I. Sum, iheoL, 11« IP% Q. xxxni-xmi. — 2. Joan,, xv, 23-a
Dans certains de ses effets, il en est qui ne peuvent nullement contrarier la volonté humaine. Ainsi l'être, la vie, l'intelligence, la liberté, dons de Dieu, sont, pour tout être raisonnable, objet de désir et d'amour. Et Dieu, comme l'auteur de ces bienfaits, ne saurait être haï de personne, à moins de folie. Mais Dieu est autre chose : un législateur d'abord, et ensuite un juge incorruptible, un vengeur inexorable de ses commandements violés ; autant de titres qui répugnent à une volonté pervertie par le péché ; autant de motifs qui peuvent pousser le pécheur à détester l'auteur de la loi morale et le justicier suprême. Et, en fait, il se rencontre des pécheurs qui en arrivent jusqu'à la haine de Dieu et se rendent coupables sur la terre de ce péché satanique.
Nul péché n'est aussi grave, parce que nul autre ne détourne l'homme aussi directement et aussi absolument de Dieu, sa fin dernière (i).
IL Dégoût du bien divin. — Le dégoût, en général, est une tristesse accablante qui enlève tout courage, toute envie, tout plaisir à faire quoi que ce soit. S'il a pour objet le bien divin ou le bien spirituel, c est Vacedia qui paralyse la volonté, l'abat, et la rend incapable du moindre effort eu face du bien propre à chaque vertu et du bien divin, objet de la charité. S'il est une tristesse raisonnable, utile et même féconde, ce n'est pas assurément celle de Vacedia, dont nous parlons. Saint Paul écrivait aux Corinthiens : a La tristesse selon Dieu produit un repentir salutaire, qu'on ne regrette jamais, au lieu que la tristesse du monde produit la mort (2). » Plusieurs, sous des influences diverses, en arrivent peu
I. 5«m. theol.,11^ II*, Q- xxxiv, a. i, 2. — a, II Cor», vu, 10.
VICES CONTRAIRES A LA CHARITE â55
i peu à cette tristesse coupable, et gravement coupable quand elle est acceptée et voulue en connaissance de causé (i).
Coupable en elle-même, elle Test aussi dans ses ,3ffets. Car elle crée un état d'âme des plus défavo- 'rables et est la source d'autres vices. L'bomme, en ^flfet, qui fuit la tristesse, évite d'abord ce qui la produit et cherche ensuite à la combattre. Or, les oiens spirituels dont le dégoût Tattriste comprenlent une fin et des moyens. Il se soustrait à la fin par e désespoir ; il se soustrait aux biens qui conduisent à cette fin par lapasillanimité, s'ils sont ardus et amplement de conseil, par la lâcheté, s'ils se rapporent à la justice commune. Pour les combattre, il en reut par la rancune à ceux qui les prônent, ou s'en ^rend aux biens eux-mêmes par la malice, ou s'en .iétourne par légèreté desprit pour s'en tenir aux Koluptés sensuelles (2).
m. Le schisme. — Parmi les péchés opposés à a paix de la charité par des actes se trouve le schisne, mot qui signifie scission. C'est le refus de se oumettre à Jésus-Christ ou à son représentant dans Eglise et de communiquer aA^ec les fidèles catholiques. Il rompt Tunité, fruit de la charité. Par lui- 'nême, il n'est pas opposé à la foi comme l'hérésie, ar il peut exister sans l'hérésie, bien que d'ordilaireil n'aille pas sans elle. L'hérésie, au contraire, st invariablement accompagnée du schisme ; elle en distingue mais ne s'en sépare pas (3).
Celui qui se rend coupable de schisme, s'il est rêtre ou évêque, ne perd pas son pouvoir d'ordre ; lais en rompant avec Tunité, il perd son pouvoir de aridiction, de sorte que tous ses actes qui requiè-
I. S«m. theol.y \h II*, Q, xxxv. — 2. Ibid.y Q. xxxv, a, 4, i 2. — 3. lb\d,y Q. XXXIX, a. i.
rent la juridiction sont nuls. De plus tous ses actes du pouvoir d'ordre deviennent dès lors illicites et sont des péchés.
Le schismatique comme l'hérétique mérite d'être censuré par l'Eglise et d'être excommunié ; c'est le juste châtiment de son refus public d'obéissance. La constitution Apostolicœ Sedis range le schisme parmi les excommunications réservées au pape speciali modo.
l. L'amour d'espérance. — « L'amour que nous practiquons en l'espérance, va certes à Dieu, mais il retourne à nous; il a son regard en la divine bonté, mais il a de l'esgard à nostre utilité ; il tend à cette supresme perfection, mais il prétend nostre satisfaction, c'est-à-dire, il ne nous porte pas en Dieu, parce que Dieu est souverairainement bon en soy-mesme, mais parce qu'il est souvenementbon envers nous-mesmes ; ou, comme vous voyez, il y a du nostre et de nous-mesmes. Et partout cet amour est voirement amour, mais amour de convoitise et intéressé. ..
« Cet amour donc que nous appelons espérance, est un amour de convoitise, mais d'une saincte et bien ordonnée convoitise, par laquelle nous ne tirons pas Dieu à nous ny à nostre utilité, mais nous nous joignons à luy comme à nostre finale félicité. Nous nous aimons ensemblement avec Dieu par cet amour, mais non pas nous préférant ou esgalant à luy en cet amour. L'amour de nous-mesme est meslé avec celuyde Dieu, mais celuy de Dieu surnage. Nostre amour propre y entre voirement, mais comme simple motif, et non comme fin principale. Nostre intérest y tient quelque lieu, mais Dieu tient le rang principal... En somme par la qualité de souverain bien, pour laquelle nous l'aimons, il ne reçoit rien de nous, ains nous recevons de luy. Il exerce envers nous son affluence et bonté, et nous practiquons nostre indigence et disette. De sorte que aimer Dieu en tiltre de souverain bien, c'est l'aimer en tiltre honorable et respectueux, par lequel nous l'advouons estre nostre perfection, nostre repos et nostre
CE QUE PRÉTEND l'aMOUR DE DIEU 267
lin, en la jouissance de laquelle consiste nostre bonheur.» >. François de Sales, De l'amour de Dieu, L. II, c. xvii.
'A. Ce que prétend l'amour de Dieu. — « Si Dieu )Ose d'abord en eux-mêmes tous les êtres qu'il a créés, (' n'est point pour qu'ils y demeurent : qu'y feraient-ils, •randDieu! et, s'ils y restaient, quel exil! L'amour les éclame et entend les avoir ; son sein leur est ouvert, c'est cur patrie éternelle. Il veut donc qu'ils y viennent et .jue, par ce libre retour, ils méritent d'être à jamais conommés dans sa joie. La paix, l'union, ce qu'il daigne '^Timer sa gloire, ce qui est aussi la nôtre et en même nps notre félicité, c'est tout ce que l'amour prétend, est après quoi il soupire, comme s'il ne pouvait s'en hasser, c'est à quoi il travaille sans cesse et nous provoque à tout instant. Tout lui sert de parole pour se déclafer, et d'appât pour nous séduire ; chaque rayon qui nous »uche est un de ses regards, chaque beauté qui se monre est un de ses sourires, chaque joie que nous goûtons stun mot affectueux qu'il nous dit. Et ses dons vont tou- )urs croissant comme la lumière du jour à partir de aurore. Une grâce, si grande qu'elle soit, n'est jamais ue le prélude et le moyen d'une grâce encore plus rande. Dans l'âme qui la reçoit, c'est une goutte de 3sée ; dans la volonté qui la donne, c'est la source d'un cuve immense ; car tant que tout n'est pas donné, amour croit n'avoir rien donné. Il est inépuisable, il est ifatigable. Ne croyez pas qu'il dorme jamais : il n'y a as de nuit pour ses yeux ; aucune veille n'alourdit ses lupières, et s'il vous semble parfois qu'il sommeille, ichez que c'est vous qui dormez. Qui racontera toutes is œuvres ! 11 protège, il défend, il instruit, il gouverne, dirige ; si on l'y contraint, il punit : nous ne le croyons is assez que c'est l'amour qui punit en ce monde ; pendant Dieu lui-même l'enseigne : « Ceux que j'aime, les châtie, )) nous dit-il. Et quand il a châtié, il pardon- ', il relève, il guérit, il console. Et que fait-il encore ? le répète : tout ce qui se fait ici-bas de salutaire et de )n : il illumine, il perfectionne, il sanctifie, il déifie, est son action en nous, son action en toute créa,ture.