LA DIVINITÉ DE JESUS ET LA FOI PRIMITIVE
cette concession le diable ne perd rien, car on conclût que « Marc n'a plus aucune vue réelle de la vie de Jésus. » « Au moins cela est net, mais alors il faut reconnaître avec ces Messieurs ce qu'il y a de chimérique dans la tentative de retrouver cette vie réelle d'après l'ouvrage qui l'a défigurée. Voici Marc devenu presque aussi suspect que saint Jean, et on demandera bientôt aux catholiques de ne plus le citer pour prouver la divinité de Jésus !
a Quand donc se sera formée l'image du miraculeux Fils de Dieu ? Non pas entre saint Paul et saint Marc, car elle est dans saint Paul. Serait-ce saint Paul lui-même qui l'a forgée ? Il n'en a pas eu le soupçon. On pensait jusqu'à présent que c'était lui qui avait adopté les idées de la communauté chrétienne, qui avait abandonné son idéal pharisaïque du Christ pour adopter celui qui s'était imposé à lui dans une vision et qu'il avait trouvé conforme à celui des autres disciples. Il est impossible de révoquer en doute ce point. Nous sommes donc reportés plus haut encore. Mais dès les premiers jours les chrétientés se sont multipliées. La persécution a semé le christianisme un peu partout. Où s'est-on formé du Christ une idée si différente de celle que lui-même aurait donnée de lui-même ? En quel lieu le monothéisme juif a-t-il fléchi ? Comment les autres chrétientés auraientelles admis cette transformation qu'il faudrait dire substantielle de l'Evangile ? Pourquoi la protestation des Ebionites s'est-elle produite tardivement et est-elle demeurée isolée ?
« Partout nous rencontrons la foi de l'Eglise. Elle ne peut pas s'être trompée sur l'ensemble de l'enseignement de Jésus. Elle ne peut pas avoir été infidèle à son esprit, en 1 adorant comme Dieu, et elle n'avait pas le droit de le faire s'il n'a, comme elle l'affirme par les Evangiles qu'elle a reçus, forcé sa croyance par ses miracles et ses affirmations.
« C'est sur cette foi de l'Eglise primitive que les fidèles peuvent se reposer en paix, pendant que les critiques agitent leurs problèmes. S'ils prétendent que cette foi s'est transformée, demandons-leur du moins des preuves
28o LE CATÉCHISME ROMAIN
décisives. Et nous serions bien étonné qu'ils puissent nous les fournir, puisque leurs conclusions seront tirées d'écrits composés pour enseigner le contraire et ne peuvent, par là même, avoir d'autre valeur que celle de conjectures. En ébranlant l'autorité des Evangiles, les critiques s'interdisent à eux-mêmes de construire rien de solide sur ce terrain mouvant. Pour nous, l'Eglise garantit l'autorité de l'Evangile. » Lagrange, Revue biblique, igo3, p. 3oo-3oi.
5. Le sens du titre de Messie, d'après M. Loisy. — M. Lepin met en forme l'argument de M. Loisy sur le sens du titre de Messie. Ce titre désignerait essentiellement le souverain du royaume messianique, le roi de la Jérusalem nouvelle, le président de la société des élus. Or, le royaume messianique, la Jérusalem nouvelle, la société des élus, ne doivent être réalisés qu'à la fin des temps. — Donc, c'est aussi à la fin des temps que ce titre de Messie conviendra véritablement à Jésus; alors seulement il commencera d'en remplir la fonction caractéristique et essentielle. Jusque là il est celui qui doit être le Messie, mais pas encore, à proprement parler, le Messie. Ce rôle de Messie est essentiellement eschatologique.
M. Lepin répond : Ad majorera : le titre de Messie conviendra au Sauveur, d'une manière toute spéciale à la fin des temps, concedo ; mais qu'il faille attendre jusque-là pour trouver la première justification de ce titre et le point initial des réalités qu'il suppose, nego.
Ad minorent: le royaume messianique, à la fin des temps, aura sa consommation finale, son achèvement, sa perfection ; ce sera l'inauguration solennelle ou sa phase glorieuse et définitive, concedo ; mais ce royaume comporte une phase antérieure, quoique non sous la même forme, une phase où il est véritablement réalisé comme royaume de Dieu sur la terre, et préparant l'inauguration finale en sa forme parfaite et céleste ; et dès lors, dans Cette première phase, le titre de Messie se trouve justifié.
Si on nie, on demandera : ce titre est-il en connexion si étroite, si essentielle, avec la réalisation suprême du règne messianique que ce titre ne puisse convenir à Jésus