‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 109 sur 312 · I.B CATéCHiSMl, -- T. V, Ij · texte numérisé non relu

I.B CATéCHiSMl, -- T. V, Ij

Les bienheureux du ciel la voient, les justes de la terre y croient ; et ceux-là même qui n'y croient pas, et les malheureux qui l'ignorent, et les pécheurs qui la contestent, et les impies , qui la blasphèment, tous sont forcés de la subir ; car rien n'est hors de l'amour. )). Mgr Gay, De la vie et des vertus chrétiennes , 6* édit., Paris, 1878, t. m, p. 11-12.

3. Courte durée de l'amour humain. — « L'amour n'accepte point d'être limité par le temps. Toujours est sa devise, et si elle vient seulement à pâlir dans le cœur où l'amour en naissant l'a gravée, la rougeur monte au front. Qui a jamais commencé d'aimer, sans dire, sans espérer qu'il aimera toujours ? On a besoin de le promettre, surtout de se le promettre, et l'on ne peut pas sentir que l'amour promis a fléchi, sans mépriser secrètement son cœur : tant il est vrai, tant chacun voit que, de sa nature, l'amour est immortel. Saint Paul le dit, mais le genre humain le savait, car rien ne l'avait découragé de poursuivre cet idéal. Déçu mille fois, déçu toujours, toujours il s'était repris à courir après ce rêve d'un amour qui n'aurait pas de fin. De tant de choses convoitées ici-bas, il n'y en pas qui, plus inutilement cherchée, l'ait été cependant avec plus d'insistance, on pourrait dire d'acharnement. 11 importait qu'on fût déçu, car on ne cherchait pas ailleurs que sur la terre, et si la terre avait donné ce fruit de l'amour incorruptible, que restait-il à désirer au ciel ? Et maintenant que l'idéal divin est trouvé, trouvé parce qu'il s'est donné, maintenant que l'amour infini s'est personnellement répandu dans les âmes, et qu'en y créant la charité, il a épuré, baptisé, consacré, immortalisé tous nos autres amours, il importe plus que jamais que quiconque cherche sa paix dans l'amour humain soit trahi. C'est du reste ce qui arrive : et quand, au lieu de demeurer sous l'empire de la charité, notre cœur se remet en indépendance et s'aventure encore à ces sortes d'affections qui ne sont que terrestres, Dieu charge le temps de | nous faire la leçon, et le serviteur obéit ponctuellement I au maître. Quelques jours passent, l'ardeur tombe, le feu s'éteint, le cœur se retire en lui-même ; et force est bien de convenir que, comme le ruisseau ne coule pas séparé

AMOUR AFFECTIF* DE DIEU SISq

de la source, ainsi l'amour des créatures ne vit pas sans l'amour de Dieu. Vanité donc que nos attaches, je dis les plus sincères et les plus légitimes, vanité quand elles ne sont qu'humaines ; vanité le plus souvent coupable, vanité nécessairement trompeuse et qui, parce qu'elle est trompeuse aujourd'hui, sera demain fatalement douloureuse. » Ibid., t. III, p. 1 3-1 4.

II. Amour affectif de Dieu. — « L'amour affectif est un don magnifique : aucun bien temporel n'y saurait être comparé. C'est une source de nobles enthousiasmes, un foyer de beaux dévouements ; c'est pour plusieurs le rempart de la chasteté, pour d'autres le moyen assuré de la persévérance, pour tous un allégement à la douleur et une facilité à la vertu. Croit-on d'ailleurs qu'une âme puisse servir Dieu longtemps sans le ressentir, et, à le prendre en son dernier fond, en tant qu'il est l'âme même du cœur, et que dès lors il dépende en partie de cette liberté, peut-on vraiment s'en dispenser ? Plus d'un théologien a risqué de le dire. Dieu est si réservé dans ses lois, si discret envers l'homme, que plusieurs ont pu douter qu'il exigeât cet amour. Obéir, accomplir les préceptes divins, oui, tous unanimement l'ont jugé nécessaire ; mais avoir pour Dieu un peu de vraie tendresse, un peu de ce dont le cœur de l'homme est si riche, un peu de ce qu'obtient de lui si aisément et à si bas prix une créature, et parfois quelle créature ! un peu de ce qu'une nature sublime et inconnue comme celle de Dieu pouvait n'inspirer pas facilement àdes êtres grossiers tels que nous, mais que l'apparition, la vie, les souffrances et la mort de ce Dieu dans la chair semblaient devoir tirer des cœurs les plus durs et faire couler à flots de ceux qui ne le sont pas, c'est ce qui ne nous est pas si clairement demandé, que l'obligation ait frappé tous les regards... Malgré tout, la saine théologie n'hésite pas sur ce point : le précepte de la dilection proprement dite et de l'amour affectif envers Dieu est réel : il fonde pour nous tous un devoir grave et certain. A la condition de demeurer toujours le premier dans notre estime, et pourvu qu'à aucun prix nous ne consentions à le perdre, Dieu acceptera bien encore qu'on

aime une créature plus sensiblement que lui. Si, en considérant le berceau où dort son premier-né, une mère se sent plus tendrement émue qu'en contemplant la croix où l'amour cloue le Fils de Dieu, Dieu n'en sera ni blessé ni jaloux ; il n'accusera cette femme ni d'injustice ni d'ingratitude ; il ne se plaindra pas qu'elle lui fait tort. 11 y a là incontestablement des abîmes d'indulgence ; mais les abîmes eux-mêmes, la Sagesse les mesure, nous dit le Saint-Esprit. Donc plus ou moins sensible ou intense, une affection cordiale pour Dieu est commandée. » Ibid.^ t. m, p. 3 1-32.

Leçon Vlir

Premier Commandement

Vertu de Religion. — I. Sa nature. — II. Actes de religion envers Dieu. — III. Culte de dulie, — IV. Vices opposés à la vertu de religion,

Page 1