CONÇU DU SAINT-ESPRIT
1° Conçu du Saint-Esprit. — i. Bonté admirable de Dieu. — « Ce qui a été dit dans l'article précédent suffit pour faire comprendre aux fidèles l'immense et singulière grâce faite par Dieu au genre humain, en nous arrachant à l'esclavage d'une très cruelle tyrannie et en nous rendant la liberté. Mais si nous prêtons attention aux moyens qu'il a employés pour cela, nous ne trouverons certainement rien de plus beau ni de plus magnifique que sa bonté et sa libéralité à notre égard. »
2. Sens de cet article. — « C'est donc la grandeur de ce mystère, que l'Ecriture nous invite si souvent à méditer comme le fondement de notre salut, que le pasteur expliquera au commencement du troisième article Et d'abord, suivant le sens des paroles qui l'expriment, nous croyons et confessons que Jésus-Christ Notre Seigneur, Fils unique de Dieu, lorsqu'il s'est fait homme pour nous dans le sein d'une vierge, n'a point été conçu comme les hommes, mais par une voie surnaturelle, par la vertu du Saint- Esprit ; de telle sorte que la même personne demeurant Dieu, comme elle l'était de toute éternité, est devenue homme, ce qu'elle n'était pas auparavant. C'est là ce qu'enseigne expressément le symbole de Constantinople : ce Pour nous autres hommes et pour notre salut Jésus est descendu des cieux ; il s'est incarné, par le Saint-Esprit, dans le sein de la vierge Marie, et il s'est fait homme. » Delà même manière saint Jean l'Evangéliste a expliqué ce mystère profond, dont il avait puisé la connaissance dans le sein même du Sauveur. Car, après avoir déclaré la nature du Verbe par ces paroles : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu, » il termine par celles-ci : « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habile parmi nous. » Le Verbe, en effet, qui est une personne divine, en prenant la nature humaine, a uni la nature divine et la nature humaine en une seule hypostase ou personne. D'où il résulte que, dans cette union si admirable, chaque nature a conservé ses opérations et ses propriétés, sans que la gloire de la nature divine absorbât la nature humaine, ou que l'élévation de
la nature créée abaissât la nature incréée, selon le mot de saint Léon le Grand (i). »
3. Ce quil faut attribuer à la Trinité et à chaque personne. — « Mais comme il ne faut pas négliger l'explication des termes, le pasteur doit enseigner que, si nous disons que le Fils de Dieu a été conçu par la vertu du Saint-Esprit, ce n'est pas prétendre que cette personne seule de la sainte Trinité ait concouru au mystère de l'Incarnation. Bien que le Fils seul ait pris la nature humaine, cependant les trois personnes de la Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, ont eu part à ce mystère. C'est, en effet, une règle de la foi chrétienne que, dans les œuvres ad extra, tout est commun aux trois personnes, sans que l'une fasse plus que l'autre ou que l'une agisse sans l'autre. Quant aux rapports qui existent entre elles, ils diffèrent dans chacune, puisque le Fils n'est engendré que du Père et que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Mais tout ce qu'elles produisent hors d'elles, les trois le font également ; et le mystère de l'Incarnation est dans ce cas. Néanmoins, c'est un usage, dans l'Ecriture, d'attribuer à une personne en particulier ce qui est commun également aux trois : au Père, par exemple, le souverain domaine de toutes choses ; au Fils, la sagesse; au Saint-Esprit, l'amour. Si donc on attribue spécialement au Saint-Esprit l'œuvre de l'Incarnation, c'est parce que ce mystère n'est que la manifestation de l'amour singulier et infini de Dieu envers nous. »
4. Le mystère de la conception du Verbe. — • Remarquons que, dans l'Incarnation, il des choses au-dessus de la nature, et d'autres qui viennent de la nature même. Nous croyons que le corps du Christ a été formé du sang très pur de la Vierge sa mère ; voilà qui appartient à la nature humaine, car c'est le propre du corps humain d'être formé du sang de la mère. Mais ce qui est au-dessus de la nature et même de l'intelligence humaine, c'est que la bienheureuse Vierge n'eut pas plutôt consenti aux paroles de l'ange, en disant : « Voici la servante du Seigneur; quil me soit fait selon votre parole, • que le corps
i. Serm. De naL I.