‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 13 sur 312 · OBJECTIONS CONTRE LA MORALE CHRETIENNE IQ · texte numérisé non relu

OBJECTIONS CONTRE LA MORALE CHRETIENNE IQ

les sociétés qui en ont vécu et qui en vivent encore : voilà bien, dans ses éléments essentiels, la morale chrétienne.

IL Objections contre la morale chrétienne

I. Observation préliminaire. — On connaît celte page célèbre de Taine : « Aujourd'hui, après dix-huit siècles, le christianime est encore pour quatre cents millions de créatures humaines, l'organe spirituel, la grande paire d'ailes indispensable pour soulever l'homme au-dessus de lui-même... Toujours et partout, depuis depuis dix-huit cents ans, sitôt que ces ailes défaillent ou qu'on les casse, les mœurs publiques et privées se dégradent. En Italie pendant la Renaissance, en Angleterre sous la Restauration, en France sous la. Convention et le Directoire, on a vu l'homme se refaire païen comme au premier siècle. Du même coup il se retrouvait tel qu'aux temps d'Auguste et de Tibère, c'est-à-dire voluptueux et dur. Il abusait des autres et de luimême. L'égoïsme brutal ou calculateur avait pris l'ascendant. La cruauté ou la sensualité s'étalaient. La société devenait un coupe-gorges et un mauvais lieu. Quand on s'est donné ce spectacle de près, on peut évaluer l'apport du christianisme dans nos sociétés modernes. Ni la raison philosophique, ni la culture artistique et littéraire, aucun gouvernement ne suffit à le suppléer dans ce service. Il n'y a que lui pour nous retenir sur notre pente natale... et le vieil Evangile... est encore aujourd'hui le meilleur auxiliaire de l'instinct social (i). »

I. Les origines de la France contemporaine. Le régime moderne, Paris, i8(j9, t. m, p. i46.

Le christianisme aurait-il donc cessé tout à coup de rendre ce « service )) et d'être cet a auxiliaire » indispensable ? Sa morale, en particulier, serait-elle frappée d'impuissance après avoir rendu tant de services ? On a bien songé pendant quelque temps à la conserver, à cause de sa noblesse, de sa grandeur et de sa pureté, mais à la condition de la détacher du dogme qui la fonde et la soutient ; mais l'entreprise a paru chimérique. La logique voulait qu'à repousser le dogme catholique on repoussât également la morale chrétienne. On ne l'a pas fait cependant sans la couvrir d'éloges et par manière, croyait-on, d'oraison funèbre.

« Ce qu''elle a obtenu des hommes, ce qu'elle leur a donné suffit à la défendre des injustices volontaires etdes partis pris inintelligents. Elle a approfondi les âmes, elle les a faites plus délicates et plus pures, elle a contenu la bête impatiente et brutale, elle a opposé à ses désirs immédiats le rêve du paradis et les cauchemars de l'enfer : en liant la béatitude au sacrifice, elle a fait sortir le désintéressement de l'égoïsme même... Si la loi de la vie, qui tôt ou tard se découvre, est de croître pour décroître, de décliner enfin vers les ombres de la mort, quelle doctrine plus précieuse que celle qui donne un sens à la souffrance, qui, au lieu de n'y voir que la défaite de l'animal, y montre l'épreuve de l'homme et la voie du salut ! Quel coup de génie que de rendre la douleur aimable et chère à celui même qui la subit, que d'en faire un don, une sorte de grâce et de privilège, que de découvrir au-delà de l'impuissance apparente du malade, du blessé de la vie, l'action en lui d'une énergie spirituelle qui ne se dépense pas en vain, qui crée quelque chose de positif et de réel dans un monde qu'il n'est pas donné de voir des yeux du corps mais qui est le vrai monde de l'âme !... Elle (la morale chrétienne) a ce grand mérite de n'être pas restée lettre morte, de s'être traduite en sentiments et en actes, d'avoir aidé, consolé, fortifié les hommes qui prenaient au sérieux et cette morale même

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