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LA THÉORIE DE STAPFER

Eenan, ils tiennent que ce travail est fondé, non sur l'illusion, mais sur la réalité.

3° La théorie de Stapfer. — Telle est, en particulier, l'opinion de Stapfer. Jésus, nous dit-il, a bien eu la conscience d'être le Fils de Dieu ; sa conscience d'être le Messie n'en est que le développement normal, lent et progressif (i). C'est au baptême que se dénoue ce drame intérieur ; c'est laque se produit l'éveil de la conscience messianique ; c'est à la tentation que se détermine son orientation. A l'encontre des idées fausses, des rêves insensés €t du fanatisme de ses contemporains, ce n'est point une royauté politique et terrestre que Jésus envisage, mais un royaume spirituel, une action morale, une œuvre religieuse. Et c'est grâce à l'opposition, d'abord sourde mais tenace, de plus en plus agressive et menaçante des pharisiens, que Jésus entrevoit la possibilité, la probabilité dune mort violente, qu'il en acquiert la certitude, qu'il l'affronte et l'accepte en vrai prophète ; car tout prophète, l'histoire d'Israël en fait foi, a été la victime sanglante de son rôle. Mais il reste convaincu que ce ne sera là que la préface du rôle futur et glorieux du Messie, dans un triomphe posthume, par delà la tombe et par delà le temps.

Aux yeux donc de M. Stapfer, Jésus n'est pas le maître des événements, il s'y plie, il les subit, conformément à la conscience qu'il a de son rôle de Messie ; vis-à-vis d'eux, il est dans l'ignorance et

i. Pour ce qui regarde le sens de ce titre Fils de Dieu, M. Stapfer écrit : « Chaque croyant, dans le protestantisme, se fait sa christologie, parce que chaque croyant se représente la divinité de Jésus-Christ à sa manière qui n'est pas celle de son voisin. » La mort et la résurrection de Jésus-Christ, Paris, 1898, p. 339-34o.

l'incertitude jusqu'au moment où, par l'effet des circonstances, un éclair rapide lui fait entrevoir son avenir prochain. Or, où trouver dans les Synoptiques la preuve d'une telle dépendance, d'un tel conditionnement ! Et n'est ce pas confondre ce qui, en Jésus, n'a été extérieurement qu'une manifestation progressive de son rôle et de sa nature avec la conviction intime qu'il avait totalement de ce rôle et de cette nature, dès la première heure ? Pures conjectures et hypothèses gratuites, que les textes positifs des Synoptiques n'autorisent en aucune manière, et qui ne sont, en réalité, qu'un expédient commandé par l'idée préconçue que Jésus n'est pas Dieu (i).

IL La théorie de M. Harnack

i. M. Harnack, professeur à l'Université de Berlin, a pris un contact direct avec les sources. Sans épuiser tout ce qui se dégage des faits évangéliques, il a dit ce qu'il croyait y voir, sincèrement.

Déjà, en 1896, dans son discours sur le Christianisme et ï histoire (2), il avait fait ressortir le rang à part et unique qu'occupe, dans l'histoire, la personnalité de Jésus (3). Renan avait dit : « Il est

1. Cf. Lepin, Jésus Messie et Fils de Dieu, 2e édit., Paris, 1905. — 2. Das Christenlum und die Geschichte, p. 10 ; Cf. Mgr Baliffol, Jésus et l'histoire, Paris, iqo4, p. 3o-33. — • 3. Plus explicitement encore, un professeur de Bâle, M. Wernle, protestant libéral, constate que la personnalité de Jésus est inséparable de sa pensée, que sa conscience est transcendante, que c'est plus qu'une conscience humaine, et il ajoute : « Il n'est qu'honnête de confesser que l'origine de cette conscience est un mystère pour nous : nous ne savons rien sur ce point. » AnfânQe unserer Religion, Leipzig, 1901, p. 33-27.

LA THÉORIE DE M. HARNACK 2/jÇ)

probable que, dès ses premiers pas, il (Jésus) s'envisagea avec Dieu dans la relation d'un fils avec son père (i). » « La première pensée de Jésus, pensée tellement profonde chez lui qu'elle n'eut probablement pas d'origine et tenait aux racines mêmes de son être, fut qu'il était le Fils de Dieu, l'intime de son Père, l'exécuteur de sa volonté (2). » Ce qui n'était qu'une probabilité pour Renan, est un fait positif pour M. Harnack, quelque chose d'inné, de naturel, car « en Jésus tout se passe aussi naturellement que s'il ne pouvait pas en être autrement, la source jaillit des profondeurs de la terre, claire et ininterrompue (3). »

2. Or, Jésus s'est désigné sous le titre de Fils de Dieu et de Messie. De ces deux titres, le premier importe surtout : que signifie-t-il ? Il ne signifie pas autre chose, répond M. Harnack qu'une relation de connaissance, d'après le passage : « Nul ne connaît le Père que le Fils. » De telle sorte que « la connaissance de Dieu est la sphère de la filiation divine. » La conscience qu'a Jésus d'être Fils de Dieu n'est autre que la conséquence pratique de la connaissance qu'il a de Dieu comme Père et comme son Père. C'est tout ce que renferme le nom du Fils.

Jésus était convaincu qu'il connaissait Dieu comme personne ne l'avait connu ; il savait que c'était sa mission de communiquer aux autres cette connaissance de Dieu. Gomment y est-il parvenu ? « C'est un secret qu'aucune psychologie ne peut pénétrer (4). » Jésus a eu conscience de cette connaissance de Dieu et de sa mission de la propager. Et cela est total, et cela est vivant. « Celui qui l'a

1. Vie de Jésus y p. 80. — 2. Ibid., p. 122. — 3. L\ssen:e9 p. 36. — 4. Ibid., p. i33.

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annoncée n'a pas perdu son importance et donne encore aujourd'hui à la vie humaine son sens et son but, c'est le Fils de Dieu (i). »

3. Mais Jésus s'est appelé aussi le Messie, c'est le sens de ce titre : le Fils de Vhomme. Ce titre de Messie représentait, au temps de Jésus-Christ, plusieurs idées, dont les unes pouvaient s'autoriser de l'enseignement prophétique, mais dont les autres étaient adventices et complètement étrangères; il répondait à des états d'âme fort différents. Jésus a dû le reprendre pour le vider de tout son contenu politique, pour le ramener à sa signification originelle d'ordre moral et religieux ; il a dû le créer de nouveau en quelque sorte. Comment y est il parvenu? « Jamais, dit M. Harnack, nous ne pénétrerons les phases intérieures que Jésus a traversées pour passer à la certitude qu'il était le Messie annoncé... Nous ne pouvons pas nous rendre compte de la façon dont Jésus est parvenu à la conscience qu'il était le Messie (2). »

M. Harnack accorde, en tout cas, qu'au début de sa vie publique Jésus était fixé sur le caractère de sa mission, mais « il se peut, ajoule-t-il, que l'accomplissement de sa vocation ait modifié cette idée. » Et quoi qu'on pense de cette conception du Messie, elle était l'hypothèse nécessaire pour que l'élu pût être reconnu comme tel dans l'histoire de la religion juive. « Jésus était et n'était pas le Messie ; il ne l'était pas parce qu'il laissa cette conception loin derrière lui, parce qu'il la remplit d'un, contenu qui la fit éclater (3). »

Enfin, à défaut de données évangéliques positives sur la formation de Jésus, M. Harnack estime que Pimage claire de sa prédication, que l'histoire de la

1. L'essence, p. i4o. — a. Ibid., p. i48. — 3. Ibid., p. i5i.

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