MÉLANGE DES BONS ET MECHANTS
Dieu d'un puissant moyen de gouvernement. La séparation absolue des biens et des maux relatifs ne peut que suivre la possession ou la perte définitive du souverain bien ; en attendant, il est utile qu'ils soient mêlés. La richesse, les honneurs, la force et la santé du corps, des talents de l'esprit ont égaré bien des hommes : tandis que la pauvreté, l'humiliation, l'épreuve physique ou morale «n ont beaucoup maintenu dans le droit chemin et beaucoup ramené à la vertu. L'homme n'aurait pas le courage de s'arracher à la jouissance des biens créés et de se jeter dans l'affliction, il faut que la providence intervienne et elle le fait avec une grande sagesse. » A. Yillard, La Providence, dans la Revue thomiste, 1897, P- 207-208.
3. L'attitude de Dieu vis-à-vis des bons et des méchants. — « Mais, dira-t-on, pourquoi donc cette divine miséricorde èest-elle étendue jusqu'aux impies, jusqu'aux ingrats ? — Pourquoi? C'est qu'assurément elle est veuue de ceiui qui, chaque jour, fait lever son soleil sur les bons et les méchants, et pleuvoir sur les justes et les injustes. Quoique plusieurs, en y songeant, se corrigent de leur impiété par le repentir, et que d'autres, dans la dureté impénitente de leur cœur, méprisant les richesses de sa bonté et de sa patience, s'amassent un trésor de colère, pour le jour de la vengeance et du jugement, où l'infaillible justice rendra à chacun selon ses œuvres, toutefois la patience de Dieu invite les méchants à la pénitence, comme les fléaux exercent les bons à la patience. Et comme la miséricorde de Dieu embrasse les bons pour les soutenir, sa sévérité s'empare des méchants pour les châtier. Car il a plu à la divine providence de préparer aux justes, dans l'avenir, des biens dont les injustes ne jouiront pas, et aux impies, des maux dont les bons ne seront pas tourmentés. Pour les biens et les maux temporels, elle . veut qu'ils soient communs aux uns et aux autres, afin que l'on ne recherche pas avec trop d'ardeur ces biens que l'on voit aussi entre les mains des méchants, et que l'on n'évite pas comme une honte ces maux qui, d'ordinaire même, affligent les bons.
« Mais l'intérêt sérieux est dans l'usage de ce qu'on
LE CATECHISME ROMAIIS
appelle bonne ou mauvaise fortune. L'homme vertueux ne se laisse ni exalter par Tune, ni abattre par l'autre. Pour le méchant, le malheur temporel n'est un supplice que parce que le bonheur fut une corruption. Souvent néanmoins, dans la dispensation des biens et des maux, Dieu montre son action plus évidente. En effet, s'il frappait maintenant tout péché d'un châtiment manifeste, rien ne serait réservé, selon nous, au dernier jugement ; et, d'autre part, si tout péché échappait aujourd'hui aux poursuites éclatantes de la justice divine, on ne croirait point à la Providence. 11 en est de même des faveurs temporelles. Si Dieu, par une libéralité visible, ne les accordait quelquefois à la prière, nous dirions que cela n'est pas à sa disposition; s'il les accordait toujours, nous croirions qu'il ne le faut servir que pour être ainsi récompensés, et un tel culte ne serait point une école de piété, mais d'avarice et d'intérêt. Ainsi, malgré ce commun parlage d'afflictions, les bons et les méchants ne sont pas confondus entre eux, pour être confondus dans les épreuves. La similitude des souffrances n'exclut pas la différence de ceux qui souffrent, et l'identité des tourments ne fait pas l'identité du vice et de la vertu. Sous l'action du même foyer, l'or brille, la paille fume ; le même fléau brise le chaume et sépare le froment ; l'huile et la lie ne se mêlent point, pour couler dans le même pressoir. Ainsi le même creuset éprouve, fortifie, fond dans l'amour les âmes vertueuses ; damne, ruine, anéantit les impies ; ainsi, dans une même affliction, les méchants se répandent en imprécations et en blasphèmes ; les bons, en prières et en bénédictions. Tant importe, nonce que l'on souffre, mais de quel cœur on souffre ! Le même mouvement qui remue de la fange ou des parfums dégage là des miasmes fétides, ici une odeur exquise. » Saint Augustin, Cité de Dieu, I, vm.
Article IIe
Et en Jésus-Christ, son Fils unique Notre Seigneur
Leçon XXV"
Jésus-Christ, Messie, Fils de Dieu
I. Explication du second article par le Catéchisme romain. — IL Jésus est le Messie. — III. Jésus est Fils de Dieu.
Avec sa précision et sa concision habituelles* le Catéchisme romain signale les avantages de la foi et de la confession du second article du symbole, la nécessité de l'Incarnation et de la Rédemption, la signification des titres donnés à notre Sauveur, la génération du Fils, et il termine par quelques conclusions pratiques (i).
i. BIBLIOGRAPHIE: Catéchisme romain, I, a. n ; les articles de Mgr Batiffol dans le Bulletin de UtL ecclés., de janvier iqo3 ; de Jansscns dans la Revue bénédictine, avril iqo3 ; du P. Pègues, dans la Revue thomiste, 1903, p. ^0-88 ■ La Civil la
i. Avantages. — « Saint-Jean nous montre les avantages admirables et infinis que le genre humain a trouvés dans la foi et la confession de cet article, quand il dit • « Quiconque confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeurera en lui, et lui en Dieu (i). » Et le Sauveur luimême les avait déjà annoncés lorsqu'il avait proclamé le bonheur du prince des apôtres par ces paroles : « Tues heureux, Simon, fils de Jean, car ce n'est pas la chair et le sang qui te l'ont révélé, mais c'est mon Père qui est dans les deux (2). » C'est ici, en effet, le fondement de notre salut et de notre rédemption. »
2. Nécessité de l'Incarnation pour la Rédemption. — a Le genre humain étant déchu (à cause du péché originel) d'une si grande élévation, rien ne pouvait le relever et le rétablir dans ses prérogatives primitives, ni la force des hommes, ni celle des anges. Le seul remède à une telle misère et à tant de maux, c'était la vertu infinie du Fils de Dieu. Seul, en prenant l'infirmité de notre chair, il pouvait détruire l'effet infini du péché et nous réconcilier avec Dieu par son sang.
« Or, la foi et la confession de ce mystère de la Rédemtion est et a toujours été nécessaire pour l'acquisition du salut. Dieu l'a révélé dès l'origine ; car, dans la condamnation du genre humain qui suivit immédiatement la faute, a été manifesté l'espoir du rachat par ces paroles qui dénoncent l'échec que doit recevoir le diable de la libération des hommes : « Je mettrai une inimitié entre toi
cattolica, du 21 mars 1903; les Etudes, 20 novembre 1903 ; l'Ami du clergé, 26 novembre 1903 ; de Grandmaison, V Evangile et l'Eglise, dans les Etudes, 1903, t. xciv, p. 140-175 ; P. Lagrange, dans la Revue biblique, 1903, p. 292-313 ; du même, Jésus et la critique des Evangiles, dans le Bulletin de litt. ecclés., 1904, p. 3-a6 ; Mgr BatifTol, Jésus et V Eglise, ibid. ,p. 27 sq ; Jésus et l'histoire, Paris, 1904; L'enseignement de Jésus, Paris, 1906 ; Y. Rose, Etudes sur l'Evangile, dans la Revue biblique, 1900, 2» édit., Paris, 1902 ; Lepin, Jésus Messie et Fils de Dieu, 2e édit., Paris, 1905.