‹ Le catéchisme romainChapitre 69 sur 230 · OBJECTIONS *. LE MAL MORAL · texte numérisé non relu

OBJECTIONS *. LE MAL MORAL

justice, mais comme il les transfigure par son amour ! Le chrétien, vraiment raisonnable et conscient de son rôle et de sa destinée, au lieu de s'y résigner, devrait les bénir, puisqu'ils sont une école de vertus, une source de mérites, un creuset purificateur, et qu'ils accusent des traits de ressemblance avec notre Rédempteur. La douleur physique prépare ainsi la gloire de la vie future ; bonne pour l'homme, elle est excellente pour le chrétien qui doit imiter le Christ.

20 Le mal moral ou le péché. — Voilà le véritable mal, le seul mal réel. Il est le fait d'une volonté créée défaillante qui s'écarte ou se détourne librement de sa fin, proteste contre la volonté divine et tend à sortir de l'ordre réglé. Dieu ne saurait en être responsable. Sans doute Dieu est la cause première de tout ce qu'il y a d'être dans nos actes ; mais le mai moral n'est pas un être, c'est une privation d'être. Cette privation d'être n'est donc due qu'à nous, causes défectibles, et ne remonte pas jusqu'à Dieu qui ne peut défaillir. Si je pèche, ce n'est donc pas à Dieu, cause première et indéfectible de mes actes, mais à mon libre arbitre défaillant qu'il faut attribuer mon péché. Dieu n'est responsable que de ce qu'il y a de bien dans l'acte matériel du péché (i). Par respect pour la liberté de l'homme, Dieu tolère, permette péché. C'est un mystère ; car enfin la vie, l'intelligence, la liberté même défectible, le concours divin sont un bien, quoique l'homme puisse en abuser Mais cet abus coupable ne détruit pas les avantages ; et Dieu a eu raison de tolérer l'abus à cause de ces avantages eux-mêmes et de ceux qu'il en fait sortir. Répétons avec le concile

i. Cf. Sum. theoly Ia II® , Q. lxxix, a. 2.

de Trente : « Si quelqu'un dit qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de rendre ses voies mauvaises, mais que Dieu fait en nous les mauvaises actions comme les bonnes, non par simple permission, mais proprement et par lui-même, de telle sorte que la trahison de Judas est son propre ouvrage non moins que la vocation de Paul, qu'il soit anathème I »

Dieu donc ne veut pas le mal. En le permettant, sa sainteté s'accorde avec ses autres attributs, notamment avec sa miséricorde et sa justice Mais, pour que le péché fût une objection contre la Providence, il faudrait que Dieu ne le punît pas, que l'ordre divin fût entravé par le triomphe du péché sur le bien et que le mal moral ne contribuât pas à sa manière au but général décrété par Dieu. Or Dieu, le bien suprême, triomphe définitivement du péché par sa miséricorde, en le pardonnant, par sa justice, en le punissant. Mieux encore, il le fait servir, il en tire le bien, et tout cela motive, justifie pleinement la Providence.

3° Reste l'inégale distribution des biens et des maux. H y a longtemps que la prospérité des méchants et l'affliction des justes a jeté le trouble dans certaines âmes. Le psalmiste s'écriait déjà :

« Oui, Dieu est bon pour Israël,

Pour ceux qui ont le cœur pur !

Toutefois fêtais sur le point de fléchir,

Mon pied a presque glissé.

Car je m'indignais contre les impies

En voyant le bonheur des méchants (i). »

Et Job se demandait :

i. P8al.9 lxxii, i-3.

INÉGALE DISTRIBUTION DES BIENS ET DES MAUX 2o3

(( Comment se fait-il que les méchants vivent, Qu'ils vieillissent, qu'ils accroissent leur force? Leur postérité s'affermit autour deux, Leurs rejetons fleurissent à leurs yeux ; Leur maison est en paix, à l'abri de la crainte; La verge de Dieu ne les touche pas (i). »

Et Jérémie répétait à son tour :

« Pourquoi la voie des méchants est-elle prospère?

Pourquoi tous les perfides vivent-ils en paix ?

Vous les avez plantés, et ils ont pris racine ;

Ils crêissent, et ils portent du fruit ;

Vous êtesprès de leur bouche et loinde leur cœur (2).»

Mais il y a longtemps aussi qu'on a répondu victorieusement à cette difficulté. On a remarqué tout d'abord qu'il y avait lieu de suspecter cette apparente prospérité des méchants et cette rigueur envers les justes ; que cette prétendue inégalité dans la distribution des biens et des maux était exagérée. Car il faut tenir compte, d'une part, des biens spirituels dont jouissent les justes au milieu de leurs épreuves, et, d'autre part, des tribulations et des remords dont souffrent les pervers au sein de leurs délices. On a insisté ensuite, et nous en disions un mot au sujet du mal physique, sur le rôle fécond de l'épreuve qui trempe, fortifie, rapproche de Dieu et fait ressembler au Christ.

C'est même là l'un des sujets les plus fréquemment traités par les Pères de FEglise, comme aussi l'un de ceux où les âmes courageuses puisent des trésors de joie intime et d'héroïsme indomptable.

1. Job., m, 7-8. — a. Jcrem.t xn, 1-2. D'autres objections sont faites contre la Providence. On les tire de l'immutabilité divine, qui interdit le miracle et rend la prière de demande inutile. U en sera question, quand nous traiterons du miracle et de la prière,

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On a fait valoir enfin que, pour apprécier comme il convient cette inégale répartition, il faut se placer au point de vue de l'éternité. La terre n'est qu'un passage, une vallée de larmes ; la patrie est au ciel. La légitime et définitive comp3nsation n'aura lieu que là, dans la surabondance de la joie et du bonheur, pour les âmes des justes. Quant aux âmes des méchants, quelle compensation que la leur, dans le lieu des tourments éternels !

i. Le gouvernement divin. — « Que voyez-vous dans les cieux et sur la terre? — Des gouvernements. Les soleils règlent la course docile des planètes, et cèdent eux-mêmes à l'influence d'un plus puissant moteur que la science devine, mais qu'elle n'a pas encore découvert. Les atomes sont soumis à des lois qui fixent leur place, et déterminent leurs fonctions dans la composition des corps. La plante se développe sous l'action d'une force mystérieuse qui ouvre ses bourgeons, allonge sa tige, étend ses rameaux, épanouit ses fleurs, marie ses organes et forme ses fruits. L'oiseau prend soin de sa chère couvée ; le lion règne en sa tanière.

« L'homme est un monde en raccourci, où luit l'incorruptible soleil de la raison pour diriger les commandements d'une activité libre à laquelle obéissent tous les membres. — La famille est un royaume où la puissance, la sagesse et l'amour se dépensent constamment en actes providentiels autour de la faiblesse, de l'inexpérience et du naïf égoïsme de l'enfance. Que le père est grand ! que la mère est aimable ! Chez l'un, quelle mâle sollicitude ! chez l'autre, quelle inépuisable tendresse ! Nourrir, instruire, consoler, guérir, protéger, diriger, c'est leur office jusqu'à ce que l'enfant ait passé du berceau à l'école, de l'école à la carrière où doivent se déployer les forces de sa maturité. Alors il va gouverner lui-même, mais il n'a pas secoué le joug de l'amour opiniâtre qui s'est voué à son bonheur. La providence en cheveux blancs veille encore sur lui, et, si elle n'ose plus commander, elle prodigue ses sages conseils et ses tendres avertissements. D#

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la famille à la société il n'y a qu'un pas. Avez-vous jamais vu une société sans gouvernement ? — Montrez-la moi... « A travers les images de la nature ma raison, obéissant aune irrésistible induction, me conduit jusqu'à vos pieds sacrés (ô mon Dieu !). Elle ne peut pas croire que dans un monde « où tout nous apparaît sous la forme d'une activité bienfaisante, enfoncé dans votre inaccessible essence, vous soyez moins utile qu'une goutte de pluie et moins généreux que le calice d'une fleur. » Les soleils gouvernent leurs systèmes ; mais vous êtes l'astre central d'où part l'universelle direction des mouvements de l'immensité. Le père et la mère prennent soin du fruit de leurs entrailles ; vous êtes le père et la mère de tous les êtres, et vous leur prodiguez à chaque instant les trésors de votre puissance, de votre sagesse et de votre amour. Quand les astres du matin furent éclos d'une de vos paroles, vous ne les avez pas laissés, obscurs et tremblants, s'égarer dans les espaces ; mais vous leur avez tracé leurs voies et les avez revêtus d'un chaud vêtement de lumière. Vous veillez sur les germes ; vous envoyez à la plante naissante son rayon de soleil, sa goutte de pluie et de rosée ; vous éprouvez dans les rudes embrassements de la tempête la force du chêne ; vous faites passer sur les gazons fleuris les brises caressantes ; vous donnez au lis des champs une robe plus fine et plus éclatante que celle du roi Salomon au temps de sa plus grande gloire ; vous n'oubliez pas les pauvres petits passereaux qui vous demandent leur nourriture de chaque jour. — Vous visitez l'homme ; vous allumez au sommet de son âme le flambeau sacré de son intelligence, vous approchez votre cœur de son cœur ; vous lui montrez au terme de sa vie la félicité qui doit le récompenser de ses efforts et de ses peines, et pendant les jours du pèlerinage le chemin des vertus qu'il doit parcourir ; vous comptez les cheveux de sa tête, et vous ne voulez pas qu'un seul tombe sans votre permission. Vous avez pour lui, c'est vous-même qui l'avez dit, des tendresses de mère. Non, la mère n'aime pas le fruit de son sein autant que vous aimez chacun de nous. Et quand nous nous réunissons en peuple, sous la conduite de ceux

qui doivent nous gouverner, vous êtes le Roi des rois, le Maître des dominateurs. Les affaires publiques sont entre vos mains, et ceux qui croient les diriger ne font qu'accomplir vos desseins, suivre votre conduite, marcher au but visé par votre Providence. Quel que soit ledénoûment de nos destinées sociales, il faut toujours conclure par ces paroles des saintes Lettres : Au roi immortel des siècles, au monarque des nations, à Dieu seul honneur et gloire ! » Monsabré, conf. xix\

2. L'inégalé répartition des biens et des maux. — « On ne peut pas faire à Dieu le reproche d'avoir soumis sa créature à l'épreuve, c'est un honneur pour elle; ni cl avoir étendu et limité à cette vie le temps de la probation. En retendant à toute la vie, il donne lieu au retour, s'il y a chute; à l'accroissement des mérites, s'il y a pen évérance dans le bien. En terminant l'épreuve à la Air Dieu se conforme au désir de notre nature : un bonheur qui ne durerait pas toujours ne saurait contenter le cœur, et une punition qui ne serait, pas définitive ne correspondrait pas à une malice qui s'obstine. Le bien ne pourrait triompher du mal, Dieu serait vaincu par le pécheur. Ces vérités sont écrites dans la conscience humaine, personne ne les ignore complètement.

(( Le sentiment qui voudrait ne donner qu'aux bons les biens de ce monde et réserver les maux aux seuls coupables, n'est pas raisonnable, en ce qu'il méconnaît la vraie grandeur de l'homme, change les conditions de l'épreuve et 6 te à Dieu un moyen puissant de conduire au bien.

c; Les créatures, bonnes en elles-mêmes, au degré où elles ont de l'être, ne sont bonnes pour l'homme que par l'usage, qu'il en fait. Elles concourent à son bonheur, elles ne le font pas. Supposons l'homme le plus déshérité des biens de ce monde, il n'est pas malheureux pour autant, comme il ne serait pas heureux lors même qu'il posséderait tout ce qui est créé, a Celui qui a Dieu, dit saint Augustin, a tout, ne possédât-il pas autre chose, et celui qui n'a pas Dieu n'a rien, quand même il aurait tous les autres biens. »

a Ce serait changer les conditions de l'épreuve et priver

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