‹ Le catéchisme romainChapitre 60 sur 230 · PROBLEME DE LA PROVIDENCE I · texte numérisé non relu

PROBLEME DE LA PROVIDENCE I

plan parfaitement réglé, et qui, après avoir réalisé son œuvre, ne peut pas ne pas veiller souverainement et efficacement à son acheminement harmonieux, progressif et définitif vers le terme qu'il a daigné lui assigner ?

Oui, sans doute. Mais l'esprit de l'homme reste borné, malgré son désir insatiable de tout s'expliquer, de tout savoir. Il est incontestable qu'il ne possède pas du plan divin une connaissance adéquate : de là ses hésitations, ses troubles, ses révoltes et parfois ses blasphèmes devant ce qui lui paraît une contradiction ou une monstruosité. Plus modéré dans ses appréciations et ses jugements, il constaterait, même en ce qui regarde sa propre conduite, combien ses voies sont incertaines, ses prévisions sujettes à l'erreur, ses plans faillibles, sa puissance limitée et sa sagesse courte. Et ce serait de sa part un acte de haute convenance et de nécessaire justice que de se montrer plus retenu vis-à-vis de Dieu, dont la science, la sagesse, la bonté, la puissance, infiniment supérieures à tout ce qui est créé, ne sauraient introduire le moindre défaut de rectitude dans son œuvre ni tolérer la plus légère défaillance ou le plus petit écart dans son action providentielle. Une telle attitude s'impose rigoureusement à tout esprit droit et sincère. Car, comme le dit Hamlet, dans le ciel et sur la terre, il y a plus de choses que n'en peut rêver notre philosophie. Il importe dès lors de tenir compte de l'insuffisance de notre information et de notre incompétence à juger Dieu. Il importe de se contenter du peu que l'on peut savoir, de se résigner à n'avoir pas la clef des mystères, et. en définitive, de faire crédit à Dieu, avec la conviction ferme que tout, dans l'œuvre divine, a sa place réglée, sa raison d'être, sa justification entière.

Cette attitude, du reste, n'empêche pas l'effort aussi puissant et résolu que possible vers la découverte et la conquête du vrai, vers une intelligence plus profonde et plus étendue de l'œuvre divine. Et ci, au bout de nos efforts, la conciliation des vérités entre elles nous échappe malgré tout et reste une énigme, c'est à notre faiblesse intellectuelle qu'il convient de s'en prendre et non à Dieu, ce qui n'est après tout qu'un acte de sage réserve et de nécessaire modestie. Se poser en juge qui critique, accuse et condamne, est pure folie.

Les efforts n'ont pourtant pas manqué pour essayer de résoudre toutes les difficultés que soulève le dogme de la Providence, tant dans l'ordre surnaturel que dans l'ordre naturel. S'ils n'ont pas abouti à faire la pleine lumière, ils sont loin d'avoir été inutiles ou stériles. Qui ne sait avec quelle science, quelle pénétration et quelle ardeur, deux écoles catholiques se sont appliquées pour accorder dans la mesure du possible la scieuce et la volonté de Dieu avec la liberté et la destinée de l'homme. Elles ont poussé, comme nous le verrons, aussi loin qu'elles ont pu leurs investigations pour répondre à ces questions : Comment la prescience de Dieu s'accorde-t-elle avec le libre arbitre? Comment le concours de Dieu ne détruit-il pas la liberté ? Comment Dieu, par la prédestination des élus et la réprobation des damnés, a-t-ilpu disposer de l'homme pour le temps et pour l'éternité ?

En attendant de les aborder, établissons d'abord le dogme de la Providence dans l'ordre naturel ; rendons-nous compte de sa nature et de son action ; nous essaierons ensuite de répondre aux objections»

Page 1