‹ Le catéchisme romainChapitre 79 sur 230 · JÉSUS MESSIE · texte numérisé non relu

JÉSUS MESSIE

À la fin de la période galiléenne a lieu la scène célèbre de Gésarée de Philippe. Pierre le proclame solennellement : « Vous êtes le Christ! » « le Christ de Dieu ! » « le Christ, Fils du Dieu vivant (1) ! » Cette fois, que fait Jésus? 11 ratifie pleinement la confession de son apôtre, et il déclare qu'elle est d'inspiration divine. Mais le moment n'étant pas encore opportun d'une telle notification, il recommande un silence discret, comme il l'avait fait jusque-là aux possédés délivrés par lui.

Or, la manifestation de la messianité de Jésus s'accentue au Thabor, dans cette seconde théophanie où Dieu le Père proclame Jésus son Fils bien aimé. Nouvelle recommandation de silence, parce qu'il est écrit que le Fils de l'homme doit souffrir. Et c'est, en effet, vers cette idée de ses souffrances et de sa mort qu'il tourne désormais l'esprit de ses disciples. Cette fin, il l'a entrevue, il Tannonce et il l'affronte par devoir : il est le Fils de l'homme, c'est-à-dire le serviteur de Dieu, « venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rançon d'un grand nombre (2). »

Enfin, quand arrive l'heure où va s'achever sur terre son rôle de Rédempteur, la manifestation de sa messianité éclate publiquement. Au jour des Rameaux il est acclamé fils de David, roi d'Israël. Plus de doute : on le prend pour le Messie. Cela révolte les pharisiens. Mais Jésus approuve les acclamations de la foule, car, à son défaut, « les pierres mêmes crieraient. » Dès lors la réalité messianique de celui qui se désignait sous le titre de Fils de l'homme est dans tout son jour. Jésus la manifeste maintenant à ses apôtres en termes expli-

1. Marc, vin, 29 ; Luc, ix, ao ; Matth., xvi, 16. — a. Marc, x, 45.

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«rites en leur parlant de la ruine prochaine de Jérusalem, de son avènement comme Fils de l'homme dans les nuées du ciel au jugement dernier. Et finalement c'est devant Caïphe et le sanhédrin qu'il met le sceau à cette révélation.

Depuis Ion temps les sanhédrites cherchaient à se débarrasser de Jésus. Que de traquenards ne lui ontils pas lendus 1 Le procès qu'ils lui intentent, cette fois, roule sur sa messianité. Est-il, oui ou non, le Christ annoncé, l'Oint du Soigneur ? « Je le suis, répond-il, et vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance du Père. » Plus d'hésitation: la réponse est aussi catégorique que possible; l'allusion au Fils de l'homme ne l'est pas moins. Les sanhédrites connaissent le passage du Psalmiste : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : « Assieds-toi à ma droite. » Au point de vue de la loi juive, Jésus est <un séducteur. Grâce à l'équivoque qu'offrait le titre de Christ, ils le livrent à Pilate comme séditieux. Mais Pilate ne s'y trompe pas : il constate que si Jésus est le Christ, il ne l'est nullement au sens politique et national, mais dans un sens religieux qui ne tombe pas sous les coups de la loi romaine. Et s'il finit par le condamner, c'est pour une autre raison, celle-ci d'ordre purement politique et personnel, et pour appliquer la loi juive. Jésus n'était; donc pas seulement le Messie, il se disait encore Fils de Dieu, avouent les Sanhédrites; L'était-il réellement ?

i. Le problème. — Que Jésus ait été homme,, c'est ce qui résulte clairement des données évangé-' tiques telles que nous les trouvons dans les Synoptiques. De sa naissance à sa mort, dans sa vie privée

et publique, Jésus nous apparaît comme un homme. Même dans ses rapports avec Dieu, il prend et conserve une attitude de créature et de serviteur. A-t-on le droit d'en conclure qu'il n'a été qu'un homme comme les autres ?

Que Jésus, en se disant le Fils de l'homme, ait été le Messie-homme, c'est ce qui ressort non moins clairement du témoignage des Synoptiques. Mais n'a-t-il été que cela ? n'a-t-il pas été aussi le Messie-Dieu ? Son titre de Messie-homme ne dit pas tout ce qu'est Jésus et n'exprime pas complètement sa personnalité. Sa messianité implique quelque chose de plus que l'humanité, Jésus la déborde par sa qualité de Fils de Dieu. « Les trois Synoptiques, dit le P. Lagrange, avec des points de vue différents, sont d'accord pour montrer combien en Jésus la qualité de Fils de Dieu déborde l'idée messianique, au point que cette filiation ne peut être entendue qu'au sens naturel. Leur opinion est incontestablement la foi de l'Eglise. Or, ils ont eu des sources. Cette idée circule partout dans les Evangiles, quoique discrète, presque voilée. Il faut qu'elle soit extraite, pour ainsi dire, des paroles les plus simples et les plus authentiques de Jésus (i). »

Les critiques se demandent comment Jésus a pu se croire et se dire le Messie Fils de Dieu. La réponse toute naturelle, c'est qu'il l'a cru et dit parce qu'il l'était réellement. Mais les critiques insistent. Tout en mettant hors de cause la bonne foi de Jésus, ils se sont demandé s'il n'a pas été victime d'une illusion, d'une erreur, provoquée par un travail obscur de son esprit, par une évolution naturelle de sa pensée, au contact des idées courantes, sous

i. Jésus et la critique des Evangiles, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, 1904, p. 2^-25.

l'influence du milieu dans lequel il a vécu et sous la pression des circonstances qui lui imposaient un tel rôle et auxquelles il a cédé. Mais c'est là ne tenir compte que d'un côté de l'aspect que nous offrent les Synoptiques et négliger, sans en avoir le droit, l'ensemble des données évangéliques. Saint Matthieu, sainl Marc et saint Luc ont écrit après saint Paul, à une date où la christologie était suffisamment ferme et explicite dans la conscience chrétienne. .Marc et Luc, en particulier, avaient été les disciples de saint Paul, et il serait très surprenant que leur témoignage fût en contradiction avec celui du grand apôtre (i).

2. Le titre de Fils de Dieu. — Notons tout d'abord que, pour ne pas être expressément formulée en termes explicites comme dans une définition de foi, la divinité de Jésus ne se trouve pas moins contenue dans les Synoptiques : elle y est à l'état implicite, en germe, si l'on veut, mais de manière suffisante pour permettre de l'en dégager logiquement comme une conclusion certaine et pour justifier ainsi d'avance les formules dogmatiques qu'en donnera plus tard l'Eglise.

Nous trouvons, en effet, le titre de Fils de Dieu maintes fois appliqué à Jésus dans les Synoptiques. C'est l'ange qui annonce à Marie que l'enfant qui naîtra d'elle sera appelé le Fils du Très-Haut (2). A la théophanie du baptême et de la transfiguration,

1. ((Gomment Paul, qui n'a pas connu Jésus, a-t-il pu obtenir qu'on refit son histoire en la transposant selon son idéal à lui du Christ ressuscité, et comment les premiers disciples ont-ils assisté muets à cette transformation ? Nous demandons qu'on nous rende le Pétrinisme, qui marquait du moins une étape nécessaire dans cette voie ; et s'il n'a pas été reconnu viable, c'est donc que le Paulinisme n'a pas existé non plus de cette façon ». Lagrange, ibid., p. a5. — 2. Luc, 1, 3a.

c'est une voix du ciel qui dit à Jésus : « Tu es mon Fils bien aimé (i). » Au désert et dans les exorcismes, les possédés interpellent Jésus comme le Fils de Dieu (2). A Césarée de Philippe, c'est Pierre qui dit : a Vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant (3). » Et ce titre de Fils de Dieu, Jésus lui-même le ratifie comme l'expression de la vérité et déclare à Pierre que c'est Dieu le Père qui le lui a révélé ; car, selon l'enseignement de Jésus, nui ne connaît le Fils si ce n'est le Père. Enfin Jésus ne s'est pas contenté de le ratifier, il Fa personnellement revendiqué de la manière la plus expresse devant Caïphe et le Sanhédrin. A cette question : a Si tu es le Christ, dis4e nous, » Jésus répondit : « Si je vous le dis, vous ne le croirez pas ; et si je vous interroge, vous ne me répondrez pas et ne me relâcherez pas. Désormais le Fils de V homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu. » Alors ils disent tous : « Tu es donc le Fils de Dieu ? » Il leur répondit : a Vous le dites, je le suis (4). »

3. Signification symbolique de ce titre. — A quoi donc répond ce titre de Fils de Dieu et que signifie-t-il ? Dans l'Ancien Testament sont appelés fils de Dieu les Juifs, en tant que peuple choisi, leurs rois et tout personnage qui était l'objet d'une attention spéciale, d'une faveur de la part de Dieu. Dans le Nouveau, dans les Synoptiques eux-mêmes, ce titre est appliqué aux « pacifiques. » Tout homme est fils de Dieu, car, en s'adressant à lui, il doit dire : « Notre Père. »

La filiation, impliquée par ce terme, n'est qu'une métaphore ; elle exprime entre Dieu et les créatures

, i. Matth., m, 17; xvii, 5; Marc, 1, 11; ix, 6; Luc, ni, 22 ; ix, 35. — 2. Matth., vin, 29 ; Marc, v, 7 ; Luc, vin, 28. — 3. Matth. , xvi, 16 ; Marc, vin, 39; Lac, ix, 20, — 4- Luc, xxn, 67-70.

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une relation morale : c'est une filiation d'adoption, ce n'est pas une filiation de nature, Dieu est Père en tant que Créateur et Providence ; l'homme est fils en tant que créé et protégé par Dieu.

Dans ce sens, il est clair que le titre de Fils de Dieu s'applique tout particulièrement au Christ, au Messie ; mais il n'a rien de transcendant, d'absolu ; il ne marque pas cette relation de nature qui fait qu'un père n'est père et qu'un fils n'est fils, au sens propre du mot, que parce que le premier a réellement engendré le second.

Le question est donc de savoir si, d'après les Synoptiques, le titre de Fils de Dieu ne doit pas s'entendre encore, relativement à Jésus, au sens propre, non plus simplement d'une filiation métaphorique ou morale, mais d'une filiation réelle ou naturelle, d'une vraie génération. Les critiques rationalistes contemporains y répondent négativement. En ont-ils le droit? Et ne sont-ils pas en opposition manifeste avec les aveux que Jésus fait de lui-même sur ce qu'il est, sur la nature de sa filiation et sur les droits qu'il s'arroge? Examinons-le.

4. Jésus est vraiment le Fils de Dieu par nature. — i° Jésus, il est vrai, n'a pas dit en termes formels : « Je suis le Fils de Dieu par nature, » mais il a donné clairement à entendre que Dieu le Père n'a qu'un Fils, au sens propre, et qu'il est, lui, ce Fils. C'est la conséquence logique qui se dégage de plusieurs traits épais dans les Synoptiques. N'y voyons-nous pas, en effet, que Jésus est le Fort armé venu pour détruire le royaume de Satan (1) et établir sur ses ruines le royaume de Dieu (2) ? Il dispose du sabbat comme s'il en était le

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