés, ont cherché à expliquer rationnellement, sinon à justifier pleinement, l'action providentielle de Dieu. Les plus sages ont conclu qu'en présence de deux vérités certaines, également démontrées par la raison, mais dont la conciliation échappe et reste mystérieuse, le seul parti à prendre c'est de les admettre résolument l'une et l'autre et de se résigner à ignorer, faute de lumière suffisante, le moyen de les accorder entre elles.

5. Avec l'apparition du christianisme et l'enseignement catholique, l'action providentielle de Dieu dans l'ordre naturel est devenue un dogme de foi. Mais l'affirmation plus accentuée de cette vérité et la preuve plus convaincante de son existence n'ont nullement fait taire les objections de la raison. Ces objections, les païens des premiers siècles ne se faisaient pas faute de les jeter à la face des chrétiens. Elles se trouvent, mêlées à beaucoup d'autres, sur les lèvres ou dans les libelles du cynique Crescens, de Fronton, l'ami de Marc- Aurèle, de Celse, de Porphyre, de Julien l'apostat. Justin, Minucius Félix, Lactance, Tertullien, Clément d'Alexandrie, Grégoire de Nazianze, Cyrille d'Alexandrie et tant d'autres en firent bonne justice. Et lorsque les malheurs de l'empire romain leur

donnèrent une vigueur nouvelle, saint Augustin et Salvien entreprirent la justification de la Providence.

6. Mêmes difficultés, à l'époque des scolastiques, de la part des incrédules et des philosophes rationalistes, et mêmes réfutations vengeresses de la part des défenseurs de l'orthodoxie et des docteurs du moyen âge. Nul, plus que saint Thomas d'Aquin, n'a contribué à mettre au-dessus de toute contestation ce dogme de la Providence. Dans sa Somme thcologique comme dans sa Somme contre les Gentils % il montre successivement l'action extérieure de Dieu dans son ensemble, dans son but, dans L'unité de son principe, dans la multiplicité de ses effets, dans la manière dont elle s'exerce, dans l'économie de son plan, dans l'universalité de son domaine et l'efficacité irrésistible de son pouvoir (1). De nouveau attaqué par les déistes du xvuic siècle et par les rationalistes du xixe, ce dogme n'a cessé d'être défendu et justifié par les philosophes spiritualistes et les théologiens. Le Catéchisme romain, comme nous allons le voir, et le concile du Vatican font mis en plein relief.

7. A vrai dire, la question de la Providence ne devrait être ni un problème à résoudre ni une thèse à prouver pour quiconque possède une connaissance suffisante de la nature de Dieu et de la nature du monde. Sa solution s'impose, semble-t-il, dès là qu'on a constaté expérimentalement l'ensemble des lois qui gouvernent les êtres inorganiques, organisés, vivants et libres. De telles lois n'impliquentelles pas nécessairement l'existence d'un législateur suprême, infiniment sage, bon et puissant, qui n'a pu créer que dans un but très précis et d'après un

j. Sam. Iheol, I, Q. cm.

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