OBJET DE LA VERTU DE RELIGION
objet principal, Mais, au-dessous, il y a un objet secondaire qui est d'honorer des êtres ou des choses à cause de Dieu. Dieu seul, en effet, possède éminemment l'excellence qui lui vaut l'hommage des créatures raisonnables, non seulement parce qu'il les a tirées du néant, mais encore parce qu'il a daigné les appeler à une fin surnaturelle et les ordonner en vue de cette fin ; Dieu seul a droit, et un droit absolu, souverain, au culte de Thomme. Il est à la fois l'objet et le motif de ce culte. Mais, au-dessous de lui et à cause de lui, il est des êtres et des choses qui participent à son excellence, et qui par là même ont droit à un culte particulier de notre part. La toute-puissance, le souverain domaine n'appartiennent qu'à Dieu en personne, mais Dieu, s'il le veut, peut en accorder le bénéfice partiel à des créatures intelligentes comme les anges et les hommes, ou à des choses matérielles comme les sacrements, des temples et certains objets servant au culte. De là, pour rhomme, un devoir corrélatif, celui de rendre hommage à ces êtres et à ces choses à cause de Dieu. 4. Son unité. Mais cela ne fait pas deux vertus de religion, l'une qui aurait pour objet Dieu, l'autre qui aurait pour objet la sainte Vierge, les anges et les saints ; c'est la même vertu parce qu'elle n'a qu'une même raison, qu'un même motif. Entre le droit de Dieu et le droit des saints à nos hommages, entre notre devoir de religion envers Dieu et notre devoir de religion envers les saints, il n'y a pas de différence absolue, radicale ; car le droit des saints n'est motivé en définitive que par les droits de Dieu, et c'est aux droits de Dieu qu'il se rapporte ; notre devoir envers les saints ne se justifie et se légitime qu'autant qu'il se rapporte et se subordonne à notre devoir envers Dieu. L'unité de motif fait l'unité de la vertu de religion, malgré la divers
site des objets auxquels elle s'applique et des actes qu'elle produit (i).
II Le culte. — i. Signification da mot. L'ensemble des actes religieux prescrits par Dieu à l'homme et relatifs à l'ordre surnaturel constitue le culte, du mot latin colo, qui signifie surtout cultiver (2), et qui, dans son sens religieux, désigne une attention, une sollicitude, une activité et des soins tout particuliers de culture morale en vue de reconnaître et d'honorer le souverain domaine de Dieu et les grâces dont il lui a plu d'enrichir et d'orner certaines de ses créatures. Mais le culte rendu à Dieu a un tout autre caractère que le culte rendu à ses créatures. Cela se comprend sans peine, attendu que les créatures, de quelque prérogative qu'elles soient dotées, restent des créatures distinctes de Dieu. Gomment donc qualifier ces différentes espèces de culte, puisqu'on n'honore pas les saints comme on honore Dieu ?
2. Différentes espèces de culte. C'est à la langue grecque qu'on a recouru, en lui empruntant les mots de Xaxpcta et de ôouXefa, latrie et dalie, pour caractériser le culte respectif de Dieu et des saints. Il
I. Sum. theoL, IP Ipe, Q. lxxxi, a. 3. — 2. « Ce mot de cultas n'exprime pas exclusivement l'hommage dû à Dieu seul ; il désigne aussi ce tribut que nous payons à l'homme par l'hommage de notre présence ou de nos souvenirs. 11 ne se dit pas seulement des choses qui obtiennent de nous l'humble aveu de notre dépendance, il s'étend à celles qui dépendent de nous. De ce mot dérivent agricolœ, coloni, incolœ, laboureurs, colons, habitants ; et les dieux eux-mêmes sont appelés cœlicolœ, non qu'ils révèrent le ciel, mais parce qu'ils l'habitent .. Ainsi, quoiqu'il soit vrai que ce mot, dans un sens propre et intime, signifie le culte dû à Dieu seul, comme il reçoit encore d'autres acceptions, il suit que la langue latine ne peut rendre d'un seul mot le culte dû exclusivement à Dieu. » De civ. Dei, X, i.