‹ Le catéchisme romainChapitre 78 sur 230 · JESUS, FILS DE L HOMME 2 2D · texte numérisé non relu

JESUS, FILS DE L HOMME 2 2D

contraire, se trouvait accusé en un puissant relief. De plus, à ces idées ainsi déformées de royaume et de Messie se mêlaient des rêves apocalyptiques sur la fin des temps, à la fois imminente et terrible.

3. Jésus, Fils de l'homme. — Devant un tel état d'esprit, il était inutile de heurter tout d'abord de front cette fausse conception messianique ; de toute nécessité s'imposait la tâche de la redresser, de la corriger, et d'indiquer peu à peu et de plus en plus clairement, jusqu'à ce que toute hésitation ne fût plus permise, quels étaient le vrai caractère du royaume de Dieu et le vrai rôle de Jésus, comme Messie, dans la fondation de ce royaume. Dans la réalité, il ne s'agissait pas d'une restauration nationaliste et théocratique, d'une réédition du règne de David, du règne matériel d'Israël, mais bien de l'avènement d'un règne pacifique de Dieu, d'un royaume purement spirituel à ouvrir à tous les peuples sans distinction, dès ici bas et sur l'heure, en attendant sa consommation glorieuse dans le ciel. Et le Messie qui devait le fonder, l'Oint de Dieu ou le Christ, avait pour mission spéciale de le fonder sur terre par la prédication de l'Evangile, en révélant au monde le Père céleste et en rachetant l'humanité sur la croix par une mort violente, librement acceptée.

Or, pour transformer ainsi l'attente générale des juifs en une aspiration religieuse, pour substituer à l'idée d'un fils de David selon la chair celle du vrai Messie, il fallait procéder avec mesure et sagesse. Notre Seigneur inaugure son ministère apostolique en répétant comme Jean-Baptiste : « Le royaume de Dieu est proche. » Mais bientôt, en prêchant ce royaume « de Dieu » et non d'Israël, il ajoute qu'il n'est plus à venir, qu'il est déjà venu, et qu'il est

LE CATECHISME. — T. II. Ij

au-dedans de chaque homme. C'était la réponse aux véritables aspirations de la piété juive. sur le règne moral de Dieu, dont les cantiques de l'enfance, rapportés par saint Luc, sont un écho. Le Benedictas et le Nunc dimillis trahissent, en effet, cette pensée, non d'une restauration politique, mais d'une lumière, d'une paix, d'une consolation toutes spirituelles. Mais ce n'était pas la réponse aux aspirations de l'àme populaire, qui rêvait de renaissance nationale et de domination universelle. Adieu donc les illusions et les chimères, dont se berçaient les juifs, môme ceux qui entouraient Jésus, tels que les fils de Zébédée et les disciples d'Emmaùs 1

Le royaume annoncé par l'ange Gabriel est d'ordre mystique ; la pensée de Jésus est tout l'opposé de celle des zélotes et des pharisiens. A César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu. Il n'est nullement question de substituer un gouvernement juif à l'occupation étrangère, mais de fonder un royaume spirituel. Et sans doute ce royaume spirituel aura plus tard, dans le ciel, une sanction solennelle ; mais il existe déjà sur la terre. Il est ouvert, sans privilège de race, à toute âme de bonne volonté, âme de gentil comme âme de juif; il est sans frontières, universel. Dieu y appelle ; mais n'y entre que celui qui est décidé à accomplir la volonté de Dieu. Il y a d'abord un obstacle à vaincre, le démon à chasser, le péché à pardonner, c'est-à-dire l'âme à libérer. Et aussitôt la repentance, la conversion du cœur, la justice, la simplicité, la pureté en facilitent l'accès ; on n'y reste que par la persévérance dans ces bonnes dispositions. Semblable au grain de sénevé, au levain, c'est dès ici bas qu'il s'instaure, tout en restant mêlé au reste. De la part de Dieu, il est un don gracieux, mais il constitue pour celui qui en fait partie un droit à la vie éter-

nelle, à ce « royaume préparé dès l'origine du monde, » à la récompense glorieuse. Royaume réel, actuel, bien que spirituel, acheminant sûrement vers le royaume futur et définitif. Il s'établit dans l'intimité de l'âme, s'y sème, y croît silencieusement et s'épanouit en moisson. Et c'est ainsi qu'à l'éclat attendu Jésus oppose l'invisible ; à l'instantanéité l'élaboration lente ; à l'imminence un lointain indéfini ; par là il se dégage, comme le note le P. Rose, de l'eschatologie et de la chimère juive, 11 rompt avec la fausse conception messianique.

Ce royaume, prêché et fondé par Jésus, mais d'un caractère si spécial, ne montrait pas aux juifs que Jésus fût le Messie qu'ils s'étaient imaginé. Et c'est pourquoi les auditeurs du prédicateur galiléen, les témoins des miracles du thaumaturge comprenaient bien qu'ils avaient devant eux un prophète, mais non le Messie, puisqu'il ne réalisait pas l'attente enfiévrée des synagogues. De son côté, Jésus ne répudie pas ce titre de prophète, parce qu'il laisse deviner un peu ce qu'il est ; mais en revanche, il revendique celui de Fils de l'homme ; c'est celui qu'il aime à se donner, car il est l'équivalent de celui de Messie. Il l'a emprunté à l'Ancien Testament et il l'a choisi, à raison du but qu'il poursuit, et qui est de corriger d'abord la méprise des juifs sur le rôle du Messie, de l'écarter et de lui substituer l'idée du vrai Messie, du Messie humble d'aspect, soumis à Dieu comme un serviteur à son maître, oint par Dieu pour un message déterminé, victime expiatoire du péché et rançon de l'humanité. Il l'emploie, en effet, dans tout ce qui a rapport à sa vie humaine et à sou apostolat, et il y associe l'annonce de ses souffrances et de sa mort.

Mais, sans que personne ait songé à lui en demander l'explication, sans qu'il ait pris lui-même

le soin d'en révéler le sens profond, il a pourtant laissé clairement entrevoir ce qu'il fallait entendre par là.

4. Jésus Messie. — Jésus, en effet, est le Messie. C'est une vérité qui, dans les Synoptiques, se montre lentement, progressivement. Nul doute qu'à la théophanie du Baptême et à la tentation au désert Jésus n'ait possédé la conscience d'être le Messie. Mais, dans la première partie de sa vie publique, pendant la période galiléenne, il use de discrétion, il se contente du titre équivalent de Fils de l'homme, nous venons de voir pourquoi ; c'est à raison des préjugés populaires, pour prévenir tout enthousiasme intempestif, à raison aussi de la mauvaise disposition des pharisiens et en vue de préparer les esprits au rôle de victime. Il ne manifeste donc sa vraie messianité qu'indirectement, par sa conduite et par ses actes.

Il enseigne avec autorité, attitude exceptionnelle qui, dans l'esprit de ses auditeurs, le range dans un ordre à part. Il accompagne son enseignement de prodiges qui corroborent et grandissent l'idée qu'on se fait de lui, qui l'accréditent comme un prophète extraordinaire. Il mêle à sa prédication d'étonnantes déclarations sur sa personne. Il s'affirme, en effet, envoyé de Dieu ; il prétend surpasser en dignité tout ce que Israël a compté de grands hommes : il est plus que Jonas, Salomon et Jean-Baptiste ; il s'arroge enfin des pouvoirs et des privilèges inouïs, qui ne sauraient appartenir qu'à Dieu ; il se montre le maître du sabbat et pardonne les péchés. Tout cela, aux yeux de la foule, n'est que l'œuvre d'un prophète extraordinaire ; sur les lèvres de Jésus, c'est l'œuvre du Fils de V homme ; en réalité, c'est la manifestation implicite et suggestive du Messie.

Page 1