JESUS-CHRIST 2 I T
et la femme, entre ta postérité et sa postérité ; celle-ci te meurtrira la tête, et ta la meurtriras au talon (i). »
a Et, dans la suite, cette promesse a été souvent confirmée. Avec une plus grande clarté Dieu a manifesté son dessein, surtout aux hommes qu'il a voulu honorer d'une particulière bienveillance. C'est au patriarche Abraham, notamment, qu'après avoir plus d'une fois signifié ce mystère, il l'a formellement révélé, au moment où, pour obéir aux ordres de Dieu, il allait immoler son fds unique Isaac. Il lui dit en effet : « Puisque tu as fait cela et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique, je te bénirai ; je te donnerai une postérité nombreuse comme les étoiles du. ciel et comme le sable qui est au bord de la mer, et ta postérité possédera la porte de ses ennemis. En ta postérité seront bénies toutes les nations de la terre, parce que tu as obéi à ma voix (2). » De ces paroles il était aisé de conclure qu'un des descendants d'Abraham délivrerait tous les hommes de la cruelle tyrannie de Satan et assurerait le salut. Or, ce libérateur ne pouvait être que le Fils de Dieu, devenu fds d'Abraham selon la chair.
<( Peu après, pour conserver le souvenir de cette promesse, Dieu renouvela la même alliance avec Jacob, petit-fils d'Abraham. Celui-ci, ayant vu dans un songe une échelle posée sur terre et touchant le ciel par son sommet, le long de laquelle montaient et descendaient les anges de Dieu, le Seigneur, appuyé sur cette échelle, lui adressa ces paroles : « Je suis Jéhovah, le Dieu d'Abraham, ton père, et le Dieu d'Isaac. Cette terre sur laquelle tu es couché, je te la donnerai (à toi) et à ta postérité. Ta postérité sera comme la poussière de la terre. Tu t'étendras à l'occident et à l'orient, au septentrion et au midi, et toutes les familles de la terre seront bénies en toi et en ta postérité (3). »
a Et Dieu, dans la suite, ne cessa point de rappeler le souvenir de sa promesse aux descendants d'Abraham et à beaucoup d'autres encore, et d'exciter leur espérance au Sauveur. Car, dès que la république et la religion des
1. Gen., ni, i5. — 2. Gen.f xxn, 17-18. —3. Gen.t xxviii* j3-i4.
Juifs furent constituées, le peuple commença à avoir une connaissance plus claire de ce mystère. Bien des choses, en effet, signifièrent et des hommes prédirent la nature et l'excellence des biens que ce Sauveur et Rédempteur, Notre Christ Jésus, devait apporter. Les prophètes, dont l'esprit était éclairé d'une lumière céleste, annoncèrent clairement au peuple la naissance du Fils de Dieu, les œuvres admirables qu'il devait accomplir une fois devenu homme, sa doctrine, ses mœurs, sa vie, sa mort, sa résurrection et tous ses autres mystères, parlant de ces choses futures comme si elles eussent été présentes ; de sorte que, si l'on faisait abstraction de l'avenir et du passé, on ne trouverait point de différence entre les prédictions des prophètes et la prédication des apôtres, entre la foi des anciens patriarches et la notre (i). »
i. Ce n'est qu'en passant que le Catéchisme romain signale l'argument tiré des Prophéties, la relation étroite qui relie les deux Testaments et fait de l'Ancien comme la préface du Nouveau, comme l'histoire anticipée de l'Evangile. Notre Seigneur avait dit : « Vous soudez les Ecritures..., ce sont elles qui rendent témoignage de moi. » (Joan., \, 39). Et saint Paul, sachant que toutes choses sont arrivées aux juifs en figures (I Cor., x, 11), esquisse la théorie des figures et des prophéties qui va nettement à prouver que le Jésus de l'Evangile est le Messie delà Bible, que le Christianisme est le remplaçant légitime du Judaïsme. Cet argument est d'une force irrésistible.
Qu'il y ait eu des prophéties, relatives au Sauveur futur, la Bible en témoigne en maints endroits. Elles se succèdent le long de seize siècles, dans un développement progressif, de plus en plus clair, détaillé et précis, d'Adam à Malachie; puis, pendant quatre cents ans, elles cessent jusqu'à Jean-Baptiste, qui annonce l'arrivée immédiate du Messie.
Un rédempteur est promis, d^*s l'origine; il sera de race humaine, juif descendant d'Abraham, d'isaac et de Jacob, de la tribu de Juda, de la famille de David. Ce sera un roi de gloire, mais qui passera, au dire de David et d'isaïe, par les humiliations et les souffrances, par la mort et par la tombe, avant d'exercer sa maîtrise souveraine à la fin des temps. Or, à mesure que les temps approchent, les précisions se multiplient: Daniel compte les semaines d'années; Aggée annonce qu'il viendra pendant que le second temple sera encore debout •
LE NOM DE jisUS 2l3
3. Le nom de Jésus. — « Jésus est le nom propre de celui qui est à la fois Dieu et homme. 11 signifie Sauveur ; et ce n'est ni par hasard, ni par le jugement et la volonté des hommes qu'il lui a été donné, mais par l'ordre et la disposition de Dieu. Car c'est en ces termes que l'ange
MIchée signale Bethléem comme sa patrie ; Zacharie indique son genre de mort.
Telle est l'annonce, et voici sa réalisation : une coïncidence complète et parfaite entre les prophéties messianiques et les faits évangéliques, dans l'origine de Jésus, dans s.a vie, dans sa mort, dans son règne,; or, cette coïncidence est une preuve irréfragable de la divinité de Jésus-Christ.
Les Juifs ont essayé d'éluder la force de cette preuve, et cela dès le commencement de l'Eglise; mais les Pères n'ont cessé d'insister sur un témoignage aussi probant qu'indiscutable.
Sans parler de l'épître du pseudo-Barnabe, qu'il suffise de rappeler le célèbre Dialogue de saint Justin avec le juif Tryphon, où la thèse est développée avec ampleur.
On peut épiloguer, il est vrai, et prétendre que telle ou telle prophétie regarde tel ou tel'personnage de l'Ancien Testament, David, Salomon, Ezéchias, Josias, Zorobabel, ou tout autre ; il n'en reste pas moins que même lorsqu'une prophétie s'applique à ce personnage, elle ne s'y applique que partiellement, et que tel ou tel détail lui est absolument inapplicable; Jésus- Christ seul, par delà ces personnages, la réalise dans sa plénitude. Il n'en reste pas moins surtout que, prises dans leur ensemble, les prophéties forment un faisceau de témoignages convergents, qui tous aboutissent à Notre-Seigneur.
Les rationalistes, embarrassés par un tel argument, épiloguent à leur tour, au moyen d'expédients et d'artifices aussi peu probants que ceux des juifs. De là leurs essais d'histoire du peuple juif, comme ceux de Renan et de Lcdrain, où l'on filtre le texte de l'Ancien Testament pour le dénaturer ; mais c'est en pure perte, car les témoignages sont là, et aucun tour de force d'exégèse ne les empêchera d'exister.
Le grand Pascal avait vu le parti à prendre et la conclusion à tirer de l'existence dés prophéties et de leur réalisation. « Que l'on considère, dit-il, cette suite merveilleuse de prophètes qui se sont succédé les uns aux autres pendant deux mille ans et qui tous ont prédit en tant de manières différentes jusqu'aux moindres circonstances de la vie de Jésus-Christ, de sa mort, de sa résurrection, de la mission des apôtres, de la
2l4 LE CATÉCHISME ROMAIN
l'annonça à Marie : « Voici que vous concevrez en votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus (i). » Plus tard, non content d'ordonner à Joseph, époux de la Vierge, de donner ce nom à l'enfant, il lui fit connaître pourquoi il devait être ainsi nommé : <c Joseph, fils de David, ne crains point de prendre avec loi Marie, ton épouse, car ce qui est formé en elle est l'ouvrage du Saint-Esprit. Et elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés (2). »
« Il est vrai que beaucoup d'autres ont porté ce nom dans l'Ecriture ; tel le fils de Nave, qui succéda à Moïse, pour introduire à sa place dans la terre promise le peuple qu'il avait tiré de la servitude d'Egypte ; tel fut encore le fils de Josédech, le grand-prêtre. Mais avec combien plus de vérité devons-nous estimer que ce nom convient au Sauveur? Car ce n'est pas à un peuple seul, mais à tous les hommes de tous les siècles, opprimés non par la faim ou la domination d'Egypte ou de Babylone, mais assis à l'ombre de la mort et fortement retenus par les liens du péché et du démon, qu'il a donné la lumière, la liberté et le salut, qu'il leur a acquis le droit à l'héritage du royaume des cieux, les réconciliant avec Dieu le Père. Ceux-là n'étaient que la figure du Christ Seigneur, qui a répandu sur le genre humain tous les bienfaits, dont nous venons
prédication de l'Evangile, de la conversion des nations, et de plusieurs autres choses qui concernent rétablissement de la religion chrétienne et l'abolition du Judaïsme. Que l'on considère l'accomplissement admirable de ces prophéties qui conviennent si particulièrement à la personne de Jésus-Christ qu'il est impossible de ne pas le reconnaître à moins de s'aveugler soi-même. » Pensées, II P., a. iv, xu. « La plus grande des preuves de Jésus-Christ, ce sont les prophéties , c'est aussi à quoi Dieu a le plus pourvu. » Ibid., Il P, a xi, 1. « Les prophéties étant accomplies, le Messie est prouvé à jamais ». Ibid., II P., a. iv, vu. Sur cette question, voir U P. Monsabré, Introduction au dogme catholique, Paris, 1866, 1. 1, >Conf. xi-xx.