L*IDOLATRIE
l'intérêt, des êtres mystérieux, objet de son culte. Cet état aurait débuté par le fétichisme pour se transformer en polythéisme et aboutir au monothéisme, dont la plus haute expression est le catholicisme romain. Mais la métaphysique est venue, substituant des êtres abstraits aux êtres concrets et surnaturels, émancipant complètement l'espèce humaine et faisant dépendre Dieu de la raison. Essentiellement critique et négative, la métaphysique cède le pas à la période actuelle, dite positive ou scientifique, dans laquelle l'Infini, prenant de plus en plus conscience de lui-même dans l'homme et par l'homme, la religion doit nécessairement aboutir au culte de l'humanité, à l'exclusion de Dieu (i).
I. Les rationalistes font appel à la psychologie pour fixer la genèse du culte. Ils placent à l'éveil de la vie religieuse un état purement affectif. Pour les uns, c'est le frisson de la peur en face des phénomènes de la nature ; pour les autres, c'est un sentiment de dépendance à l'égard de l'Etre supérieur, forme concrète de l'obligation morale; pour d'autres enfin, c'est l'élan du cœur qui se porte vers Dieu dès que Dieu se manifeste à la conscience. Aux empiriques il est bon de faire observer que le sentiment de la peur n'est pas suffisant pour expliquer l'éclosion du sentiment religieux et qu'il n'est pas en tout cas le seul. Aux critiques il faut faire observer que l'homme n'a pas que des besoins du cœur, qu'il en a d'une autre nature, par exemple ceux de rintelligence, qui ne sont pas moins impérieux. Aux mystiques, qui placent le sentiment religieux dans la perception intime de Dieu par la conscience, il convient de signaler que ce subjectivisme subtil est insuffisant pour expliquer la religion telle qu'elle se manifeste dans le culte extérieur depuis ses origines jusqu'à nos jours. — D'autre part, les partisans de l'évolution considèrent ïanimisme comme la source première de la religion. L'homme, disent-ils, s'éveillant à peine à la conscience, conçoit le monde à l'imitation de sa propre vie : derrière tous les phénomènes de la nature, il place une multitude d'esprits auxquels il finit par rendre hommage. Mais on est loin de s'entendre sur l'origine et la nature de l'animisme, Pour explicjuer le passage 4^
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Cette théorie, et d'autres semblables, fort en honneur auprès de ceux qui, méprisant, au nom de l'autonomie de la raison et de l'indépendance de rhomme, la science de la Religion, ont rêvé de lui substituer la religion de la Science, repose sur trop d'hypothèses et de postulats. Sans la discuter ici
culte des esprits au culte des dieux et, dans la suite, au culte de Dieu, quelques évolutionnisles ont imaginé un culte intermédiaire entre le culte anonyme des esprits et le culte individualisé des dieux, à savoir le culte des démons. Wellhausen, en Allemagne, a prétendu que tous les effets extraordinaires ont été attribués, à l'origine, à des esprits malfaisants, aux Djinn ; Smith, en Angleterre, a prétendu au contraire qu'ils ont été attribués à des esprits bienfaisants, aux Totem, d'où le Totémisme. Renan, en France, a imaginé un animisme sentimental, d'après lequel l'homme peupla d'abord l'espace de forces libres, passionnées, susceptibles d'être invoquées et fléchies ; animisme se développant en deux directions opposées chez l'arien polythéiste et chez le sémite monothéiste ; là, tendant à multiplier les dieux ; ici, à les réduire à l'unité. Pur paradoxe, en opposition de plus en plus avec les données de la science historique, qui trouve des traces de monothéisme même chez les ariens et de polythéisme même chez les sémites. — Max Muller a imaginé un autre système, celui de ïhénothéisme, du Dieu-un par opposition à la fois au polythéisme, plusieurs dieux, et au monothéisme, un seul Dieu. Vhénothéisme n'est pas encore le polythéisme, car il est nécessaire de concevoir un dieu avant d'en concevoir plusieurs ; et ce n'est pas le monothéisme, car une fois l'esprit pénétré de l'idée d'un dieu unique, on ne saurait plus admettre plusieurs dieux. — D'après l'enseignement révélé, c'est le monothéisme qui est primitif et non l'idolâtrie. En dehors de la Révélation, l'histoire des religions, dans son état actuel, fournit des éléments, non point, il est vrai, pour prouver l'existence, à l'origine, d'un monothéisme bien déterminé, mais pour combattre l'existence d'un polythéisme exclusif et pour conclure que le polythéisme n'a pas précédé en fait toute autre forme religieuse, car il implique en quelque sorte le monothéisme, et qu'en tout cas le monothéisme ne sort pas de lui. Cf. de Broglie. Problèmes et conclusions de V histoire des religions, 2* édit., Paris, 1886 ; Lagrange, Etudes sur les religions sémitiques, Paris, 1903,