L'impasse de M. Harnack. — « L'Evangile
i. Mgr Batiffol a démontré que la prétendue continuité de TEvangile et de l'Eglise ne repose pas sur une idée identique ; elle n'a été réalisée, au sens de M. Loisy, qu'aux dépens de la continuité de ce que Newman appelait le type originel ; et cela parce que M. Loisy n'a pas du développement la même théorie que Newman. « M. Loisy qui admet des stratifications doctrinales tranchées, non seulement dans la théologie apostolique, mais aussi dans celle des Synoptiques et jusque dans les paraboles évangéliques, s'est interdit d'admettre un développement de cette nature... car si, dans ce laborieux eftort d'adaptation, puisque l'on ne veut voir dans le Nouveau Testament, comme dans l'Eglise, qu'une adaptation, la donnée originelle a été dénaturée, il n'y a plus de développement, au sens de Newman, mais transformisme. » L'Evangile et l'Eglise, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, 1903, p. io-ia.
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primitif atteint par le protestantisme, en passant pardessus les temps apostoliques, la réduction critique qui supprime tous les dogmes et ne respecte plus la lettre del'Ecriture. ... Le pur Evangile ! Il y a longtemps que le monde en entend parler, mais, à vrai dire, il n'avait jamais été si pur, si ce mot est synonyme de réduit. Dieu le Père, le prix de l'âme, la loi de l'amour... On n'est pas tenu de croire aux miracles, ni même à la résurrection de Jésus, on retranche de la croyance des apôtres au lendemain de ce grand fait, pour se placer en face de la prédication de Jésus et y adhérer parla foi. Evidemment, cela ne nous éclaire pas beaucoup sur Dieu, ni sur le monde, ni sur nous-mêmes, et l'acceptation mystique de la lutte contre le mammon et l'égoïsme nous laisse à notre faiblesse native ; mais il importe justement pour l'auteur de fermer la porte à l'intellectualisme et à la grâce ex opère operato, et cette religion si simplifiée peut servir de base à une union générale ; le but de M. Harnack n'est pas de diviser, mais de montrer en quoi les communautés é\angéliques sont unies.
a Assurément, s'il s'agit d'une certaine union fraternelle, et nous demandons à y être admis. Mais s'il faut renoncer à tout le reste, la paix serait trop chèrement achetée, et l'union doctrinale sur un minimum pareil, ne peut être qu'une capitulation. Et on se demande vraiment si M. Harnack, si sincèrement désireux du bien des humbles et des petits, a pu croire qu'un programme si maigre, Si insuffisant pour eux, leur était vraiment accessible autrement que par un acte de foi, non pas en Jésus, mais dans les résultats de sa réduction critique... La doctrine de Jésus, assurément très simple dans son expression, est cependant considérée comme très profonde, mystérieuse et accessible aux petits, seulement par une disposition spéciale du Père céleste, tandis que la réduction critique de M. Harnack, très vague et très floue, malgré son indigence, ne peut être accessible aux humbles que par l'intermédiaire des savants, parlant comme savants et d'après leurs recherches scientifiques.
t< Nous aboutissons donc à une sorte d'impasse. D'aprè»
M. Harnack, nous devons, par des procédés savants, retrouver le pur Evangile, le rechercher immédiatement sur les lèvres de Jésus autant que cela est possible, rejeter tout le reste, adhérer à son enseignement par la foi, tout en le considérant comme un pur homme, et vivre de la vie éternelle qui vit en lui éternellement, tout en sachant bien qu'il n'est pas ressuscité. Mais, pourquoi la foi, puisqu'on s'en tient à des thèmes rationnels, et en revanche, la raison trouve- t-elle son compte à cet entraînement mystique et à cet aveugle abandon ? Combien, parmi ceux qui suivront la raison de M. Harnack dans ses négations, se retrouveront avec lui dans la sphère de paix religieuse où il sera parvenu sur les ailes de la foi ? » Lagrange, Revue Biblique, 1901, p. 1 19-12 1.
2. Les origines chrétiennes et le protestantisme libéral. — « 11 n'est si hardi chef de mission qui n'éprouve, après les émotions des luttes et la fièvre des marches en avant, le besoin de vérifier et de maintenir le contact de sa colonne avec la base des opérations. Un instinct analogue semble à la fin du xix* siècle, avoir forcé les théologiens protestants les plus osés de revenir aux origines du christianisme, moins en critiques ou en historiens curieux de nouveaux points de vue, qu'en chrétiens, désireux de s'assurer ce titre, anxieux de voir ce que laissait debout, du vieil édifice théologique, un siècle de recherches indépendantes jusqu'au mépris de la tradition, de philosophie émancipée jusqu'à l'incohérence, d'exégèse radicale jusqu'à l'émiettement. Ils ont été ainsi amenés à tracer la carte de ce que le flot montant des négations et des doutes, selon eux, légitimes, a respecté dans le christianisme : cette base, diversement étendue, mais bien étroite toujours, est tout ce qui leur reste pour fonder une vie religieuse qu'on puisse qualifier de chrétienne ; et par un effort presque touchant, ils s'ingénient à montrer qu'elle suffît, et que la substance du christianisme est sauve, d'autant mieux qu'elle est à présent purifiée des scories traditionnelles. » L. de Grandmaison, Lt Christ de M. Harnack, dans les Etudes, 1902, t. xc, p. 737.