‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 100 sur 312 · IV. Ordre dans Tobjet de la charité. — Il y et · texte numérisé non relu

IV. Ordre dans Tobjet de la charité. — Il y et

nécessairement un ordre dans les objets de la charité. L'amour de charité tend, en effet, vers Dieu comme vers le principe de la béatitude, et c'est sur la communication de cette béatitude qu'il est fondé. Il faut donc que les choses que nous devons aimer par . charité présentent un ordre réglé selon leur relation 1 avec le principe de cet amour qui est Dieu (5).

I. Sum. iheoL, 11^ Hae, Q. xxv, a. lo. — 2. De dodr. christ. ^ I, XXX, 33. — Z. Sum. IheoL, Ihid., a. 11. — 4. lbid,y a. 12. — 5. Sam. theoL, IP Il»«, Q. xxvi, a. i.

LB CATiCHISMB. — T. V. î6

2 Dieu, qui est l'objet principal de notre charité, doit donc passer en premier lieu, puisqu'il est le principe même de notre béatitude ; il doit être aimé plus que le prochain (i), plus que nous-mêmes (2).

3. Après Dieu, V homme doit s'aimer lui-même plus que le prochain ; car l'amour de l'homme envers lui-même est le modèle de celui qu'il doit avoir pour le prochain, et le modèle l'emporte sur sa copie ou sur son application (3). Toutefois, relativement à l'âme du prochain et à son salut éternel, l'homme doit aimer le prochain plus que son propre corps (4).

4. La charité ne nous oblige pas à aimer également tous les individus. Ici encore un ordre s'impose. Elle veut que nous les aimions plus ou moins selon qu'ils sont plus ou moins rapprochés de nous ou de Dieu (5). Par suite, nos proches ou nos parents, à raison même des liens du sang qui nous unissent à eux, passent les premiers : nous devons les aimer plus que ceux dont la vertu est supérieure à la leur (6). Nulle union n'est comparable à celle de l'origine commune fondée sur la naissance ; elle tient à notre propre substance, tandis que les autres sont accidentelles. En conséquence, l'amour des parents doit l'emporter sur celui des simples concitoyens (7).

5. Dans la même famille, si l'on considère l'objet aimé, l'homme doit aimer ses père et mère plus que ses enfants, parce qu'ils sont au-dessus de ces derniers et qu'ils ont en cela plus de ressemblance avec Dieu. Mais, sous le rapport du sujet qui aime, l'homme doit aimer plus son fils que son père, parce que c'est aimer quelque chose qui lui appartient, qui lui est plus uni, comme venant de luimême (8).

6. Mais de son père ou de sa mère, lequel doit-on le plus aimer ? Dans ces comparaisons de droits à l'amour, il faut prendre les termes dans leur sens absolu ; car les indidus peuvent offrir une telle différence de vertu et de

I. Sum. theol, IP IP®, Q. xxvi, a. 2. — 2.' Ibid., a. 3. — 3. Ibid., a. 4- — 4- Ibid., a. 5. — 5. Ibid., a. 6. — 6. Ibid.» a. 7, ~ 7. Ibid., a. 8, — 8. Ibid.» a. 9.

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malice que l'amour peut en être détruit ou du moins affaibli. Or, absolument parlant, on doit aimer plus son père que sa mère, parce que le père a été le principe actif de notre génération, tandis que la mère n'en a été que le principe passif (i). En fait, le plus souvent, et pour d'autres raisons, c'est à la mère que vont de pré<férenc€ les affections filiales.

7. V époux doit aimer son épouse plus que ses parents, sous le rapport de l'union étroite qui l'unit à elle ; mais, sous le rapport de la nature, objet de l'amour, ce sont les parents qui doivent être aimés plus que l'épouse, parce qu'on les aime comme principe, et comme tenant par là même à un bien plus excellent (2).

8. L'ordre de la charité subsistera-t-il dans le ciel ? Oui, relativement à l'amour souverain que nous devons à Dieu ; le bienheureux, jouissant pleinement de Dieu, l'aimera d'une manière simple et actuelle. Quant à l'ordre qui règle l'amour de soi comparativement à l'amour du prochain, il faut distinguer d'après la différence du bien qu'on veut à autrui ou d'après l'intensité avec laquelle on l'aime. Dans le premier sens, on aimera au ciel plus que soi-même ceux qui seront meilleurs, et moins ceux qui seront moins bons, et cela en parfaite conformité avec la volonté souverainement juste de Dieu. Dans le second sens, au contraire, l'on s'aimera plus soi-même qu'un autre plus parfait, parce que l'intensité de l'acte d'amour provient du sujet aimant. D'ailleurs, telle est la fin que se propose Dieu en conférant à l'homme le don de la cha-

I. Sam. theol., II* IP^. Q. xxvi, a. 10. — 2. Ibid., a. 11, Saint Thomas résout semblablement, au point de vue de la charité, les rapports entre celui qui reçoit ou qui donne un bienfait. Sous un rapport, on doit plus aimer son bienfaiteur parce que, étant principe du bien, il tient davantage de la nature du bien supérieur. Sous un autre rapport, on doit plus aimer celui à qui l'on fait du bien, à cause de l'union plus étroite que ce bien lui fait contracter avec nous. Ibid., a. 12. La plupart de ces points, résumés ici brièvement dans une vue d'ensemble, seront traités plus en détail dans l'explication du IV« commandement et des suivants.

rite: s'ordonner d'abord soi-même par rapport à lui, ce qui appartient à l'amour de soi ; ensuite vouloir que les autres s'y ordonnent également. Pour ce qui est de l'ordre de la charité relativement à la priorité de l'amour que nous devons à tel ou tel de nos semblables, on aimera, absolument parlant, celui qui sera meilleur. Car la béatitude consistant en ce que l'âme soit ordonnée par rapport à Dieu, Dieu sera l'unique raison de l'ordre dans l'amour des bienheureux ; et ainsi celui qui sera le plus rapproché de Dieu, sera aussi celui qu'on aimera davantage et qu'on regardera comme plus rapproché de soi. Alors, en effet, il n'y aura plus, comme dans la vie présente, cette nécessité de pourvoir aux besoins des autres, qui oblige chacun à préférer, dans les soins qu'il donne, celui qui lui est uni par quelque lien à celui qui lui est étranger, et qui fait qu'en cette vie l'homme aime davantage, par l'attrait même de la charité, celui qui lui est plus uni et envers lequel les devoirs de la charité l'obligent davantage. Toutefois, même dans le ciel, nous aimerons beaucoup plus celui qui nous aura été uni par plus de raisons ; car les motifs de l'amour honnête ne laisseront pas que d'agir encore sur l'âme des bienheureux, bien que la raison d'aimer, qui résulte de la proximité de Dieu, l'emporte incomparablement.

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